Daniel arriva moins d’une heure plus tard.
Il entra dans l’appartement de Richard avec Sophie à ses côtés.
Lorsqu’il vit le carnet sur la table, son expression changea.
« Vous avez trouvé quelque chose. »
Margaret hocha la tête.
« Oui. »
Elle lui montra la photographie de sa naissance.
Daniel la prit.
« Je n’ai jamais vu cette photo. »
« Moi non plus », répondit Margaret.
Richard lui expliqua où ils l’avaient trouvée.
Daniel resta longtemps silencieux.
Puis il regarda son père.
« Tu savais qu’il y avait autre chose concernant ma naissance ? »
Richard ferma les yeux.
« Oui. »
Le visage de Daniel se crispa.
« Quoi ? »
« Je savais qu’il y avait une incohérence dans les dates. »
« Quelle incohérence ? »
Richard s’assit.
« Le dossier de ta naissance indique une date précise pour certains examens médicaux. Mais je me souviens que ta mère était ailleurs ce jour-là. »
Margaret le regarda.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Le dossier disait que tu avais passé un examen à la clinique. Mais ce jour-là, tu étais chez ta mère. »
Margaret réfléchit.
Elle se souvenait de cette journée.
Sa grossesse avait été difficile.
Elle avait effectivement passé une journée entière chez sa mère.
« Pourquoi le dossier indique-t-il le contraire ? »
« Je ne sais pas. »
Daniel regarda la photographie.
« Peut-être que Victor le savait. »
Margaret acquiesça.
« C’est ce que je pense. »
Sophie prit doucement le carnet.
« Il y a peut-être une autre entrée. »
Elle tourna quelques pages.
Une date apparaissait.
C’était celle de la naissance de Daniel.
À côté, Victor avait écrit un seul mot :
« Changement. »
Daniel pâlit.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Personne ne répondit.
Richard prit le carnet.
« Il faut retrouver les archives de la clinique. »
« Elle existe encore ? » demanda Margaret.
« Oui. »
Daniel se leva.
« Alors allons-y. »
Ils partirent tous les quatre.
La clinique avait changé de nom, mais les anciennes archives avaient été transférées à un centre administratif.
Après plusieurs démarches, ils obtinrent l’autorisation de consulter une partie du dossier.
Une archiviste âgée les accompagna dans une salle froide où plusieurs boîtes étaient rangées sur des étagères.
Elle consulta le nom de Margaret.
« Il manque certaines pages. »
Margaret sentit son cœur accélérer.
« Lesquelles ? »
« Les notes concernant les deux derniers jours avant l’accouchement. »
Richard et Daniel échangèrent un regard.
« Qui les a retirées ? » demanda Daniel.
L’archiviste secoua la tête.
« Il n’y a aucune indication. »
Ils quittèrent la salle sans réponse.
Mais avant de partir, l’archiviste les rappela.
« Attendez. »
Elle tenait une feuille.
« Ceci était rangé dans une autre boîte. »
Elle la tendit à Margaret.
La feuille portait une signature.
Margaret la reconnut.
C’était celle de sa mère.
Elle lut.
Sa mère avait demandé qu’une personne précise soit autorisée à consulter les dossiers de Margaret.
Le nom était celui de Victor.
Margaret sentit les larmes lui monter aux yeux.
« Ma mère lui avait donné accès. »
Richard acquiesça.
« C’est probablement comme ça qu’il connaissait autant de choses. »
Daniel prit la feuille.
« Mais pourquoi aurait-il besoin des dossiers ? »
Richard répondit :
« Pour modifier l’histoire. »
Le retour fut silencieux.
Chez Richard, ils étalèrent toutes les pièces sur la table.
Les photographies.
Le carnet.
Les lettres.
La confession.
La feuille signée par la mère de Margaret.
Et la note concernant la naissance de Daniel.
Sophie prit une feuille blanche.
