{"id":5183,"date":"2026-10-14T08:34:01","date_gmt":"2026-10-14T08:34:01","guid":{"rendered":"https:\/\/readstoryus.com\/?p=5183"},"modified":"2026-10-14T08:34:01","modified_gmt":"2026-10-14T08:34:01","slug":"partie-6-lancien-directeur-financier-connaissait-le-veritable-prix-de-la-fortune-whitman-mais-sa-premiere-revelation-concernait-le-silence-de-mon-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/readstoryus.com\/?p=5183","title":{"rendered":"PARTIE 6 \u2013 L&#8217;ancien directeur financier connaissait le v\u00e9ritable prix de la fortune Whitman, mais sa premi\u00e8re r\u00e9v\u00e9lation concernait le silence de mon p\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>Samuel Mercer n&#39;habitait plus \u00e0 l&#39;adresse inscrite derri\u00e8re la photographie. Je l&#39;appris moins d&#39;une heure apr\u00e8s notre sortie de la banque, lorsque Nora obtint les premiers renseignements n\u00e9cessaires pour le retrouver. L&#39;immeuble de Hyde Park avait chang\u00e9 de propri\u00e9taire six ans auparavant, et les registres indiquaient que Samuel s&#39;\u00e9tait install\u00e9 dans une petite maison pr\u00e8s d&#39;Evanston. Il avait soixante-douze ans. Depuis son d\u00e9part de Whitman Enterprises, il n&#39;avait occup\u00e9 aucun poste public important, donn\u00e9 aucune interview et particip\u00e9 \u00e0 aucune r\u00e9union d&#39;anciens dirigeants. Son absence \u00e9tait si compl\u00e8te qu&#39;elle semblait presque volontaire.<\/p>\n<p>Dans la voiture, je gardais le cahier bleu d&#39;Eleanor sur mes genoux. J&#39;avais demand\u00e9 \u00e0 Nora que nous retournions d&#39;abord \u00e0 son cabinet afin de mettre les documents en s\u00e9curit\u00e9. Nous avions photographi\u00e9 l&#39;inventaire du coffre, consign\u00e9 les r\u00e9f\u00e9rences de chaque pi\u00e8ce et plac\u00e9 les originaux dans des pochettes adapt\u00e9es \u00e0 leur conservation. Le carnet \u00e9tait la seule chose que j&#39;avais demand\u00e9 \u00e0 conserver momentan\u00e9ment aupr\u00e8s de moi. Je n&#39;en tournais pas les pages. Il suffisait de sentir son poids pour me rappeler que ma m\u00e8re avait eu une existence intellectuelle et professionnelle bien plus vaste que ce que les Whitman avaient accept\u00e9 de raconter.<\/p>\n<p>\u00ab Tu n&#39;es pas oblig\u00e9e de rencontrer Mercer aujourd&#39;hui \u00bb, dit Nora en quittant le parking souterrain. \u00ab Nous pouvons lui adresser une demande \u00e9crite et organiser un entretien avec les garanties n\u00e9cessaires. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et lui laisser plusieurs jours pour se pr\u00e9parer \u00e0 nous raconter une version arrang\u00e9e ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle me regarda bri\u00e8vement. \u00ab Il est possible qu&#39;il ait de bonnes raisons d&#39;\u00eatre prudent. \u00bb<\/p>\n<p>Je le savais. Les ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 enqu\u00eater sur des fraudes m&#39;avaient appris que le silence ne signifiait pas toujours la complicit\u00e9. Certains t\u00e9moins craignaient pour leur emploi, d&#39;autres pour leurs proches. Quelques-uns avaient simplement honte d&#39;avoir compris trop tard. Mais la derni\u00e8re phrase de Richard me revenait sans cesse. Certains savaient depuis longtemps. Je voulais d\u00e9terminer si Samuel faisait partie de ceux qui avaient gard\u00e9 le silence par prudence ou de ceux qui avaient particip\u00e9 \u00e0 l&#39;effacement d&#39;Eleanor.