Je passai une grande partie de la journée à revoir les images.
Je ne cherchais plus seulement le moment où Lauren avait pris le bracelet.
Je cherchais ce qui s’était produit avant.
Chaque détail pouvait compter.
La caméra enregistrait le salon, mais son champ couvrait également une partie du couloir. Cela me permettait de reconstruire les déplacements des personnes présentes.
À onze heures dix-sept, Emma apparaissait avec son petit ours.
À onze heures dix-neuf, elle entrait dans le couloir.
À onze heures vingt, Lauren passait derrière elle.
À onze heures vingt-deux, Emma ressortait.
Puis, quelques instants plus tard, Lauren entrait dans la chambre de Margaret.
Je notai les heures sur une feuille.
Je voulais quelque chose de précis.
Pas une impression.
Pas une colère.
Des faits.
Je relançai la séquence.
Cette fois, je remarquai Richard.
Il se trouvait près de la salle à manger au moment où Lauren ressortait de la chambre.
Il avait regardé dans sa direction.
Puis il avait regardé vers le couloir.
Ensuite, il avait baissé les yeux.
Ce détail me fit arrêter la vidéo.
Richard avait-il vu le bracelet ?
Avait-il compris quelque chose ?
Je ne pouvais pas l'affirmer.
Mais son silence de la veille me revint à l'esprit.
Lorsque j’étais entrée dans l’appartement avec Emma dans les bras, il n’avait pas protesté contre la punition.
Il n’avait pas demandé où se trouvait le bracelet.
Il n’avait pas dit qu’il fallait vérifier.
Il était simplement resté là.
Je me demandai depuis combien de temps il savait qu’il y avait un problème.
Je repris mon téléphone.
J’appelai mon père.
Il répondit après plusieurs sonneries.
« Oui ? »
Sa voix semblait fatiguée.
« Papa, je veux te poser une question. »
Silence.
« D’accord. »
« Est-ce que tu as vu Lauren entrer dans la chambre de maman hier ? »
Il ne répondit pas immédiatement.
« Pourquoi ? »
« Parce que je te le demande. »
« Je ne sais pas. »
« Tu ne sais pas ou tu ne veux pas répondre ? »
Il soupira.
« Ce n’est pas aussi simple. »
Je fermai les yeux.
« Qu’est-ce qui n’est pas simple ? »
« Ta mère était bouleversée. »
« Parce qu’un bracelet avait disparu. »
« Oui. »
« Et Emma a été accusée. »
Il ne répondit pas.
« Papa, elle avait trois ans. »
Sa voix baissa.
« Je sais. »
« Alors pourquoi n’as-tu rien dit ? »
Long silence.
Puis il murmura :
« Je pensais qu’on finirait par retrouver le bracelet. »
Je serrai le téléphone.
« Et en attendant, vous avez rasé la tête de ma fille ? »
« Je n’ai pas fait ça. »
« Mais tu as laissé faire. »
Il ne répondit plus.
Je compris alors que son silence n’était pas forcément celui d’un homme qui ignorait tout.
C’était peut-être celui de quelqu’un qui avait vu quelque chose et n’avait pas voulu s’opposer à Margaret.
Je mis fin à l’appel.
Je ne savais toujours pas pourquoi Lauren avait pris le bracelet.
Mais je savais que plusieurs adultes avaient préféré éviter le conflit plutôt que protéger Emma.
Cette pensée me fit plus mal que je ne l’aurais imaginé.
Dans l’après-midi, Margaret appela.
Je laissai sonner.
Puis elle rappela.
Je répondis finalement.
« Bonjour. »
« Pourquoi tu ne répondais pas ? »
« J’étais occupée. »
« Emma va bien ? »
Je regardai ma fille assise sur le tapis.
Elle faisait avancer une petite voiture entre deux coussins.
« Elle va mieux. »
Margaret soupira.
« Tu dois arrêter de me traiter comme si j’avais voulu lui faire du mal. »
Je ne répondis pas.
« Je voulais lui apprendre quelque chose. »
« Tu lui as fait peur. »
« Elle avait besoin d’une conséquence. »
« Pour quelque chose qu’elle n’a pas fait. »
Silence.
Puis Margaret demanda :
« Qu’est-ce qui te fait dire ça ? »
Je regardai l’écran de mon ordinateur.
La vidéo était toujours ouverte.
« J’ai mes raisons. »
Elle changea immédiatement de ton.
« Quelles raisons ? »
Je compris que je ne devais rien révéler.
« On parlera quand je te reverrai. »
« Tu ne peux pas simplement partir et décider que tout le monde est coupable. »
Je répondis calmement :
« Je n’ai accusé personne. »
Puis je raccrochai.
Emma leva la tête.
