{"id":2102,"date":"2026-09-23T02:20:24","date_gmt":"2026-09-23T02:20:24","guid":{"rendered":"https:\/\/readstoryus.com\/?p=2102"},"modified":"2026-09-23T02:20:24","modified_gmt":"2026-09-23T02:20:24","slug":"partie-1-le-jour-ou-ma-mere-est-revenue-avec-un-gratin-quinze-annees-de-silence-ont-soudain-exige-un-prix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/readstoryus.com\/?p=2102","title":{"rendered":"PARTIE 1 \u2013 Le jour o\u00f9 ma m\u00e8re est revenue avec un gratin, quinze ann\u00e9es de silence ont soudain exig\u00e9 un prix"},"content":{"rendered":"<p>Quand j\u2019ai ouvert la porte, ma m\u00e8re se tenait sur mon perron avec un plat \u00e0 gratin serr\u00e9 contre sa poitrine, comme si quinze ann\u00e9es de silence pouvaient tenir sous une feuille d\u2019aluminium. J\u2019avais ma fille contre moi. Ren dormait dans l\u2019\u00e9charpe nou\u00e9e autour de mon torse, une joue \u00e9cras\u00e9e contre mon tee-shirt, la bouche entrouverte. Ma m\u00e8re a d\u2019abord regard\u00e9 mon visage. Puis le b\u00e9b\u00e9. Son expression s\u2019est transform\u00e9e avec une rapidit\u00e9 qui m\u2019a donn\u00e9 froid. \u00ab Alors c\u2019est elle \u00bb, a-t-elle murmur\u00e9. Sa main s\u2019est lev\u00e9e vers Ren. Je me suis d\u00e9cal\u00e9e avant qu\u2019elle ne puisse la toucher.<\/p>\n<p>Elle a retir\u00e9 sa main, mais pas son sourire. \u00ab Ton p\u00e8re et moi avons beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi. Nous pensons qu\u2019il est temps de laisser le pass\u00e9 derri\u00e8re nous. \u00bb Sa voix avait exactement la douceur qu\u2019elle utilisait autrefois quand elle voulait pr\u00e9senter une d\u00e9cision comme une faveur. \u00ab Nous sommes dispos\u00e9s \u00e0 tourner la page. \u00bb J\u2019ai attendu. Elle a ajout\u00e9, presque tendrement : \u00ab \u00c0 condition que tu sois pr\u00eate \u00e0 faire ta part. \u00bb Quinze ann\u00e9es sans un appel, sans une carte, sans une visite. Et elle se tenait devant moi comme si j\u2019\u00e9tais celle qui avait demand\u00e9 une audience.<\/p>\n<p>J\u2019avais dix-neuf ans la derni\u00e8re fois que je l\u2019avais vue d\u2019aussi pr\u00e8s. Ce soir-l\u00e0, je n\u2019avais pas un nourrisson contre le c\u0153ur, mais une valise \u00e0 mes pieds. Mon p\u00e8re avait ouvert la porte d\u2019entr\u00e9e et l\u2019avait tenue comme on tient une sortie de secours. Derri\u00e8re lui, ma m\u00e8re pleurait sans avancer. J\u2019avais cru, jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re seconde, qu\u2019elle dirait quelque chose. Qu\u2019elle lui demanderait d\u2019arr\u00eater. Qu\u2019elle me ferait rentrer. Elle n\u2019avait rien fait. Mon p\u00e8re avait d\u00e9sign\u00e9 ma valise et dit que si je choisissais Silas, je choisissais \u00e9galement tout ce qui venait avec lui, y compris une vie sans leur aide.<\/p>\n<p>Silas avait vingt et un ans, peu d\u2019argent et aucune des connexions que mon p\u00e8re consid\u00e9rait comme indispensables. Son p\u00e8re, Patrick Callahan, travaillait dur, connaissait des pompiers, des m\u00e9caniciens, des infirmi\u00e8res et des entrepreneurs, mais personne dont le nom apparaissait sur les listes d\u2019invit\u00e9s que mes parents aimaient exhiber. Mon p\u00e8re parlait du mariage comme d\u2019une fusion entre familles. Il avait d\u00e9j\u00e0 imagin\u00e9 pour moi un homme issu du m\u00eame cercle que le sien, quelqu\u2019un poss\u00e9dant un cabinet, une entreprise ou au moins le bon nom de famille. Silas, \u00e0 ses yeux, repr\u00e9sentait une erreur que je finirais par regretter.