<\/p>\n<p>Nora r\u00e9ussit \u00e0 joindre son ancien num\u00e9ro professionnel, d\u00e9sormais transf\u00e9r\u00e9 vers un service de messagerie. Elle laissa un message neutre, indiquant qu&#39;elle repr\u00e9sentait Victoria Whitman et souhaitait le rencontrer au sujet de documents appartenant \u00e0 Eleanor. Nous nous appr\u00eations \u00e0 quitter le cabinet lorsqu&#39;il rappela. Nora activa le haut-parleur avec son accord.<\/p>\n<p>\u00ab Victoria ? \u00bb demanda une voix grave, l\u00e9g\u00e8rement \u00e9raill\u00e9e.<\/p>\n<p>Je r\u00e9pondis que j&#39;\u00e9tais bien la fille d&#39;Eleanor et de Richard. Un long silence suivit. J&#39;entendis un objet pos\u00e9 sur une surface dure, puis le froissement d&#39;un v\u00eatement.<\/p>\n<p>\u00ab Votre m\u00e8re disait toujours que vous aviez son regard \u00bb, murmura-t-il. \u00ab Je me demandais si je vous reverrais un jour. \u00bb<\/p>\n<p>Il accepta de nous recevoir l&#39;apr\u00e8s-midi m\u00eame, \u00e0 condition que nous venions seules et que nous ne communiquions pas son adresse \u00e0 la presse. Nora lui expliqua que certains documents pourraient \u00eatre remis aux autorit\u00e9s judiciaires et qu&#39;aucune confidentialit\u00e9 absolue ne pouvait \u00eatre promise. Il r\u00e9pondit qu&#39;il n&#39;en attendait pas. Avant de raccrocher, il posa une question inattendue : \u00ab Richard vous a-t-il enfin donn\u00e9 le carnet bleu ? \u00bb<\/p>\n<p>Je sentis ma main se refermer autour du t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab Vous saviez qu&#39;il l&#39;avait ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je savais qu&#39;Eleanor voulait qu&#39;il vous parvienne. C&#39;est diff\u00e9rent. \u00bb<\/p>\n<p>Samuel habitait une maison de briques rouges dans une rue tranquille bord\u00e9e d&#39;\u00e9rables. Le jardin semblait entretenu par quelqu&#39;un qui aimait les choses r\u00e9guli\u00e8res : les arbustes \u00e9taient taill\u00e9s avec soin et les all\u00e9es d\u00e9barrass\u00e9es des feuilles. Il nous ouvrit avant que nous ayons termin\u00e9 de monter les marches. C&#39;\u00e9tait un homme grand, l\u00e9g\u00e8rement vo\u00fbt\u00e9, aux cheveux argent\u00e9s. Il portait une chemise bleu p\u00e2le dont les manches avaient \u00e9t\u00e9 retrouss\u00e9es jusqu&#39;aux coudes.<\/p>\n<p>Lorsqu&#39;il me regarda, son visage se contracta. Je reconnus alors une expression que j&#39;avais parfois aper\u00e7ue chez les anciens employ\u00e9s de notre maison : la surprise m\u00eal\u00e9e \u00e0 une tristesse retenue, comme si ma pr\u00e9sence rappelait quelque chose qu&#39;ils pr\u00e9f\u00e9raient ne pas \u00e9voquer.<\/p>\n<p>\u00ab Eleanor aurait \u00e9t\u00e9 fi\u00e8re de vous voir \u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>Je n&#39;aimais pas qu&#39;on me pr\u00eate ainsi les sentiments de ma m\u00e8re. \u00ab Vous ne savez pas ce qu&#39;elle aurait pens\u00e9 de la mani\u00e8re dont les choses se sont pass\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p>Il baissa les yeux. \u00ab Vous avez raison. Entrez. \u00bb<\/p>\n<p>Le salon \u00e9tait rempli de livres, de photographies et de petits objets rapport\u00e9s de voyages. Une pendule ancienne battait pr\u00e8s de la chemin\u00e9e. Samuel nous proposa du caf\u00e9, puis revint avec un plateau sur lequel se trouvaient trois tasses et une assiette de biscuits. Il s&#39;assit en face de nous sans toucher \u00e0 la sienne. Nora posa son carnet sur ses genoux et lui expliqua les grandes lignes de la proc\u00e9dure successorale.<\/p>\n<p>Samuel \u00e9couta sans interruption. Lorsqu&#39;elle mentionna les cinquante et un pour cent d\u00e9tenus par le trust d&#39;Eleanor, il ferma les yeux quelques secondes.