PARTIE 3 – Les images de mon bureau montraient ma femme aux côtés de Sienna, puis un dossier étrange a remis en cause ma propre paternité

J’ai regardé cette vidéo plusieurs fois.

Chaque fois, je revenais au même instant.

Claire entrait dans mon bureau.

Sienna apparaissait près d’elle.

Les deux femmes se trouvaient ensemble dans un endroit où j’avais cru tout contrôler.

Je ne savais pas comment elles s’étaient rencontrées.

Je ne savais pas qui avait souhaité ce rendez-vous.

Et cette ignorance me rendait nerveux.

Marcus attendait mon appel.

Je l’ai joint sans quitter l’écran des yeux.

« Tu as vu la même chose que moi ? »

« Oui. »

« Depuis combien de temps Claire connaît-elle Sienna ? »

« Je ne peux pas encore te répondre. »

Je me suis frotté le front.

« Pourquoi ne m’a-t-elle rien dit ? »

Marcus a gardé le silence.

Je crois qu’il savait que ce n’était pas la première question que j’aurais dû me poser.

Pourquoi Claire avait-elle dû découvrir ma relation avec Sienna ?

Pourquoi avais-je menti aussi longtemps ?

Pourquoi étais-je surpris qu’elle puisse agir sans me consulter, alors que je lui avais caché une partie entière de ma vie ?

Mais je n’étais pas encore prêt à regarder tout cela en face.

J’ai repris la vidéo.

Sur mon bureau, on distinguait un dossier.

Son titre était suffisamment visible pour être lu.

PROJET SECOND PÈRE.

Je suis resté quelques secondes à fixer ces mots.

Je ne connaissais aucun programme de Knox Dynamics portant ce nom.

Cela ne ressemblait pas non plus à un document habituel de mon bureau.

« Marcus, qu’est-ce que c’est que ce dossier ? »

« Nous cherchons à le déterminer. »

« Tu l’as déjà vu ? »

« Non. »

J’ai agrandi l’image autant que possible.

Le titre était là.

Je ne pouvais pas prétendre l’avoir mal lu.

Deux femmes que je pensais appartenir à des parties totalement séparées de ma vie se tenaient près d’un dossier évoquant un second père.

Et je venais d’apprendre que mes jumeaux étaient nés pendant mon absence.

Mon esprit a commencé à faire des rapprochements.

Trop rapidement.

Je pensais à Claire.

À Sienna.

À Nathan.

À la procédure de divorce.

Je me demandais si l’une de ces personnes avait préparé quelque chose depuis longtemps.

Puis un autre document est arrivé.

Il concernait Ethan.

Mon fils.

Plus précisément, il s’agissait d’un rapport présenté comme le résultat d’une analyse génétique.

Je l’ai ouvert.

Mes yeux se sont arrêtés sur la conclusion.

Le document affirmait que je n’étais pas le père biologique d’Ethan.

Je l’ai lu une deuxième fois.

Je me suis assis.

Je sentais mes doigts se raidir autour du téléphone.

Je n’avais même pas vu mon garçon.

Je ne connaissais pas encore le poids de son corps dans mes bras.

Et quelqu’un venait placer devant moi un papier qui remettait en cause notre lien.

J’ai pensé immédiatement à Claire.

C’est une réaction dont j’ai honte aujourd’hui.

À cet instant, j’avais assez de raisons de reconnaître ma propre infidélité.

Pourtant, devant cette accusation, j’ai été tenté d'imaginer qu’elle m’avait trompé à son tour.

Je voulais presque que ce soit vrai.

Cela aurait rendu ma faute moins solitaire.

Je n’aurais plus été le seul à avoir détruit notre confiance.

Je me suis levé brusquement.

J’ai fait quelques pas dans le salon.

Puis je suis revenu à la table.

Le rapport était toujours ouvert.

J’ai essayé de le lire comme j’aurais examiné un document commercial.

Nom.

Dates.

Références.

Conclusion.

Et c’est là que j’ai remarqué quelque chose.

La date indiquée précédait de six semaines la naissance d’Ethan.

Six semaines.

Je l’ai vérifiée.

Puis j’ai regardé les informations concernant l’accouchement.

L’incohérence était évidente.

Le document prétendait établir un résultat concernant un enfant alors que les dates ne correspondaient pas à la situation qu’il décrivait.

Ce prétendu rapport ne pouvait pas servir de preuve fiable.

J’ai rappelé Marcus.

« Regarde la date. »

Il m’a demandé de préciser.

Je lui ai indiqué l’endroit exact.

Il a pris quelques instants.

« Je vois. »

« Ethan n’était même pas né. »

« Oui. Il y a une anomalie majeure. »

Je me suis assis de nouveau.

Cette fois, ce n’était plus seulement l'accusation qui me troublait.

C’était l’idée qu’une personne ait voulu que je la croie.

« Ce document a été fabriqué pour me faire réagir. »

« C’est une possibilité très sérieuse. Il faut en vérifier la provenance. »

Marcus avait raison de rester prudent.

Moi, j’avais déjà senti l'effet recherché.

Pendant quelques minutes, j’avais douté de Claire.

J’avais oublié sa lettre.

J’avais oublié ses appels depuis l’hôpital.

J’avais oublié les complications d’Eva.

Je m’étais seulement demandé si Ethan était vraiment mon fils.

Il avait suffi de quelques lignes sur un document suspect.

C’était peut-être précisément le but.

Je me suis demandé qui pouvait avoir intérêt à dresser Claire et moi l’un contre l’autre davantage encore.