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais regrett\u00e9 Silas. J\u2019ai regrett\u00e9 la mani\u00e8re dont j\u2019avais d\u00e9couvert que l\u2019amour de mes parents avait des conditions. Cette nuit-l\u00e0, il m\u2019avait r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e au bout de la rue parce que j\u2019avais refus\u00e9 qu\u2019il vienne devant la maison et transforme mon d\u00e9part en sc\u00e8ne. Il conduisait une vieille voiture dont le chauffage soufflait \u00e0 peine. Il m\u2019avait trouv\u00e9e assise sur ma valise, les doigts engourdis. Il n\u2019avait pas demand\u00e9 si j\u2019\u00e9tais s\u00fbre. Il s\u2019\u00e9tait content\u00e9 d\u2019ouvrir le coffre, d\u2019y d\u00e9poser mes affaires et de me donner sa veste. \u00ab On va trouver une solution \u00bb, avait-il dit. Pas une promesse grandiose. Juste cinq mots qui, cette nuit-l\u00e0, avaient suffi.<\/p>\n<p>Nous avions effectivement trouv\u00e9 des solutions. Certaines \u00e9taient m\u00e9diocres. Un appartement si petit que la table de cuisine devait \u00eatre pouss\u00e9e contre le mur pour ouvrir le canap\u00e9-lit. Des repas improvis\u00e9s \u00e0 partir de ce qui restait dans les placards. Des horaires impossibles pendant que Silas avan\u00e7ait dans sa carri\u00e8re de pompier. J\u2019avais travaill\u00e9, \u00e9conomis\u00e9, recommenc\u00e9 quand il le fallait. Nous nous \u00e9tions mari\u00e9s sans mes parents. Nous avions construit une maison qui sentait maintenant le lait chaud, le savon pour b\u00e9b\u00e9 et le caf\u00e9 froid. Silas \u00e9tait devenu capitaine. Et Ren, arriv\u00e9e apr\u00e8s des ann\u00e9es pendant lesquelles nous avions cru que peut-\u00eatre nous ne deviendrions jamais parents, dormait contre moi tandis que ma m\u00e8re attendait que je la remercie d\u2019\u00eatre revenue.<\/p>\n<p>\u00ab Comment as-tu trouv\u00e9 mon adresse ? \u00bb ai-je demand\u00e9.<\/p>\n<p>Son sourire s\u2019est l\u00e9g\u00e8rement fig\u00e9. \u00ab Ce n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s difficile. La famille sait des choses. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle famille ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce vraiment important ? \u00bb Elle a regard\u00e9 le plat entre ses mains, puis moi. \u00ab Je t\u2019ai pr\u00e9par\u00e9 quelque chose. Avec un nouveau-n\u00e9, tu dois \u00eatre \u00e9puis\u00e9e. Je me suis dit que tu appr\u00e9cierais. \u00bb<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019a frapp\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas le gratin. C\u2019\u00e9tait la normalit\u00e9 minutieusement construite autour de lui. Une m\u00e8re venant nourrir sa fille apr\u00e8s un accouchement. Une grand-m\u00e8re impatiente de rencontrer son petit-enfant. Il aurait suffi de nous regarder depuis le trottoir pour imaginer une histoire tendre. Il fallait conna\u00eetre les quinze ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes pour voir ce qu\u2019elle essayait d\u2019effacer. \u00ab Pose-le l\u00e0 \u00bb, ai-je dit en montrant la petite table ext\u00e9rieure. \u00ab Je ne te fais pas entrer. \u00bb<\/p>\n<p>Elle a inspir\u00e9 lentement. \u00ab Je pensais que tu serais plus m\u00fbre maintenant. \u00bb<\/p>\n<p>Cette phrase a travers\u00e9 le temps avec une pr\u00e9cision presque parfaite. \u00c0 dix-neuf ans, j\u2019\u00e9tais immature parce que j\u2019aimais Silas. \u00c0 trente-quatre, j\u2019\u00e9tais apparemment immature parce que je me souvenais de ce qu\u2019on m\u2019avait fait. Ren a remu\u00e9 contre moi. J\u2019ai pos\u00e9 une main sur son dos. \u00ab Tu es venue apr\u00e8s quinze ans. Je ne vais pas pr\u00e9tendre que tout est normal parce que tu as apport\u00e9 \u00e0 manger. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ton p\u00e8re vieillit. Moi aussi. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi aussi, j\u2019ai vieilli. Sans vous. \u00bb<\/p>\n<p>Ses l\u00e8vres se sont serr\u00e9es. Pendant une seconde, j\u2019ai vu la femme qui s\u2019\u00e9tait tenue dans le couloir pendant que mon p\u00e8re me mettait dehors. Puis son visage s\u2019est radouci. \u00ab Je ne suis pas venue me disputer. Nous avons tous commis des erreurs. Je veux seulement que notre famille se retrouve. \u00bb Elle a regard\u00e9 Ren. \u00ab Elle m\u00e9rite ses grands-parents. \u00bb<\/p>\n<p>Je me suis plac\u00e9e un peu plus dans l\u2019embrasure. Ce fut un geste minuscule, presque instinctif. \u00ab Elle m\u00e9rite des gens qui ne disparaissent pas quand elle prend une d\u00e9cision qui leur d\u00e9pla\u00eet. \u00bb<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re est partie peu apr\u00e8s. Elle a laiss\u00e9 le gratin. Je ne l\u2019ai pas mang\u00e9. Quand Silas est rentr\u00e9 de sa garde, il l\u2019a trouv\u00e9 intact sur la table du perron. Il a regard\u00e9 le plat, puis mon visage, et il a compris avant que je dise quoi que ce soit. Il a pos\u00e9 son sac au sol. \u00ab Elle est venue ici ? \u00bb J\u2019ai hoch\u00e9 la t\u00eate. Il n\u2019a pas jur\u00e9. C\u2019\u00e9tait l\u2019une des choses qui le distinguaient de moi lorsqu\u2019il \u00e9tait vraiment furieux : sa voix devenait plus basse. \u00ab Elle a touch\u00e9 Ren ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Non. \u00bb<\/p>\n<p>Ses \u00e9paules se sont rel\u00e2ch\u00e9es d\u2019un millim\u00e8tre. Je lui ai racont\u00e9 la conversation. Quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 la phrase sur les grands-parents que Ren m\u00e9ritait, il a regard\u00e9 par la fen\u00eatre vers le plat abandonn\u00e9. \u00ab Elle ne fait jamais rien sans raison \u00bb, a-t-il dit. Je savais qu\u2019il parlait de ma m\u00e8re, mais sa certitude m\u2019a d\u00e9rang\u00e9e. \u00ab Peut-\u00eatre qu\u2019ils vieillissent r\u00e9ellement \u00bb, ai-je r\u00e9pondu. Silas a tourn\u00e9 les yeux vers moi. Il ne m\u2019a pas contredite. Il n\u2019en avait pas besoin.<\/p>\n<p>Les visites ont commenc\u00e9 presque doucement. Ma m\u00e8re appelait d\u2019abord. Puis elle envoyait des messages. Des photos de la maison o\u00f9 j\u2019avais grandi. Des souvenirs soigneusement choisis : le pommier dans la cour, une d\u00e9coration de No\u00ebl que j\u2019avais faite enfant, une vieille photo de mon fr\u00e8re Grant et moi. Jamais le perron sur lequel ma valise avait attendu. Jamais Silas. Jamais cette nuit-l\u00e0. Elle utilisait le pass\u00e9 comme un album dont elle avait retir\u00e9 les pages g\u00eanantes.<\/p>\n<p>Au bout de quelques semaines, elle est apparue sur mon lieu de travail. Je l\u2019ai trouv\u00e9e dans le hall avec deux caf\u00e9s, discutant avec une coll\u00e8gue comme si elle m\u2019avait accompagn\u00e9e au bureau la veille. \u00ab Je passais dans le quartier \u00bb, a-t-elle expliqu\u00e9. Ce quartier se trouvait \u00e0 pr\u00e8s de quarante minutes de chez elle. Je lui ai demand\u00e9 de ne plus revenir sans invitation. Elle a baiss\u00e9 les yeux et donn\u00e9 \u00e0 ma coll\u00e8gue l\u2019expression d\u2019une m\u00e8re humili\u00e9e par une fille difficile. Le lendemain, une tante que je n\u2019avais pas vue depuis des ann\u00e9es m\u2019a appel\u00e9e pour me dire que \u00ab la vie \u00e9tait trop courte pour entretenir de la rancune \u00bb.<\/p>\n<p>Puis ce fut un cousin. Ensuite une amie de mes parents. Une femme de l\u2019\u00e9glise o\u00f9 j\u2019avais grandi m\u2019a \u00e9crit pour me rappeler que le pardon lib\u00e9rait davantage celui qui pardonnait que celui qui avait faut\u00e9. Le pasteur Nylin lui-m\u00eame m\u2019a laiss\u00e9 un message poli, proposant de \u00ab faciliter une conversation familiale \u00bb. Je n\u2019avais pas remis les pieds dans cette \u00e9glise depuis mon adolescence. Pourtant, soudain, des gens qui n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sents la nuit o\u00f9 j\u2019avais perdu ma famille savaient exactement comment je devais la r\u00e9cup\u00e9rer.<\/p>\n<p>Silas supportait tout cela sans essayer de d\u00e9cider \u00e0 ma place. Le soir, apr\u00e8s avoir couch\u00e9 Ren, nous restions parfois dans la cuisine, la lumi\u00e8re de la hotte seule allum\u00e9e, et je lui racontais les nouveaux appels. \u00ab Tu veux leur parler ? \u00bb demandait-il. Il ne disait jamais : Ne le fais pas. Il ne disait jamais non plus : Donne-leur une chance. J\u2019appr\u00e9ciais cela plus que je ne savais l\u2019exprimer. Mes parents avaient pass\u00e9 mon adolescence \u00e0 appeler leurs ordres des conseils. Silas avait toujours eu suffisamment confiance en moi pour laisser mes choix m\u2019appartenir.