À six heures du matin, Margaret m’attendait devant le centre d’expertise automobile.
Je n’avais presque pas dormi.
Les mots de Jenna tournaient dans ma tête.
« Il voulait vérifier quelque chose sur ton trajet. »
Je refusais de conclure trop vite.
Une accusation sans preuve pouvait détruire une vie.
Je voulais des faits.
Le technicien nous conduisit dans un atelier fermé au public.
Ma voiture était installée sur une plateforme.
Le côté avant gauche avait été fortement endommagé.
« Nous avons trouvé deux anomalies », expliqua-t-il.
Je m’approchai.
« Lesquelles ? »
Il désigna le système de freinage.
« Une modification du câblage. »
Puis il montra un petit boîtier.
« Et un dispositif ajouté après la fabrication du véhicule. »
« Un traceur ? »
« Pas exactement. Il pouvait enregistrer certaines données et transmettre des informations de localisation. »
Je regardai Margaret.
« Il savait où j’étais. »
« Potentiellement, oui. »
« Et le freinage ? »
Le technicien prit une tablette.
« Le dispositif n’a pas directement coupé les freins. Il a perturbé le système électronique de contrôle. Dans certaines conditions, cela peut provoquer une réponse retardée. »
Je me rappelai la seconde précédant l’accident.
La voiture avait ralenti.
Puis la pédale avait semblé devenir étrange.
J’avais cru à une panne.
Je n’avais jamais pensé à autre chose.
« Pouvez-vous déterminer qui l’a installé ? »
« Pas directement. Mais le numéro de série du boîtier peut nous conduire au fournisseur. »
Margaret demanda :
« Combien de temps ? »
« Quelques jours. »
Je hochai la tête.
« Faites-le. »
En sortant, je restai sur le trottoir.
Le soleil venait de se lever.
Les rues étaient presque désertes.
« Claire », dit Margaret, « à partir de maintenant, tu ne dois plus être seule. »
Je la regardai.
« Parce que tu penses qu’il pourrait recommencer ? »
« Parce que nous ne savons pas qui travaille encore pour lui. »
Je pris une inspiration.
« Alors je veux que toute la procédure soit accélérée. »
Nous retournâmes au cabinet.
Aaron avait déjà reçu une première réponse concernant la clé USB.
Les fichiers contenaient plus de deux cents documents.
Parmi eux se trouvait un échange entre Daniel et un ancien responsable de la sécurité informatique.
La date remontait à trois semaines avant mon accident.
Le message de Daniel était bref.
« Je veux connaître tous les déplacements de Claire pendant les prochaines semaines. Rien ne doit attirer son attention. »
Je fermai les yeux.
Un autre message suivait.
« Et si elle découvre le dispositif ? »
La réponse de Daniel :
« Elle ne le découvrira pas. »
Je reposai la tablette.
« C’est suffisant pour lancer une enquête criminelle. »
Margaret acquiesça.
« Oui. »
Elle fit le nécessaire.
Une heure plus tard, deux enquêteurs arrivèrent au bureau.
Ils examinèrent les documents.
Ils demandèrent les relevés téléphoniques.
Ils prirent copie des rapports automobiles.
L’un d’eux me demanda :
« Madame Whitman, avez-vous reçu des menaces avant l’accident ? »
Je réfléchis.
« Pas directement. »
« Des comportements inhabituels ? »
Je pensai à Daniel.
« Il avait commencé à poser beaucoup de questions sur mes déplacements. »
« Lesquelles ? »
« À quelle heure je quittais la maison. Quand je faisais mes courses. Quand je voyais mon père. »
L’enquêteur nota.
« Et vous n’y avez pas prêté attention ? »
« Je pensais qu’il essayait de mieux comprendre mon emploi du temps. »
Il releva les yeux.
« Après ce que nous avons vu, cela peut prendre un autre sens. »
Je ne répondis pas.
À midi, nous apprîmes que Daniel avait été transféré dans un autre centre de détention en attendant une audience.
Son avocat avait demandé une réduction des mesures restrictives.
La demande fut refusée.
Il ne pouvait contacter ni moi ni Jenna.
Mais à quatorze heures, une enveloppe arriva au cabinet.
Elle ne portait aucun expéditeur.
Margaret l’ouvrit devant moi.
À l’intérieur se trouvait une photographie.
Ma voiture.
Prise plusieurs jours avant l’accident.
Garée devant la maison.
Je retournai la photo.
Une phrase manuscrite était écrite au dos.