<\/p>\n<p>\u00ab Je pensais que Richard finirait par tout d\u00e9truire en essayant de faire dispara\u00eetre cet accord \u00bb, dit-il. \u00ab Il avait du talent, mais il supportait mal de devoir reconna\u00eetre ce qu&#39;il devait aux autres. \u00bb<\/p>\n<p>Je lui demandai pourquoi il avait quitt\u00e9 Whitman Enterprises. Il s&#39;adossa \u00e0 son fauteuil et observa la pendule avant de r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>\u00ab Officiellement, parce que je souhaitais prendre du recul. En r\u00e9alit\u00e9, parce que Richard m&#39;avait demand\u00e9 de cautionner des d\u00e9cisions auxquelles je ne pouvais pas donner mon accord. \u00bb<\/p>\n<p>Il expliqua que le premier Grandview Hotel avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 gr\u00e2ce aux capitaux h\u00e9rit\u00e9s par Eleanor, mais aussi \u00e0 son travail de structuration financi\u00e8re. Richard poss\u00e9dait l&#39;\u00e9nergie et les relations commerciales n\u00e9cessaires pour convaincre des investisseurs et des partenaires. Eleanor savait \u00e9valuer les risques et d\u00e9fendre les actifs indispensables \u00e0 la survie de l&#39;entreprise. Samuel avait \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 pour organiser la comptabilit\u00e9, puis \u00e9tait devenu directeur financier lorsque le groupe avait commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper.<\/p>\n<p>\u00ab Ce n&#39;\u00e9tait pas une entreprise appartenant \u00e0 Richard et financ\u00e9e par son \u00e9pouse \u00bb, pr\u00e9cisa-t-il. \u00ab C&#39;\u00e9tait leur entreprise, mais Eleanor en avait fourni la majorit\u00e9 des ressources. Elle savait qu&#39;une croissance rapide pouvait fragiliser tout le groupe si personne ne mettait de limites aux engagements. \u00bb<\/p>\n<p>Il se leva pour prendre un classeur dans une biblioth\u00e8que. \u00c0 l&#39;int\u00e9rieur se trouvaient des photographies des premiers h\u00f4tels et des copies de rapports annuels. Il me montra une image d&#39;Eleanor devant un tableau couvert de chiffres. Mon p\u00e8re apparaissait au fond, parlant avec plusieurs hommes en costume. Je reconnus aussit\u00f4t leur mani\u00e8re de travailler : elle v\u00e9rifiait, il n\u00e9gociait.<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi n&#39;a-t-elle jamais cherch\u00e9 \u00e0 devenir le visage public de la soci\u00e9t\u00e9 ? \u00bb demandai-je.<\/p>\n<p>Samuel eut un sourire triste. \u00ab Parce qu&#39;elle n&#39;en avait pas besoin pour savoir ce qu&#39;elle accomplissait. Et parce qu&#39;elle croyait que Richard respecterait toujours leur accord. \u00bb<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re phrase r\u00e9sonna longtemps dans la pi\u00e8ce. Je pensai aux biographies officielles de mon p\u00e8re, aux interviews o\u00f9 il racontait avoir b\u00e2ti sa fortune \u00e0 partir de presque rien. Eleanor y \u00e9tait devenue une pr\u00e9sence d\u00e9corative. Samuel confirma que cette transformation avait commenc\u00e9 apr\u00e8s sa mort. Richard avait simplifi\u00e9 le r\u00e9cit de leurs d\u00e9buts pour r\u00e9pondre aux attentes des investisseurs et des journalistes. Puis il avait fini, selon Samuel, par croire lui-m\u00eame \u00e0 cette version.<\/p>\n<p>Je sortis une copie de la lettre de 2009 dans laquelle les conseillers de Richard expliquaient pourquoi le trust ne pouvait \u00eatre modifi\u00e9 sans mon accord. Samuel la parcourut et hocha la t\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab J&#39;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 parti lorsque cette consultation a eu lieu. Mais je savais qu&#39;il tenterait quelque chose. Apr\u00e8s son remariage, il avait commenc\u00e9 \u00e0 parler de la participation d&#39;Eleanor comme d&#39;une anomalie administrative. Il disait qu&#39;une entreprise ne pouvait pas fonctionner avec une propri\u00e9taire absente. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab J&#39;avais douze ans \u00bb, r\u00e9pondis-je.<\/p>\n<p>Samuel regarda ses mains. \u00ab Je sais. \u00bb<\/p>\n<p>Je lui demandai alors pourquoi il n&#39;avait jamais essay\u00e9 de me joindre. Son visage se durcit, non contre moi, mais contre un souvenir. Il expliqua qu&#39;apr\u00e8s son d\u00e9part, ses relations avec Richard s&#39;\u00e9taient d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es. Les avocats de l&#39;entreprise lui avaient rappel\u00e9 ses obligations de confidentialit\u00e9 et l&#39;avaient menac\u00e9 de poursuites s&#39;il r\u00e9v\u00e9lait certaines informations commerciales. Il avait continu\u00e9 \u00e0 suivre l&#39;actualit\u00e9 du groupe, mais n&#39;avait plus acc\u00e8s \u00e0 la famille.<\/p>\n<p>\u00ab Cela ne m&#39;emp\u00eachait pas de vous \u00e9crire \u00bb, reconnut-il. \u00ab Je me suis convaincu que quelqu&#39;un d&#39;autre le ferait. \u00bb<\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse avait au moins le m\u00e9rite de ne pas se d\u00e9guiser en excuse. J&#39;appr\u00e9ciai qu&#39;il ne cherche pas \u00e0 transformer sa passivit\u00e9 en d\u00e9cision courageuse. Je lui demandai ce que ma m\u00e8re avait pr\u00e9vu exactement lorsqu&#39;elle avait cr\u00e9\u00e9 le trust.<\/p>\n<p>Il ouvrit un deuxi\u00e8me classeur, plus mince, dont la couverture portait une date de 1996. Il expliqua qu&#39;Eleanor et Richard avaient sign\u00e9 leurs premiers accords de r\u00e9partition apr\u00e8s plusieurs acquisitions importantes. \u00c0 cette \u00e9poque, les conseillers recommandaient une structure claire afin de prot\u00e9ger les actifs fondateurs. Eleanor avait choisi de placer sa participation majoritaire dans un trust irr\u00e9vocable, tout en permettant \u00e0 Richard de conserver la direction op\u00e9rationnelle si elle venait \u00e0 dispara\u00eetre.<\/p>\n<p>\u00ab Ce qui \u00e9tait inhabituel \u00bb, poursuivit Samuel, \u00ab c&#39;est qu&#39;elle avait refus\u00e9 de laisser Richard modifier seul la destination finale des titres. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Pourquoi ? \u00bb<\/p>\n<p>Il h\u00e9sita. \u00ab Parce qu&#39;elle avait d\u00e9couvert certaines pratiques commerciales qui l&#39;inqui\u00e9taient. Pas des d\u00e9tournements comme ceux dont vous parlez aujourd&#39;hui. Des engagements excessifs, des garanties crois\u00e9es et des d\u00e9penses destin\u00e9es surtout \u00e0 pr\u00e9server une image de r\u00e9ussite. Richard n&#39;\u00e9tait pas malhonn\u00eate dans toutes ses d\u00e9cisions, mais il avait parfois tendance \u00e0 prendre des risques qu&#39;il pr\u00e9f\u00e9rait ne pas examiner trop longtemps. \u00bb<\/p>\n<p>Samuel me montra plusieurs notes internes datant des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant la maladie d&#39;Eleanor. Elles concernaient des acquisitions dont la rentabilit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e avec un optimisme excessif. Ma m\u00e8re avait exig\u00e9 des corrections et refus\u00e9 certaines garanties personnelles. Dans une annotation, elle \u00e9crivait qu&#39;il ne fallait jamais permettre \u00e0 une entreprise de confondre son prestige avec sa valeur r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Je retrouvai aussit\u00f4t le ton de son carnet bleu. Elle n&#39;avait pas cr\u00e9\u00e9 le trust uniquement parce qu&#39;elle craignait un remariage. Elle voulait prot\u00e9ger une participation contre les d\u00e9cisions de toute personne susceptible de placer l&#39;apparence au-dessus de la substance, y compris son propre mari.