<\/p>\n<p>La seule personne de ma famille qui n\u2019avait jamais exig\u00e9 de r\u00e9conciliation \u00e9tait Nana Ruth. Ma grand-m\u00e8re avait entretenu avec moi un lien discret pendant toutes ces ann\u00e9es. Elle appelait rarement quand elle savait que mes parents \u00e9taient pr\u00e8s d\u2019elle. Elle envoyait des cartes sans phrases dramatiques, parfois seulement une recette ou une coupure de journal. Une fois, quand Silas et moi \u00e9tions trop pauvres pour remplacer notre r\u00e9frig\u00e9rateur, elle avait envoy\u00e9 un ch\u00e8que dans une enveloppe portant simplement : \u00ab Pour quelque chose qui garde le lait froid. \u00bb Elle n\u2019avait jamais essay\u00e9 d\u2019acheter mon retour. Elle avait seulement refus\u00e9 de me laisser croire que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 effac\u00e9e.<\/p>\n<p>Nana \u00e9tait morte quelques mois avant la naissance de Ren. Sa disparition avait laiss\u00e9 un vide \u00e9trange, car elle avait \u00e9t\u00e9 pendant quinze ans ma seule fen\u00eatre ouverte sur une maison dont on m\u2019avait exclue. Peu avant sa mort, elle m\u2019avait envoy\u00e9 une derni\u00e8re enveloppe. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur se trouvaient une courte lettre et une petite cl\u00e9 en laiton terni. La lettre \u00e9tait affectueuse mais \u00e9tonnamment vague. Elle disait que certaines choses ne devaient \u00eatre comprises qu\u2019au moment o\u00f9 elles devenaient n\u00e9cessaires. J\u2019avais retourn\u00e9 la cl\u00e9 dans ma paume pendant des heures. Aucun num\u00e9ro. Aucune \u00e9tiquette. Rien qui indiquait une serrure.<\/p>\n<p>Je l\u2019avais rang\u00e9e dans une petite bo\u00eete avec mes documents importants, incapable de la jeter. Quand ma m\u00e8re a commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9appara\u00eetre partout, j\u2019ai ressorti cette bo\u00eete. La cl\u00e9 reposait sur le bureau devant moi tandis que je relisais la lettre de Nana. Silas s\u2019est appuy\u00e9 contre l\u2019encadrement de la porte, Ren endormie dans ses bras. \u00ab Tu penses que c\u2019est li\u00e9 ? \u00bb a-t-il demand\u00e9. \u00ab \u00c0 quoi ? \u00bb Il a regard\u00e9 mon t\u00e9l\u00e9phone, o\u00f9 trois messages de ma m\u00e8re attendaient sans r\u00e9ponse. \u00ab \u00c0 leur soudain int\u00e9r\u00eat pour toi. \u00bb<\/p>\n<p>Je voulais dire non. Je voulais croire qu\u2019une grand-m\u00e8re mourante m\u2019avait simplement laiss\u00e9 un souvenir myst\u00e9rieux et que mes parents avaient simplement \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s tardivement par le remords. Mais la co\u00efncidence commen\u00e7ait \u00e0 ressembler \u00e0 une construction. Ma m\u00e8re n\u2019avait pas seulement demand\u00e9 \u00e0 me revoir. Elle avait mobilis\u00e9 des proches, l\u2019\u00e9glise, des connaissances. Elle travaillait \u00e0 r\u00e9duire mes r\u00e9sistances. Chaque fois que nous parlions plus de cinq minutes, elle glissait une phrase sur \u00ab les responsabilit\u00e9s familiales \u00bb, sur ce que nous nous devions les uns aux autres, sur les erreurs que les enfants adultes devaient apprendre \u00e0 d\u00e9passer.