PARTIE 11 – La voix d’une femme morte apparaissait dans l’enregistrement de Patrick, mais son dernier carnet montrait qu’elle n’avait jamais travaillé uniquement pour notre famille

Marianne Cole.

Je n’avais pas pensé à elle depuis des années.

Elle avait travaillé auprès de Patrick presque toute sa carrière.

Discrète, ponctuelle, toujours vêtue de couleurs neutres, elle connaissait ses rendez-vous, ses habitudes, ses mots de passe et ses horaires mieux que quiconque.

Elle avait assisté à ses funérailles.

Je me souvenais d’elle debout derrière ma mère, tenant un mouchoir froissé entre ses doigts.

Quatre ans plus tard, elle était morte d’un cancer.

Et maintenant sa voix se trouvait sur le dernier enregistrement connu de mon frère.

Grant ne cessait de secouer la tête.

« Je l’ai gardée après la mort de Patrick. »

« Combien de temps ? » demandai-je.

« Presque trois ans. Elle travaillait ensuite pour moi à mi-temps. »

« Elle avait accès aux archives ? »

« Oui. »

Silas demanda :

« Aux systèmes ? »

« Oui. »

« Aux codes d’alarme ? »

Grant pâlit.

« Oui. »

Nous venions peut-être de résoudre une partie du mystère du code utilisé.

Mais pas le reste.

Pourquoi Marianne aurait-elle saboté la voiture de Patrick ?

Elena fit rechercher ses anciens dossiers.

Son contrat de travail ne disait rien d’étrange.

Ses relevés publics non plus.

Puis l’enquêteur trouva une société dissoute.

Cole Administrative Solutions.

Client principal déclaré : HCP Services.

Je ressentis presque une nausée.

« Elle travaillait pour Evelyn. »

Elena corrigea :

« Ou pour une société liée à Evelyn. Ce n’est pas encore la même chose. »

Je soupirai.

« Tu peux arrêter de rendre les choses plus compliquées ? »

« Je pourrais. Mais ensuite vous vous tromperiez plus vite. »

Silas sourit malgré lui.

Nous fouillâmes les anciennes boîtes de Marianne à l’agence.

Grant se souvenait avoir conservé quelques effets après son départ.

Une tasse.

Des cartes de visite.

Un agenda.

Trois carnets.

Le premier ne contenait que des rendez-vous.

Le deuxième, des notes administratives.

Le troisième était différent.

Des initiales.

Des montants.

Des heures.

Une page comportait :

A.V. — 5 000

E.M. — récupérer copie rouge avant P.

P.H. méfiant.

Une autre :

G. code 7714.

Garage après 23 h.

Je regardai Grant.

« Ton ancien code ? »

Il acquiesça.

La page suivante était datée de la veille de l’accident.

A.V. dit seulement effrayer P.

Pas toucher voiture.

Puis, plus bas :

Ligne déjà endommagée.

Qui ?

Je relus.

Silas prit le carnet.

« Donc Marianne savait que la conduite avait été touchée, mais elle écrit qu’elle n’était pas censée le faire. »

« Et qu’elle ignore qui l’a fait. »

Elena hocha la tête.

« Si le carnet est authentique. »

Je tournai la page.

00 h 15 — appel A.V.

00 h 32 — retour bureau.

P. avec dossier.

A.V. furieux.

E.M. absente.

Puis une dernière note.

J’ai pris rouge.

P. parti sans comprendre.

Je m’arrêtai.

« Elle a pris le dossier. »

Grant regarda le carton des archives.

« Mais nous l’avons trouvé dans le casier. »

Silas réfléchit.

« Peut-être un autre dossier rouge. »

Nous avions supposé qu’il n’en existait qu’un.

Patrick pouvait en avoir plusieurs.

Je repris le carnet.

La dernière ligne de cette nuit-là était écrite plus fort.

VOITURE NE DOIT PAS PARTIR DEMAIN.

J’ai dit à D.

« D ? »

Grant regarda mon père comme s’il était dans la pièce.

« Dale. »

Mais quelque chose ne collait pas.

Mon père avait affirmé ne pas être retourné au garage.