Notre mariage était déjà en train de se briser.

Pourquoi ajouter un tel mensonge ?

Et pourquoi ce titre étrange sur mon bureau ?

PROJET SECOND PÈRE.

Je me suis souvenu d’une conversation avec Claire, bien avant la naissance.

Elle voulait que les enfants grandissent dans une maison où ils puissent faire confiance à leurs parents.

J’avais répondu que nous leur offririons tout ce dont ils auraient besoin.

Elle m’avait demandé si je comprenais vraiment ce qu’elle voulait dire.

Je lui avais assuré que oui.

Aujourd’hui, je savais que non.

J’avais entendu parler de sécurité matérielle.

Elle me parlait de présence et de confiance.

Je n’avais pas fait la différence.

Et maintenant, un inconnu cherchait peut-être à exploiter exactement cette faiblesse.

Je suis remonté vers la chambre des jumeaux.

L’espace me paraissait encore plus grand sans les berceaux.

Je me suis arrêté devant la commode.

J’ai regardé les bracelets.

Ethan.

Eva.

Leurs prénoms étaient les seuls éléments simples dans cette journée.

Je ne savais pas où ils se trouvaient.

Je ne savais pas quand Claire accepterait de me laisser les rencontrer.

Mais je savais que ces enfants n’avaient rien demandé.

Ils n’avaient pas choisi mes mensonges.

Ils n’avaient pas choisi les conflits autour de Knox Dynamics.

Ils ne devaient pas devenir des instruments dans une querelle d’adultes.

Je suis resté longtemps à tenir le bracelet d’Ethan.

Puis je l’ai posé à côté de celui d’Eva.

Je refusais de laisser un document manifestement incohérent décider de la façon dont j’allais considérer mon fils.

J’avais encore beaucoup à apprendre.

Mais je pouvais au moins comprendre cela.

Un peu plus tard, j’ai rappelé mon avocat.

Je lui ai parlé du rapport génétique.

Je lui ai expliqué le problème de date.

Je lui ai également mentionné les éléments concernant Sienna, Daniel Voss et Nathan Mercer.

Il m’a écouté.

« Il faudra examiner les documents et établir leur origine », m’a-t-il répondu.

« Et pour Claire ? »

« La procédure suit son cours. »

J’ai serré la mâchoire.

« Je ne veux pas que cette histoire serve à lui faire du mal. »

Il a laissé passer une seconde.

« Alors il faudra être attentif à ce que tu fais, pas seulement à ce que tu dis. »

J’ai regardé par la fenêtre.

Il n’avait pas besoin de me donner de leçon.

La réalité s’en chargeait déjà.

Au fil de la journée, les informations que Marcus rassemblait semblaient s'accumuler.

Les contacts entre Sienna et Daniel.

Les anomalies liées à Helix Vector.

Les photographies de Sienna avec Nathan.

La présence de Claire et de Sienna dans mon bureau.

Et ce rapport génétique dont les dates ne tenaient pas.

Je n’arrivais pas à construire une explication cohérente.

Par moments, je pensais que Claire avait préparé son départ en sachant ce qui se tramait autour de mon entreprise.

À d’autres, je soupçonnais Sienna de m’avoir caché des relations bien plus importantes que notre liaison.

Je me demandais aussi ce que Nathan pouvait chercher après sept années marquées par les conséquences de sa condamnation.

Mais je n'avais aucune preuve suffisante pour conclure.

J’avais passé ma vie à exiger des faits avant de signer des contrats.

Je devais appliquer cette même prudence à ma famille.

Je me suis servi un verre d’eau.

Je ne l’ai presque pas touché.

Mon téléphone était posé devant moi.

J’attendais toujours un message de Claire.

Je relisais parfois celui que je lui avais envoyé.

Il me semblait trop court.

Puis je me disais que des mots supplémentaires ne répareraient rien.

Ce qui me faisait le plus peur n’était pas le divorce lui-même.

C’était de penser qu’elle puisse réellement préférer une vie où je n'avais plus ma place.

J’avais toujours imaginé que Claire finirait par comprendre mes absences.

Que les résultats de mon travail justifieraient les sacrifices.

Je n’avais jamais envisagé qu’elle puisse ne plus vouloir les accepter.

Le téléphone a finalement sonné.

J’ai vu son prénom.

Claire.

Je suis resté une seconde immobile avant de répondre.

« Claire ? »

Sa voix était calme.

Fatiguée, aussi.

Je l’ai reconnue immédiatement.

« Adrian, il faut qu’on parle. »

J’ai fermé les yeux.

« Les enfants vont bien ? »

« Nous parlerons d’eux. Mais il y a autre chose que tu dois comprendre. »

Je n’ai pas osé la couper.

Je voulais lui demander où elle était.

Je voulais lui dire que j’avais retrouvé la lettre.

Je voulais lui parler du faux rapport.

J’avais mille questions.

Claire n’en a posé qu’une.

« Est-ce que tu te souviens d’Emily Hart ? »

J’ai cessé de bouger.

Treize années venaient de revenir dans ma mémoire en quelques secondes.

Emily.

Je n’avais pas prononcé son nom depuis longtemps.

Et j’avais passé beaucoup trop d’années à éviter tout ce qu’il représentait.

Source: noncommentaire.com


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 4 : Claire a prononcé le nom d’une femme que j’avais perdue treize ans plus tôt, et j’ai compris que mes mensonges avaient commencé bien avant Miami

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Je suis rentré de Miami persuadé que ma femme m’attendait encore, mais deux petits bracelets ont détruit toutes mes certitudes

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