<\/p>\n<p>\u00ab Elle connaissait ses faiblesses \u00bb, dis-je.<\/p>\n<p>Samuel acquies\u00e7a. \u00ab Elle l&#39;aimait, Victoria. Cela ne l&#39;emp\u00eachait pas de voir ce qu&#39;il faisait. \u00bb<\/p>\n<p>Je baissai les yeux. Pendant des ann\u00e9es, j&#39;avais pens\u00e9 que ma m\u00e8re aurait forc\u00e9ment emp\u00each\u00e9 Elaine de prendre le contr\u00f4le de notre vie. Il m&#39;\u00e9tait plus difficile d&#39;imaginer qu&#39;elle avait d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu, \u00e0 sa mani\u00e8re, avec les contradictions de Richard. Peut-\u00eatre avait-elle esp\u00e9r\u00e9 qu&#39;il apprendrait \u00e0 les surmonter. Peut-\u00eatre avait-elle compris avant moi qu&#39;aimer quelqu&#39;un ne suffisait pas \u00e0 le rendre courageux.<\/p>\n<p>Nora ramena la conversation vers les documents conserv\u00e9s par Samuel. Elle lui demanda si Richard lui avait confi\u00e9 des originaux au cours des derniers mois. Il confirma avoir rencontr\u00e9 mon p\u00e8re deux fois durant l&#39;\u00e9t\u00e9 2025, apr\u00e8s pr\u00e8s de quinze ans sans contact direct. Richard l&#39;avait appel\u00e9 tard un soir. Sa voix \u00e9tait faible et il semblait inquiet d&#39;\u00eatre entendu.<\/p>\n<p>Lors de leur premi\u00e8re rencontre, Richard lui avait parl\u00e9 des comptes de la fondation. Il avait d\u00e9couvert des transferts importants vers des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res et soup\u00e7onnait Lucas d&#39;avoir engag\u00e9 des fonds sans autorisation valable. Elaine lui avait assur\u00e9 qu&#39;il s&#39;agissait de placements temporaires. Richard avait voulu la croire. Puis un responsable comptable lui avait montr\u00e9 des anomalies qu&#39;il ne pouvait plus ignorer.<\/p>\n<p>\u00ab Il ne m&#39;a pas demand\u00e9 de couvrir les op\u00e9rations \u00bb, pr\u00e9cisa Samuel. \u00ab Il m&#39;a demand\u00e9 de les comprendre. \u00bb<\/p>\n<p>Il avait alors conseill\u00e9 \u00e0 Richard de consulter imm\u00e9diatement des sp\u00e9cialistes ind\u00e9pendants et de pr\u00e9server les documents. Richard lui avait remis une copie de certains relev\u00e9s, ainsi que des notes sur les conversations avec Elaine. Il avait surtout admis qu&#39;un testament r\u00e9cent avait \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 dans des circonstances qu&#39;il regrettait profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>Je sentis mon estomac se contracter. \u00ab Il savait donc qu&#39;il m&#39;avait d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9e ? \u00bb<\/p>\n<p>Samuel ne d\u00e9tourna pas le regard. \u00ab Oui. Il savait ce qu&#39;il avait sign\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Et il a attendu de mourir pour essayer d&#39;y rem\u00e9dier. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Il a eu peur, Victoria. Mais cela ne justifie pas ce qu&#39;il vous a fait. \u00bb<\/p>\n<p>Je demeurai silencieuse. J&#39;avais imagin\u00e9 plusieurs explications au comportement de mon p\u00e8re : la l\u00e2chet\u00e9, l&#39;indiff\u00e9rence, la manipulation. Je d\u00e9couvrais qu&#39;elles pouvaient coexister. Il avait eu peur d&#39;Elaine, mais il avait \u00e9galement profit\u00e9 pendant des ann\u00e9es d&#39;une situation qui me privait de ma famille. Il avait voulu prot\u00e9ger sa r\u00e9putation tout en sacrifiant la mienne. Ses derniers regrets ne pouvaient effacer ces choix.