S’il avait été averti après minuit que la voiture ne devait pas partir, pourquoi Patrick l’avait-il conduite le lendemain ?

Nous retournâmes à l’hôpital.

Mon père devait sortir le lendemain.

Il semblait déjà plus solide, mais son visage se durcit quand je posai le carnet devant lui.

« Marianne », dit-il.

« Elle t’a appelé après minuit ? »

Il fixa la page.

« Oui. »

Grant ferma les yeux.

« Encore un détail que tu avais oublié. »

« Je n’avais pas oublié. »

« Alors pourquoi tu ne l’as pas dit ? »

Mon père passa une main sur son front.

« Parce qu’elle m’a dit quelque chose que je ne pouvais pas vérifier. »

« Quoi ? »

« Que Vale avait ordonné qu’on touche aux freins. »

Silas se pencha.

« Exactement comme ça ? »

« Oui. »

« Et vous avez fait quoi ? »

« J’ai appelé Patrick. »

« Quand ? »

« Vers une heure. »

« Il a répondu ? »

« Oui. »

« Et ? »

Mon père ferma les yeux.

« Je lui ai dit de ne pas prendre sa voiture le lendemain. »

Je retins mon souffle.

« Il savait donc. »

« Oui. »

« Alors pourquoi l’a-t-il conduite ? »

Mon père regarda la fenêtre.

« Parce que le matin, quelqu’un l’a appelé pour lui dire qu’elle avait été réparée. »

Grant se redressa.

« Qui ? »

« Marianne. »

Le nom retomba.

« Tu es sûr ? »

« Patrick m’a appelé vers sept heures quinze. Il m’a dit que Marianne avait fait venir quelqu’un et que la ligne avait été remplacée. »

Silas demanda :

« Vous avez vu la réparation ? »

« Non. »

« Lui non plus, probablement. »

Mon père secoua la tête.

« Patrick connaissait peu la mécanique. »

« Et il lui faisait confiance. »

« Oui. »

Le scénario devenait terriblement simple.

Quelqu’un endommage les freins.

Patrick le découvre.

Marianne dit qu’ils seront réparés.

Le lendemain, il repart en croyant le problème résolu.

Mais Marianne avait écrit : VOITURE NE DOIT PAS PARTIR DEMAIN.

Pourquoi lui aurait-elle dit le contraire ?

Je demandai :

« Tu as parlé à Marianne après l’accident ? »

Mon père acquiesça.

« Elle était détruite. »

« Elle t’a dit quoi ? »

« Qu’elle n’avait jamais parlé à Patrick le matin. »

Grant se leva.

« Attends. »

« Elle m’a juré qu’elle ne lui avait pas téléphoné. »

Silas comprit immédiatement.

« Donc quelqu’un s’est fait passer pour elle. »

Je pensai aux signatures falsifiées.

Aux documents fabriqués.

Aux identités utilisées.

Toute cette histoire reposait sur des imitations suffisamment crédibles.

« Patrick connaissait sa voix. »

« Au téléphone, un message vocal ou un appel bref peut suffire », dit Silas.

Mon père secoua lentement la tête.

« Il avait dit : “Marianne m’a laissé un message.” »

Pas un appel.

Un message.

Nous avions besoin du téléphone de Patrick.

L’appareil avait été saisi après l’accident, puis rendu à Leah.

Elle l’avait conservé dans une boîte.

La batterie était morte.

Le modèle ancien.

Mais le téléphone fonctionna après remplacement de la batterie.

La messagerie locale contenait encore plusieurs enregistrements.

Le dernier, daté de 6 h 48 le matin de l’accident.

Une voix de femme.

« Patrick, c’est Marianne. J’ai fait vérifier la voiture. La conduite a été remplacée. Tu peux la prendre. Je te retrouve au bureau. »

Grant serra la mâchoire.

« C’est sa voix. »

Je n’étais pas sûre.

Quelque chose sonnait trop appliqué.

Silas demanda à Leah :

« Vous avez d’autres messages de Marianne ? »

Elle en trouva un datant de plusieurs mois auparavant.

La vraie Marianne parlait plus vite.

La respiration différente.