<\/p>\n<p>Un soir, elle a \u00e9t\u00e9 plus pr\u00e9cise. \u00ab Ton p\u00e8re a beaucoup port\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00bb, m\u2019a-t-elle dit au t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab L\u2019entreprise n\u2019est pas aussi simple \u00e0 g\u00e9rer qu\u2019avant. Grant fait ce qu\u2019il peut, mais certaines choses auraient d\u00fb \u00eatre partag\u00e9es entre les enfants. \u00bb J\u2019ai fix\u00e9 la cl\u00e9 de Nana pos\u00e9e devant moi. \u00ab Tu veux parler de l\u2019agence d\u2019assurance ? \u00bb Elle a h\u00e9sit\u00e9 juste assez longtemps pour que je le remarque. \u00ab Je parle de la famille. Tout est li\u00e9, tu le sais bien. \u00bb<\/p>\n<p>Je ne le savais pas. Depuis mon d\u00e9part, je n\u2019avais aucun r\u00f4le dans l\u2019agence. Mon p\u00e8re l\u2019avait cr\u00e9\u00e9e avec l\u2019aide de ses propres parents, puis d\u00e9velopp\u00e9e pendant des ann\u00e9es. Grant y travaillait depuis longtemps. Moi, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 tenue \u00e0 distance de tout ce qui concernait les finances familiales d\u00e8s que j\u2019avais choisi Silas. \u00ab Je ne vois pas ce que cette entreprise a \u00e0 voir avec moi \u00bb, ai-je r\u00e9pondu. Ma m\u00e8re a laiss\u00e9 \u00e9chapper un petit rire sans amusement. \u00ab Il y a certaines formalit\u00e9s qui devront probablement \u00eatre r\u00e9gularis\u00e9es un jour. Rien de dramatique. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelles formalit\u00e9s ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est pas une conversation \u00e0 avoir au t\u00e9l\u00e9phone. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois depuis son retour qu\u2019elle avait cess\u00e9 de parler de pardon.<\/p>\n<p>Deux jours plus tard, Grant est apparu chez moi sans pr\u00e9venir. Mon fr\u00e8re et moi nous \u00e9tions vus quelques fois au fil des ann\u00e9es, toujours bri\u00e8vement, toujours dans des lieux neutres. Il n\u2019avait jamais coup\u00e9 les ponts avec la violence m\u00e9thodique de mes parents, mais il n\u2019avait jamais non plus d\u00e9fi\u00e9 leur d\u00e9cision. Il avait choisi la prudence, ce qui signifiait que j\u2019avais appris \u00e0 ne rien attendre de lui. Ce soir-l\u00e0, pourtant, il avait l\u2019air diff\u00e9rent. Sa chemise \u00e9tait froiss\u00e9e, sa m\u00e2choire couverte d\u2019une ombre de barbe, et il regardait derri\u00e8re lui avant m\u00eame que je lui ouvre compl\u00e8tement.<\/p>\n<p>\u00ab Silas est l\u00e0 ? \u00bb demanda-t-il.<\/p>\n<p>\u00ab Il couche Ren. Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Grant entra quand je m\u2019\u00e9cartai, sans demander s\u2019il pouvait. Il posa une chemise cartonn\u00e9e sur ma table et resta debout. Ses doigts frapp\u00e8rent une fois contre le bord avant de s\u2019immobiliser. \u00ab Maman est venue te voir, pas vrai ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Plusieurs fois. \u00bb<\/p>\n<p>Il ferma les yeux un instant. \u00ab \u00c9videmment. \u00bb<\/p>\n<p>Je regardai la chemise. \u00ab Qu\u2019est-ce qui se passe ? \u00bb<\/p>\n<p>Grant releva la t\u00eate. Toute h\u00e9sitation avait disparu de son visage. \u00ab Peu importe ce qu\u2019ils te disent sur l\u2019entreprise, sur Nana ou sur la famille, ne signe rien. Pas une page. Pas une autorisation. Rien du tout. \u00bb<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/readstoryus.com\/?p=2103\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 2 : Mon fr\u00e8re m\u2019a tendu un document portant ma signature, et j\u2019ai compris que leur pardon cachait une dette<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand j\u2019ai ouvert la porte, ma m\u00e8re se tenait sur mon perron avec un plat \u00e0 gratin serr\u00e9 contre sa poitrine, comme si quinze ann\u00e9es de silence pouvaient tenir sous &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2101,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-2102","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-readmore"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2102"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2102\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2112,"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2102\/revisions\/2112"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2101"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/readstoryus.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}