Le printemps avait installé une sorte de paix dans ma vie.
Larkspur continuait à grandir, les contrats s’enchaînaient et mon quotidien avec Nolan avait retrouvé une simplicité que je n’aurais jamais cru possible après le mariage. Nous avions appris à ne pas parler de ma famille chaque fois que quelque chose nous rappelait cette journée.
Cela ne signifiait pas que nous avions oublié.
Certains souvenirs restent simplement à leur place.
Le vase de ma grand-mère était toujours au centre de la table de la salle à manger. Je ne le déplaçais jamais sans raison. Une branche de delphinium bleu séché y reposait presque en permanence, même si Delphine se moquait parfois de mon attachement à cette petite tradition.
« Tu sais qu’un vase n’a pas besoin d’une fleur pour être un symbole », m’avait-elle dit un après-midi.
« Je sais. »
« Alors pourquoi tu continues ? »
J’avais souri.
« Parce que j’aime la fleur. »
Elle avait ri.
« Voilà. Ça, c’est une meilleure raison. »
Je pensais souvent à cette conversation lorsque les choses devenaient trop compliquées. J’avais passé tellement de temps à chercher une signification profonde à tout ce qui s’était produit que j’avais parfois oublié qu’un objet pouvait simplement être beau.
Ce matin-là, pourtant, le vase me rappela quelque chose de moins paisible.
Mon téléphone sonna à 8 h 12.
Le numéro appartenait à la société qui gérait Ivywood Hall.
Je faillis ne pas répondre.
Puis je décrochai.
« Bonjour, ici Gloria. »
La voix au bout du fil appartenait à Marlene, la responsable du lieu.
« Madame Thale, je suis désolée de vous appeler aussi tôt. J’espère ne pas vous déranger. »
« Tout va bien ? »
Elle hésita.
« Je crois que cela dépend de la manière dont vous souhaitez considérer la situation. »
Je me redressai.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Nous avons retrouvé certains documents concernant l’événement de votre sœur. Et il y a une question que nous devons vous poser. »
Je regardai par la fenêtre.
Le jardin était encore couvert de rosée.
« Quelle question ? »
« Qui avait demandé le transfert de vos biens vers Ivywood Hall ? »
Je restai silencieuse.
« Je pensais que vous le saviez déjà », répondis-je.
« Nous pensions aussi. Mais le dossier administratif indique autre chose. »
Une sensation froide descendit le long de mon dos.
« Quoi donc ? »
« La demande n’a pas été faite au nom de votre père. Elle a été enregistrée au nom d’une personne autorisée par Larkspur & Co. »
Je me levai.
« C’est impossible. »
« C’est ce que nous pensions. »
Marlene me demanda de venir dans la matinée.
Je ne lui expliquai pas que je n’avais aucune envie de retourner à Ivywood Hall.
Pas après ce qui s’y était passé.
Pas après avoir vu ma famille utiliser mes affaires pour construire une fête qui ne m’appartenait pas.
Mais quelque chose dans sa voix m’inquiétait.
Lorsque Nolan me trouva dans le salon, j’avais déjà enfilé un manteau.
« Où vas-tu ? »
« Ivywood. »
Il fronça les sourcils.
« Pourquoi ? »
Je lui racontai l’appel.
Il resta silencieux quelques secondes.
« Tu veux que je vienne ? »
« Oui. »
Il prit ses clés.
Nous ne parlâmes presque pas pendant le trajet.
Ivywood Hall semblait plus petit que dans mon souvenir.
La première fois que j’y étais entrée, je n’avais vu que la réception parfaite que ma famille voulait offrir à Colette.
Cette fois, je remarquai les détails.
Les moulures.
Les anciennes portes.
Les couloirs étroits qui reliaient les salles de service.
Marlene nous attendait dans son bureau.
Elle posa un dossier devant moi.
« Voici la demande de transfert originale. »
Je l’ouvris.
La première page indiquait le nom de Larkspur & Co.
La deuxième contenait une signature.
Je la reconnus immédiatement.
Ce n’était pas celle de mon père.
Ce n’était pas celle de ma mère.
Ce n’était pas celle de Colette.
C’était une signature que j’avais vue des centaines de fois.
La mienne.
Je sentis Nolan se pencher derrière mon épaule.
« Gloria… »
Je secouai la tête.
« Je n’ai jamais signé ça. »
Marlene hocha lentement la tête.
« Nous avons pensé que vous le diriez. »
Elle sortit une autre feuille.
« Il y a aussi un formulaire d’autorisation numérique. »
Mon cœur battait plus vite.
« Quelqu’un a utilisé un ancien accès de votre entreprise. »
Je regardai la date.
Trois jours avant mon mariage.
Je savais exactement ce que cela signifiait.
Quelqu’un avait eu accès à mes systèmes.
Pas seulement à mes contrats.
À mon entreprise.
Je repensai immédiatement aux semaines précédant le mariage.
Les messages.
Les appels.
Les demandes de ma mère.
Les moments où elle m’avait demandé de lui envoyer certains détails logistiques.
À l’époque, je n’y avais vu qu’une mère qui voulait aider.
Maintenant, chaque souvenir prenait une autre forme.
« Qui avait accès à cet ancien compte ? » demandai-je.
Marlene me regarda.
« Nous ne savons pas. »
Je me tournai vers Nolan.
« Moi non plus. »
Il posa une main sur mon épaule.
« On va le découvrir. »
Je ne voulais pas retourner dans le passé.
Mais le passé venait de m’ouvrir une porte.
Et derrière cette porte, quelque chose attendait encore.
Le soir même, j’appelai mon responsable informatique.
Il me promit de vérifier les journaux d’accès.
Le lendemain matin, il m’appela.
« Gloria, j’ai trouvé quelque chose. »
Je me figeai.
« Quoi ? »
« L’ancien compte a été utilisé depuis une adresse IP enregistrée dans ta maison familiale. »
Je fermai les yeux.
La réponse était déjà là.
Mais une deuxième question apparut immédiatement.
Pourquoi quelqu’un aurait-il eu besoin de mon ancien compte pour faire quelque chose que mon père pouvait simplement demander aux fournisseurs ?
Je n’avais pas encore la réponse.
Et cette fois, je refusais de tirer une conclusion avant d’avoir toutes les pièces.
Le soir venu, j’ai posé mon téléphone à côté du vase.
Puis j’ai regardé la petite branche bleue.
Je pensais avoir déjà compris ce que ma famille m’avait fait.
Je venais de découvrir que je ne connaissais peut-être encore qu’une partie de l’histoire.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 10 : Une ancienne autorisation révèle que le détournement du mariage avait été préparé plus longtemps que Gloria ne l’avait imaginé
Trente-sept minutes avant l’arrivée des invités, Gloria découvre que sa propre famille a vidé sa salle de mariage pour sauver la fête de sa sœur
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