Je restai devant le bureau de mon père sans toucher à la feuille. Les mots semblaient trop précis pour être une menace improvisée. Quelqu’un savait exactement ce que nous avions découvert.
Margaret appela immédiatement les enquêteurs. Aaron verrouilla les portes et vérifia les caméras de surveillance de la propriété. Je parcourus chaque pièce en essayant de ne pas laisser la panique décider à ma place.
La voiture de mon père était toujours dans le garage. Ses clés se trouvaient sur le petit plateau près de l’entrée. Son manteau était accroché derrière la porte. Même ses lunettes de lecture reposaient ouvertes sur le bureau, comme s’il avait simplement quitté la pièce quelques minutes.
« Il ne serait jamais parti sans son téléphone », murmurai-je.
Aaron hocha la tête.
« Et il ne serait certainement pas parti sans prévenir quelqu’un. »
Sur l’écran de son ordinateur, les caméras montraient la rue pendant les dernières vingt-quatre heures. Une coupure de neuf minutes apparut entre 21 h 17 et 21 h 26.
« C’est trop précis », dit Aaron.
Je regardai l’écran.
« Quelqu’un a désactivé le système. »
Les enquêteurs arrivèrent peu après. Ils photographièrent le coffre forcé, les tiroirs ouverts et les traces laissées sur la serrure. L’un d’eux me demanda ce qui avait disparu.
« Les documents concernant Blackridge Holdings », répondis-je. « Et certains dossiers anciens sur Daniel Whitman. »
Il nota les noms.
« Votre père avait-il des ennemis ? »
Je voulus répondre non.
Mais je m’arrêtai.
« Il avait des adversaires commerciaux. Je ne sais pas lesquels auraient pu aller aussi loin. »
L’enquêteur regarda Margaret.
« Et Daniel Whitman ? »
« Il est actuellement sous contrôle judiciaire », répondit-elle. « Mais plusieurs personnes peuvent avoir agi pour lui. »
Je repensai immédiatement à Ethan Cole.
Sa voiture devant la maison.
Son accès aux systèmes.
La clé USB.
Son passé avec Daniel.
Je demandai qu’on vérifie ses déplacements des dernières quarante-huit heures.
À dix-neuf heures, les résultats arrivèrent.
Ethan avait déclaré se trouver chez lui.
Mais une caméra de circulation le plaçait à moins de trois kilomètres de la maison de mon père la nuit précédente.
Je sentis mon cœur accélérer.
« Il nous a menti », dis-je.
Margaret ne répondit pas.
Elle semblait déjà réfléchir à la question suivante.
« Pourquoi nous donner la clé USB s’il voulait nous faire du mal ? »
Aaron releva les yeux.
« Peut-être qu’il ne travaille plus pour Daniel. »
« Ou peut-être qu’il voulait nous faire croire ça. »
Cette possibilité resta suspendue entre nous.
Une heure plus tard, nous retrouvâmes Ethan dans un parking souterrain où son véhicule était stationné. Les enquêteurs l’attendaient déjà.
Il ne résista pas.
Quand il me vit, il soupira.
« Je savais que vous finiriez par découvrir la voiture. »
« Où est mon père ? »
Il secoua la tête.
« Je ne sais pas. »
« Vous étiez près de chez lui. »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
Il hésita.
« Parce que Daniel m’avait demandé de surveiller cette maison. »
Le silence devint lourd.
« Quand ? »
« Il y a trois semaines. »
Je fis un pas vers lui.
« Vous saviez qu’il voulait s’en prendre à mon père ? »
« Je savais qu’il voulait récupérer les documents. Je ne savais pas qu’il l’enlèverait. »
Margaret intervint.
« Qui vous a donné l’ordre ? »
Ethan baissa les yeux.
« Pas Daniel directement. »
« Alors qui ? »
Il prononça un nom.
« Victor Hale. »
Je me figeai.
« Victor Hale est mort. »
« Oui. »
Ethan regarda autour de lui.
« C’est précisément le problème. »
Nous le conduisîmes au cabinet.
Il expliqua que Victor Hale avait laissé derrière lui une structure financière contrôlée par plusieurs personnes. L’une d’elles avait continué à travailler avec Daniel après la mort de Hale.
« Qui ? »
Ethan sortit un vieux dossier.
« Thomas Whitman. »
Le père de Daniel.
Je secouai la tête.
