J’ai laissé le téléphone sonner trois fois.
Colette n’avait jamais aimé attendre. Depuis notre enfance, elle considérait l’urgence des autres comme une priorité absolue et ses propres problèmes comme des catastrophes nationales.
J’ai décroché.
« Qu’est-ce que tu as fait ? »
Sa voix était aiguë, presque étranglée.
Je n’ai pas répondu immédiatement.
« Les fleurs ne sont pas là. Le gâteau n’est pas là. Les gens de la location reprennent tout ! Le responsable d’Ivywood hurle sur papa. Gloria, qu’est-ce que tu as fait ? »
J’ai regardé mon reflet dans le miroir de la suite nuptiale.
Mes cheveux étaient encore parfaitement attachés, mais plusieurs mèches s’étaient échappées. Il y avait de la sève verte sur mes doigts. Mon bouquet n’était même pas encore entre mes mains.
Pourtant, je me sentais plus calme que je ne l’avais été depuis des années.
« Je n’ai rien fait à ta fête, Colette. »
« Alors pourquoi tout disparaît ? »
« Parce que ce n’était pas à toi. »
Silence.
« Tu savais que ces fournisseurs travaillaient pour moi », ai-je continué. « Tu savais que le matériel était destiné à mon mariage. Toi et maman avez simplement décidé que cela n’avait plus d’importance. »
« Maman a dit que tu accepterais ! »
Cette phrase m’a presque fait rire.
Pas parce qu’elle était drôle.
Parce qu’elle résumait toute notre enfance.
Colette ne me demandait jamais si quelque chose était juste. Elle demandait si maman avait donné son accord.
« Les contrats sont à mon nom », ai-je dit. « Les comptes sont ceux de Larkspur. Les commandes sont les miennes. Tu n’avais aucun droit de les déplacer. »
Sa respiration est devenue irrégulière.
« Mais les invités arrivent ! »
« Les miens aussi. »
« Gloria… »
« Tu devrais penser à nourrir les tiens. »
J’ai raccroché.
Je n’ai pas ressenti la satisfaction que j’avais imaginée autrefois dans mes fantasmes de confrontation familiale. Je ressentais seulement une étrange fatigue. Une fatigue ancienne, comme si j’avais enfin posé un poids que je portais depuis vingt ans.
Nolan est entré quelques secondes plus tard.
« C’était elle ? »
« Oui. »
« Et ? »
« Elle voulait savoir pourquoi ses fleurs avaient disparu. »
Il a regardé mes mains.
« Tu veux te laver avant la cérémonie ? »
J’ai baissé les yeux vers la sève.
« Dans une minute. »
Dans la salle principale, l’ambiance avait complètement changé.
Delphine avait installé les orchidées autour de l’autel. Les branches sauvages que Bri avait coupées donnaient au lieu une apparence plus organique. Les tables pliantes avaient été recouvertes de linge blanc. Les verres étincelaient sous les lumières du plafond.
Ce n’était pas le mariage prévu sur les plans.
C’était mieux d’une manière que je n’aurais pas su prévoir.
Il y avait quelque chose d’imparfait dans les arrangements. Les branches n’avaient pas toutes la même longueur. Certaines feuilles dépassaient des nappes. Une petite partie du gâteau avait été dissimulée sous une cascade de fleurs.
Mais personne n’avait l’air de remarquer les défauts.
Les invités regardaient surtout les gens qui avaient travaillé pour me rendre cette journée.
Je me suis avancée vers Delphine.
« Merci. »
Elle a haussé les épaules.
« Tu nous as donné du travail pendant des années. Aujourd’hui, on te rend la pareille. »
Cette phrase m’a touchée plus profondément que je ne l’aurais voulu.
Mes parents avaient toujours pensé que les gens restaient autour de moi parce qu’ils avaient besoin de mes contrats.
Ils n’avaient jamais compris que la loyauté ne figurait sur aucune facture.
À l’autre bout de la salle, j’ai entendu mon nom une nouvelle fois.
« Larkspur… c’est vraiment elle ? »
Un homme âgé parlait à une femme près de l’entrée.
« Je croyais que ses parents avaient une fille qui travaillait dans l’événementiel. »
La femme a répondu :
« Pas simplement dans l’événementiel. Les Ashford travaillent avec elle depuis des années. »
J’ai baissé les yeux.
Je n’avais jamais parlé des Ashford à ma famille.
Eleanor Ashford avait été l’une des premières personnes à reconnaître mon travail. Sept ans auparavant, elle m’avait appelée après le désistement brutal de leur organisatrice, quelques jours avant une importante soirée caritative.
J’avais repris le dossier.
Neuf jours.
C’était tout ce que j’avais eu.
Neuf jours pour réorganiser les fournisseurs, revoir les plans, modifier les fleurs, sauver les invitations et coordonner une équipe entière.
L’événement avait été un succès.
Depuis ce soir-là, Eleanor ne voulait plus travailler avec quelqu’un d’autre.
« Seulement Gloria », m’avait-elle écrit après la soirée. « Personne d’autre ne touche à nos événements. »
Je n’avais jamais raconté cette histoire à mes parents.
Ils ne m’avaient jamais demandé.
À 15 h 45, Nolan m’a pris doucement la main.
« Ils sont là. »
« Qui ? »
Il a regardé vers l’entrée.
« Les gens qui te connaissent vraiment. »
Je me suis retournée.
Trois véhicules venaient de s’arrêter devant Cedar and Oak.
Je ne pouvais pas encore voir les occupants, mais j’ai reconnu l’un des véhicules.
Ashford.
Mon estomac s’est noué.
Eleanor n’était pas censée être ici.
Pas encore.
Elle devait être à Ivywood Hall, avec son fils Spencer, le fiancé de Colette.
Si elle arrivait ici maintenant, elle allait comprendre.
Elle allait voir.
Elle allait poser les questions que mes parents avaient évitées pendant toute leur vie.
Nolan a serré ma main.
« Tu n’as rien fait de mal. »
« Je sais. »
Mais ce n’était pas ce qui me préoccupait.
Si Eleanor venait de quitter Ivywood, alors quelque chose s’était passé là-bas.
Quelque chose de suffisamment grave pour interrompre une soirée de fiançailles.
Je me suis approchée d’une fenêtre.
Au loin, une voiture noire avançait lentement vers l’entrée.
Puis une deuxième.
Derrière elles, une troisième.
Je n’avais aucune idée de ce qui avait été dit à Ivywood Hall.
Mais je savais une chose.
Ma famille venait de perdre le contrôle de l’histoire qu’elle racontait depuis des années.
Et maintenant, cette histoire allait être racontée devant les personnes qu’ils avaient le plus voulu impressionner.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 4 : À Ivywood, les invités découvrent la vérité derrière la fête de Colette, puis la famille prend une décision qui change la soirée
Trente-sept minutes avant l’arrivée des invités, Gloria découvre que sa propre famille a vidé sa salle de mariage pour sauver la fête de sa sœur
Part 3 of 15