Certaines consonnes plus sèches.

Elena envoya les fichiers à un expert.

Le résultat préliminaire arriva le lendemain.

La voix du message matinal était probablement une copie enregistrée à partir de segments de la vraie voix.

Pas une technologie sophistiquée.

Un montage.

Plusieurs phrases assemblées.

Quelqu’un avait fabriqué un faux message vocal huit ans avant que cela devienne facile.

Il fallait donc avoir accès à des enregistrements de Marianne.

À l’agence, beaucoup de réunions internes étaient enregistrées.

Par qui ?

L’administration.

Evelyn.

Marianne elle-même.

Et Patrick.

Nous continuâmes à lire le carnet de Marianne.

Au milieu de pages anciennes, je trouvai une note qui n’avait rien à voir avec Patrick.

A.V. garde copie des voix pour « vérification ».

Ridicule.

Je montrai à Silas.

« Vale avait des enregistrements. »

Grant lut.

« Pour quoi ? »

Elena répondit :

« Pour des procédures de confirmation téléphonique, peut-être. Ou pour autre chose. »

Je demandai :

« Est-ce suffisant pour dire qu’il a fabriqué le message ? »

« Non. »

Toujours ce mot.

Non.

Pas encore.

Pas assez.

Mais nous approchions.

Puis l’enquêteur appela.

Ils avaient obtenu une sauvegarde ancienne d’un serveur Hawthorne.

Un dossier audio contenait des centaines de messages.

Des validations.

Des conversations.

Et plusieurs fichiers portant le nom de Marianne Cole.

Parmi eux, le message exact envoyé à Patrick.

Créé à 5 h 52 le matin de sa mort.

Depuis un ordinateur attribué à Adrian Vale.

Je dus m’appuyer contre la table.

« C’est lui. »

Elena parla calmement.

« C’est une preuve très forte qu’il a fabriqué le message. Pas encore que lui-même a saboté la voiture. »

« Mais il savait qu’elle n’était pas sûre. »

« Oui. »

« Et il a dit à Patrick qu’elle l’était. »

« Oui. »

Cette fois, le mot était différent.

Grant se mit à pleurer.

Pas bruyamment.

Simplement assis dans une chaise, les mains contre son visage.

« Il l’a envoyé mourir. »

Personne ne le corrigea.

L’enquêteur continua.

« Il y a autre chose. Le serveur contient un courriel interne adressé à Vale, envoyé à 4 h 11 le même matin. »

« De qui ? »

« Marianne Cole. »

Je retins mon souffle.

Le message disait :

Adrian,

Je ne participerai pas à ça. La voiture n’est pas sûre. Patrick a déjà compris trop de choses. Si tu utilises mes enregistrements ou mon accès pour lui faire croire autre chose, je parlerai.

Je possède des copies.

M.

Marianne avait voulu se retirer.

Elle avait compris.

Et quatre ans plus tard, elle était morte sans jamais parler publiquement.

Je demandai :

« Quelles copies ? »

L’enquêteur répondit :

« On ne sait pas. »

Puis il ajouta :

« Mais son carnet contient une adresse que nous n’avions pas comprise. »

Une adresse postale.

Boîte 602.

Une consigne privée ouverte au nom de Cole Administrative Solutions.

Toujours active.

Nous obtînmes l’accès légal deux jours plus tard.

À l’intérieur se trouvait une enveloppe scellée.

Une clé USB.

Et une lettre.

Si quelqu’un lit ceci, c’est que je n’ai pas eu le courage de parler assez tôt.

Patrick n’est pas mort parce qu’il a découvert la fraude.

Il est mort parce qu’Adrian Vale a cru qu’il possédait la seule copie du contrat qui pouvait détruire Hawthorne.

Il avait tort.

J’en ai gardé une.

Mais la phrase suivante me coupa presque le souffle.

Evelyn ne savait pas ce qu’Adrian allait faire à Patrick.

Dale non plus.

Moi, oui.

Et je n’ai pas réussi à l’arrêter.


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Quinze ans après m’avoir laissée partir, ma mère est revenue avec un gratin, une signature à obtenir et un silence beaucoup trop soigneusement préparé

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