« Ce n’est pas Daniel qui conduisait cette voiture avant toi. »
Je regardai Margaret.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Elle ne répondit pas.
Aaron agrandit la photographie.
À l’arrière-plan, une autre voiture était visible.
Une berline noire.
« On peut identifier la plaque », dit-il.
Il entra les chiffres.
Puis il s’arrêta.
« Elle appartient à Whitman Logistics. »
Je sentis un frisson.
« Qui conduisait ? »
Aaron vérifia.
« Ethan Cole. »
Je restai silencieuse.
L’homme qui venait de nous remettre les preuves contre Daniel.
L’homme qui prétendait vouloir réparer les dégâts.
L’homme qui avait encore accès aux systèmes de Vanguard.
« Il nous a menti », murmurai-je.
Margaret secoua la tête.
« Pas nécessairement. Il peut avoir été impliqué avant de décider de coopérer. »
« Ou il nous conduit exactement là où Daniel veut. »
Nous décidâmes de ne pas le confronter immédiatement.
À seize heures, Jenna vint au cabinet.
Elle semblait épuisée.
« J’ai quelque chose d’autre à vous dire. »
Elle posa un téléphone sur la table.
« Daniel m’avait demandé de supprimer certains messages. Je ne l’ai pas fait. »
Elle déverrouilla l’appareil.
Une conversation apparut.
Daniel.
Jenna.
Plusieurs messages.
L’un d’eux était daté de la veille de l’accident.
« Assure-toi qu’elle prenne la route habituelle. »
Je sentis mon cœur accélérer.
Jenna continua.
« J’ai demandé pourquoi. »
Elle me montra sa réponse.
« Je dois être certain qu’elle sera seule. »
Le silence fut total.
Je regardai Jenna.
« Pourquoi tu ne me l’as pas donné plus tôt ? »
« Parce que j’avais peur. »
« Et maintenant ? »
« Maintenant, je sais qu’il est capable de choses que je ne pensais pas possibles. »
Je ne lui pardonnais pas.
Pas encore.
Mais je comprenais pourquoi elle avait peur.
L’enquêteur prit le téléphone.
« Nous allons le conserver comme pièce à conviction. »
Jenna acquiesça.
Avant de partir, elle se retourna.
« Claire. »
« Oui ? »
« Il y a encore quelque chose. »
Je la regardai.
« Quoi ? »
« Daniel ne parlait pas seulement de vous. »
« De qui ? »
Elle baissa la voix.
« De votre père. »
Je me figeai.
« Qu’est-ce qu’il disait ? »
« Il disait que votre père était la seule personne qui pouvait empêcher son plan. »
Je pensai à la lettre.
À la clause de réversion.
Au coffre.
À Blackridge.
Tout semblait converger vers mon père.
J’appelai Aaron.
« Où est papa ? »
« À la maison. Pourquoi ? »
« Appelle-le. Maintenant. »
Quelques secondes plus tard, Aaron me rappela.
Sa voix avait changé.
« Claire… »
« Quoi ? »
« Papa n’est pas là. »
« Comment ça ? »
« Sa voiture est dans le garage. Son téléphone est sur son bureau. »
Je me levai.
« Depuis combien de temps ? »
« Personne ne l’a vu depuis hier soir. »
Je regardai Margaret.
Elle comprit immédiatement.
Nous prîmes la voiture.
Lorsque nous arrivâmes chez mon père, la porte d’entrée était entrouverte.
Je poussai lentement.
« Papa ? »
Aucune réponse.
Le salon était intact.
La cuisine aussi.
Mais dans son bureau, plusieurs tiroirs étaient ouverts.
Un coffre avait été forcé.
Les documents de Blackridge avaient disparu.
Et sur le bureau, une feuille blanche portait une seule phrase.
« Maintenant, tu comprends pourquoi Daniel devait être arrêté avant que ton père ne parle. »
Je regardai Margaret.
Puis le couloir vide.
Pour la première fois, je ne pensais plus au divorce.
Je ne pensais plus à Vanguard.
Je ne pensais même plus à Daniel.
Je pensais à mon père.
Et je compris que la véritable bataille ne faisait que commencer.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 9 : La disparition de mon père révéla enfin le lien entre Blackridge et Daniel, mais une preuve inattendue montra que son plan avait commencé bien avant mon accident
Après l’accident, son absence aurait pu être pardonnée, mais le message qu’il m’envoya révéla une vérité bien plus difficile à ignorer
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