<\/p>\n<p>Samuel nous conduisit ensuite dans une petite pi\u00e8ce am\u00e9nag\u00e9e en bureau. Il ouvrit une armoire m\u00e9tallique et en sortit une bo\u00eete d&#39;archives portant une \u00e9tiquette dat\u00e9e de septembre 2025. \u00c0 l&#39;int\u00e9rieur se trouvaient des copies de relev\u00e9s bancaires, des notes de r\u00e9unions, des courriers \u00e9lectroniques imprim\u00e9s et un support de stockage scell\u00e9 dans une enveloppe de protection.<\/p>\n<p>\u00ab Richard m&#39;a demand\u00e9 de conserver cela lorsque sa sant\u00e9 s&#39;est aggrav\u00e9e \u00bb, expliqua-t-il. \u00ab J&#39;ai fait enregistrer la remise par un notaire afin de pouvoir \u00e9tablir la provenance des documents. Je n&#39;ai pas voulu les transmettre directement \u00e0 quelqu&#39;un dont je ne connaissais pas les intentions. \u00bb<\/p>\n<p>Nora examina les pi\u00e8ces sans toucher au support \u00e9lectronique. Elle proposa de pr\u00e9parer une remise officielle aux enqu\u00eateurs, accompagn\u00e9e d&#39;un inventaire d\u00e9taill\u00e9. Samuel accepta imm\u00e9diatement. Mais avant que nous commencions, il tira d&#39;une pochette une feuille distincte. C&#39;\u00e9tait une copie d&#39;un courrier interne que Richard avait re\u00e7u quelques semaines avant sa derni\u00e8re hospitalisation.<\/p>\n<p>Le document concernait une r\u00e9union du conseil de surveillance de Whitman Enterprises. Il faisait \u00e9tat d&#39;un projet de restructuration destin\u00e9 \u00e0 d\u00e9placer certains droits \u00e9conomiques vers une nouvelle entit\u00e9 contr\u00f4l\u00e9e par Elaine et Lucas. Une mention pr\u00e9cisait que la mise en \u0153uvre n\u00e9cessiterait une confirmation juridique sur les titres relevant du trust d&#39;Eleanor. Le projet n&#39;avait pas abouti, mais plusieurs signatures y figuraient.<\/p>\n<p>Je reconnus celle de Lucas. Celle d&#39;Elaine apparaissait juste en dessous. Plus bas, un nom que j&#39;avais vu de nombreuses fois au cours de mes recherches attira mon attention : Daniel Price, directeur juridique adjoint du groupe depuis 2018.<\/p>\n<p>\u00ab Daniel Price savait donc que les cinquante et un pour cent n&#39;\u00e9taient pas librement transf\u00e9rables \u00bb, dis-je.<\/p>\n<p>Samuel acquies\u00e7a. \u00ab Au moins depuis cette r\u00e9union. Et je crois qu&#39;il le savait bien avant. \u00bb<\/p>\n<p>Je pris une photographie du document pour le registre de consultation, puis demandai \u00e0 Nora d&#39;examiner la date exacte. Le courrier avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 deux mois avant la signature du testament contest\u00e9. Elaine ne pouvait donc pas pr\u00e9tendre d\u00e9couvrir l&#39;existence de la participation prot\u00e9g\u00e9e au moment de l&#39;audience. Elle avait \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e de l&#39;obstacle juridique avant m\u00eame d&#39;organiser la transmission des biens.<\/p>\n<p>Samuel ouvrit alors un tiroir et en sortit une derni\u00e8re enveloppe. Elle portait la mention \u00ab Notes personnelles de Richard \u2014 ne pas int\u00e9grer au dossier commercial \u00bb. Je remarquai qu&#39;elle n&#39;avait pas \u00e9t\u00e9 ouverte depuis son d\u00e9p\u00f4t.<\/p>\n<p>\u00ab Je voulais vous remettre celle-ci s\u00e9par\u00e9ment \u00bb, dit-il. \u00ab Votre p\u00e8re m&#39;a demand\u00e9 de la conserver jusqu&#39;\u00e0 ce que vous veniez me voir. \u00bb<\/p>\n<p>Je pris l&#39;enveloppe avec un sentiment de lassitude m\u00eal\u00e9 d&#39;appr\u00e9hension. Depuis deux jours, Richard semblait me parler uniquement par l&#39;interm\u00e9diaire de papiers cach\u00e9s et d&#39;hommes charg\u00e9s de transmettre ses regrets. Pourtant, je ne pouvais ignorer la possibilit\u00e9 que ces notes contiennent des informations utiles.