« Il est mort depuis cinq ans. »
« Je sais. »
« Alors comment pouvait-il contrôler quoi que ce soit ? »
Ethan ouvrit une copie d’un mandat de gestion.
La signature de Thomas était datée de quelques mois avant sa mort.
Il avait nommé un administrateur.
Le nom était celui de Victor Hale.
Puis, après la mort de Hale, les droits avaient été transférés à une autre personne.
Je lus le nom.
Je dus relire.
« Patricia Whitman. »
Margaret leva brusquement les yeux.
Ma belle-mère.
« Elle savait », murmurai-je.
Ethan hocha la tête.
« Elle sait depuis le début. »
Je me souvins de sa visite à Bridlewood.
Elle avait parlé comme si la maison appartenait déjà à Daniel.
Elle avait insisté pour que je signe.
Elle savait exactement ce qui était en jeu.
« Pourquoi voulait-elle mon père ? »
« Parce qu’il possède encore le seul document capable de prouver que Blackridge a été utilisé pour transférer des actifs de manière frauduleuse. »
Je regardai Aaron.
« Le document que nous avons trouvé dans le coffre ? »
« Peut-être une copie », répondit Ethan.
Je pris le téléphone.
« Il faut retrouver papa avant elle. »
À cet instant, un appel arriva.
Numéro masqué.
Je décrochai.
Aucune voix.
Puis une respiration.
Et enfin mon père.
« Claire. »
Je me levai.
« Papa ! Où es-tu ? »
Sa voix était faible.
« Ne viens pas seule. »
« Où es-tu ? »
« Ancienne gare de Mercer. Entrepôt numéro quatre. »
La ligne coupa.
Je regardai les enquêteurs.
« Il est vivant. »
Nous partîmes immédiatement.
L’ancienne gare se trouvait à l’extérieur de la ville. Les bâtiments abandonnés étaient plongés dans l’obscurité. Des rails rouillés disparaissaient sous les herbes.
L’entrepôt numéro quatre était fermé par une chaîne.
Les policiers forcèrent la porte.
Nous trouvâmes mon père assis sur une chaise, les mains attachées mais sans blessure apparente.
Je courus vers lui.
« Papa. »
Il me serra contre lui.
« Je savais que tu viendrais. »
Je reculai.
« Qui t’a fait ça ? »
Il regarda Margaret.
Puis Ethan.
« Des hommes qui travaillent pour Patricia. »
Je restai immobile.
« Elle est impliquée ? »
« Depuis le début. »
Mon père expliqua qu’il avait découvert la fraude de Thomas Whitman des années auparavant. Il avait essayé de protéger ma famille sans détruire la réputation de Daniel.
« Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? »
Il baissa les yeux.
« Parce que je pensais que Daniel finirait par se montrer digne de ta confiance. »
Je sentis les larmes monter.
« Et il ne l’a jamais été. »
« Non. »
Il sortit une petite enveloppe de sa veste.
« Mais il y a quelque chose que je n’ai jamais compris. »
Je pris l’enveloppe.
À l’intérieur se trouvait une photographie ancienne.
Daniel et Patricia.
Beaucoup plus jeunes.
Devant les bureaux de Blackridge.
La date était antérieure à ma rencontre avec Daniel.
Je regardai mon père.
« Qu’est-ce que ça signifie ? »
Il répondit :
« Daniel ne s’est pas rapproché de notre famille après nous avoir rencontrés. »
Il marqua une pause.
« Il cherchait déjà un moyen d’y entrer. »
Je fermai les yeux.
Tout ce que je croyais avoir vécu comme une histoire d’amour semblait désormais avoir été précédé par une stratégie.
Mais mon père posa une main sur mon bras.
« Claire, il y a encore une chose. »
Je le regardai.
« La personne qui a donné l’ordre de ton accident n’était pas Daniel. »
Je cessai de respirer.
« Alors qui ? »
Mon père regarda l’enveloppe.
« Quelqu’un qui voulait que Daniel soit débarrassé de toi avant même qu’il ne puisse obtenir ta signature. »
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 10 : Mon père connaissait le nom de la personne derrière l’accident, mais la vérité obligea Daniel à devenir le témoin dont nous avions besoin
Après l’accident, son absence aurait pu être pardonnée, mais le message qu’il m’envoya révéla une vérité bien plus difficile à ignorer
Part 9 of 15