« C’était mamie ? »
« Oui. »
« Elle est encore fâchée ? »
Je m’assis près d’elle.
« Je ne sais pas. »
Elle posa sa voiture sur le tapis.
« Je veux pas retourner là-bas. »
Je lui pris la main.
« Tu n’y retourneras pas aujourd’hui. »
Elle acquiesça.
Je regardai son petit visage.
Puis une pensée me traversa.
Emma avait parlé de son ours.
Je me levai.
« Où est ton ours ? »
Elle regarda autour d’elle.
« Je sais pas. »
Je cherchai dans son sac.
Rien.
Sous le canapé.
Rien.
Dans la voiture.
Rien.
Emma commença à s’inquiéter.
« Il était chez mamie. »
Je m’arrêtai.
« Tu es certaine ? »
Elle hocha la tête.
« Je l’avais avec moi. »
Je pris mon manteau.
Je n’avais aucune envie de retourner dans cet appartement.
Mais il fallait récupérer son jouet.
Je laissai Emma avec une personne de confiance et repartis seule.
Lorsque j’arrivai devant la porte, je pris quelques secondes avant de frapper.
Lauren ouvrit.
Elle sourit.
« Tu aurais pu prévenir. »
« Je viens chercher l’ours d’Emma. »
Son sourire disparut légèrement.
« Quel ours ? »
« Celui qu’elle avait avec elle hier. »
« Je ne sais pas. »
Je regardai derrière elle.
L’appartement semblait exactement comme la veille.
Je vis Richard dans la salle à manger.
Margaret était dans la cuisine.
Je n’entrai pas davantage.
« Je vais regarder moi-même. »
Lauren se plaça légèrement devant le passage.
« Ce n’est pas nécessaire. »
Je la regardai.
« Pourquoi ? »
Elle ne répondit pas.
Margaret intervint :
« Si elle veut chercher un jouet, laisse-la faire. »
Je passai dans le salon.
Je ne trouvai rien.
Puis mon regard tomba sur le petit meuble près de l’entrée.
Un objet brillant était posé derrière une pile de magazines.
Je m’approchai.
Ce n’était pas l’ours.
C’était une petite boîte.
Je la connaissais.
Elle appartenait à Margaret.
Je regardai Lauren.
Son visage avait changé.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Rien. »
Je pris la boîte.
Elle était vide.
Mais à l’intérieur, il y avait une petite trace de poussière dorée.
Je reposai lentement la boîte.
Je ne dis rien.
Je ne voulais pas qu’ils sachent ce que j’avais remarqué.
Je continuai à chercher l’ours.
Je le trouvai finalement derrière un fauteuil.
Emma avait simplement dû le laisser tomber.
Je le pris.
Puis je me dirigeai vers la porte.
Margaret me suivit du regard.
« Tu vas vraiment continuer cette histoire ? »
Je me retournai.
« Quelle histoire ? »
« Celle où tu crois que quelqu’un a voulu faire du mal à Emma. »
Je la regardai quelques secondes.
« Je ne crois rien. »
Je posai la main sur la poignée.
« Je vérifie. »
Personne ne répondit.
Dans la voiture, je regardai la petite boîte que j’avais photographiée avec mon téléphone avant de partir.
Je zoomai sur l’intérieur.
La poussière dorée n’était pas imaginaire.
Elle ressemblait à de minuscules particules laissées par quelque chose qui avait frotté contre sa surface.
Je pensai au bracelet.
Puis à Lauren.
Je revins à la vidéo.
Je suivis son déplacement après sa sortie de la chambre.
Elle avait disparu du champ pendant quelques secondes.
C’était précisément le moment où elle aurait pu cacher l’objet.
Mais où ?
Je regardai une autre fois.
Puis je remarquai quelque chose que je n’avais pas vu auparavant.
Richard était passé près de la cuisine immédiatement après elle.
Il avait regardé vers le meuble.
Puis il avait continué son chemin.
Je restai immobile devant l’écran.
Peut-être que Richard n’avait pas simplement gardé le silence.
Peut-être qu’il savait où le bracelet avait été déplacé.
Je n’avais plus seulement une question.
J’en avais deux.
Qui avait pris le bracelet ?
Et pourquoi plusieurs personnes semblaient-elles si déterminées à empêcher Emma de parler ?
Je savais maintenant que la réponse se trouvait probablement quelque part dans cette maison.
Et je savais aussi que quelqu’un avait commencé à comprendre que je cherchais.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 4 : Elle retourna seule dans la maison familiale avec une seule question en tête, mais la réponse prit une forme inattendue
Elle croyait retrouver sa fille après une semaine d’absence, mais ce qu’elle découvrit derrière la porte changea tout
Part 3 of 10