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#39;int\u00e9rieur se trouvait une seule feuille. Richard y avait dress\u00e9 une liste de quatre noms, accompagn\u00e9s de dates et de montants. Les trois premiers correspondaient \u00e0 des personnes que je connaissais d\u00e9j\u00e0 dans l&#39;organigramme du groupe. Le quatri\u00e8me \u00e9tait celui d&#39;un ancien responsable comptable de la fondation, Thomas Reed, qui avait quitt\u00e9 son poste soudainement l&#39;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p>Au bas de la feuille, Richard avait \u00e9crit : \u00ab Thomas a refus\u00e9 de signer les comptes. Elaine a exig\u00e9 son d\u00e9part. Il faut le retrouver avant qu&#39;ils ne d\u00e9truisent ce qu&#39;il conserve. \u00bb<\/p>\n<p>Je montrai la note \u00e0 Nora. Elle fron\u00e7a les sourcils. Samuel d\u00e9tourna lentement la t\u00eate vers la fen\u00eatre.<\/p>\n<p>\u00ab Je connais Thomas \u00bb, dit-il. \u00ab Il m&#39;a appel\u00e9 une fois, apr\u00e8s son licenciement. Il \u00e9tait terrifi\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Par qui ? \u00bb demandai-je.<\/p>\n<p>Samuel ne r\u00e9pondit pas imm\u00e9diatement. Il prit la photographie d&#39;Eleanor pos\u00e9e sur son bureau et la retourna, comme si son visage rendait la conversation plus difficile.<\/p>\n<p>\u00ab Il m&#39;a dit qu&#39;il ne craignait pas seulement Elaine et Lucas. Il pensait que quelqu&#39;un, \u00e0 l&#39;int\u00e9rieur du groupe, organisait les transferts depuis plusieurs ann\u00e9es. Quelqu&#39;un qui connaissait parfaitement les proc\u00e9dures de contr\u00f4le. \u00bb<\/p>\n<p>Je regardai de nouveau le nom de Daniel Price sur le courrier interne. Les mouvements financiers d\u00e9couverts autour de la fondation exigeaient des comp\u00e9tences et des autorisations qui d\u00e9passaient peut-\u00eatre celles de Lucas. La piste d&#39;un responsable juridique impliqu\u00e9 dans les restructurations devenait impossible \u00e0 ignorer.<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 est Thomas Reed maintenant ? \u00bb demandai-je.<\/p>\n<p>Samuel remit soigneusement la photographie \u00e0 sa place. \u00ab La derni\u00e8re fois que j&#39;ai essay\u00e9 de le joindre, sa ligne avait \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e. Sa famille disait qu&#39;il avait quitt\u00e9 Chicago. Je n&#39;ai jamais su s&#39;il \u00e9tait parti volontairement. \u00bb<\/p>\n<p>Je sentis Nora se raidir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Nous avions d\u00e9sormais un t\u00e9moin potentiel, des documents indiquant une connaissance ant\u00e9rieure du trust et la possibilit\u00e9 d&#39;un m\u00e9canisme de d\u00e9tournement plus organis\u00e9 que nous ne l&#39;avions d&#39;abord cru.<\/p>\n<p>Je refermai l&#39;enveloppe. Le probl\u00e8me n&#39;\u00e9tait plus seulement de r\u00e9cup\u00e9rer une participation majoritaire. Il fallait comprendre pourquoi un comptable avait disparu du groupe apr\u00e8s avoir refus\u00e9 de signer les comptes, et qui avait eu int\u00e9r\u00eat \u00e0 le r\u00e9duire au silence.<\/p>\n<hr>\n<h2><strong><a href=\"https:\/\/readstoryus.com\/?p=5184\">Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 7 : Le comptable qui avait refus\u00e9 de mentir d\u00e9tenait une preuve capable de faire tomber les derni\u00e8res protections d&#8217;Elaine et Lucas<\/a><\/strong><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Samuel Mercer n&#39;habitait plus \u00e0 l&#39;adresse inscrite derri\u00e8re la photographie. 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