« Nous devons faire une chronologie. »
Daniel acquiesça.
Ils commencèrent.
La grossesse de Margaret.
Les visites d’Elaine.
Les interventions de Victor.
La naissance de Daniel.
Le départ de Richard.
Les lettres interceptées.
Chaque événement semblait maintenant relié au suivant.
Puis Daniel remarqua quelque chose.
« Regardez les dates. »
Il pointa deux documents.
« La lettre de Richard est datée du lendemain de ma naissance. »
Margaret fronça les sourcils.
« Et ? »
« Tu m’as toujours dit que Papa avait quitté la clinique avant ma naissance. »
Richard se redressa.
« Je suis parti le soir. »
Daniel secoua la tête.
« La lettre dit que tu étais encore à la clinique le lendemain matin. »
Richard prit la feuille.
Il la lut.
Son visage changea.
« Je ne me souvenais pas de ça. »
Margaret le regarda.
« Alors qu’est-ce qui s’est passé ? »
Richard ferma les yeux.
« J’ai dormi dans la salle d’attente cette nuit-là. »
« Pourquoi ? »
« Parce que tu avais eu des complications. »
Margaret se souvenait maintenant.
Une chambre.
Des lumières blanches.
Le bruit d’un chariot dans le couloir.
Puis plus rien.
« Il y avait quelqu’un avec toi ? » demanda Daniel.
Richard resta silencieux.
« Richard ? »
« Victor. »
Margaret sentit un froid parcourir son dos.
« Victor était à la clinique ? »
« Oui. »
« Pourquoi ne me l’as-tu jamais dit ? »
« Parce qu’il m’avait dit qu’il était venu t’aider. »
Daniel se leva.
« Il était là le jour de ma naissance. »
« Oui. »
« Et le dossier médical a disparu en partie. »
« Oui. »
« Et il connaissait mon père biologique. »
Richard ne répondit pas.
Daniel passa les mains sur son visage.
« Tout était là depuis le début. »
Margaret regarda la photographie.
« Mais pourquoi aurait-il attendu des années avant de nous manipuler ? »
Sophie répondit doucement :
« Peut-être qu’il avait besoin de quelque chose que seule votre famille pouvait lui donner. »
Tout le monde la regarda.
« Quoi ? »
« Je ne sais pas. »
Daniel se rassit.
« Il y a une autre chose. »
Il sortit son téléphone.
« J’ai reçu un message hier. »
« De qui ? »
« D’un numéro inconnu. »
Il montra l’écran.
Le message disait :
« Si vous avez trouvé le carnet, vous cherchez au mauvais endroit. »
Margaret sentit son cœur s’accélérer.
« Tu as répondu ? »
« Non. »
Un deuxième message était arrivé quelques minutes plus tard.
« Les pages manquantes ne sont pas chez Victor. »
Richard se leva.
« Qui sait ce que nous faisons ? »
Daniel regarda chacun d’eux.
« Personne. »
Un troisième message apparut.
Cette fois, il ne contenait qu’une adresse.
Celle de l’ancien appartement d’Elaine.
Margaret regarda Richard.
« Elle vit toujours là ? »
« Non. »
Daniel prit ses clés.
« Alors nous devons trouver qui nous attend. »
Sophie se leva.
« Je viens. »
Margaret attrapa son manteau.
Richard voulut protester.
« Margaret, reste ici. »
Elle le fixa.
« Plus jamais. »
Il comprit.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les quatre dans la voiture.
L’adresse les conduisit devant un immeuble ancien.
La porte d’entrée était entrouverte.
Daniel s’arrêta.
« Quelqu’un est déjà entré. »
Ils montèrent les escaliers.
Au troisième étage, une porte était entrouverte.
Daniel poussa doucement.
L’appartement était vide.
Mais sur la table se trouvait une enveloppe.
Margaret s’approcha.
Son nom était écrit dessus.
Elle l’ouvrit.
À l’intérieur, une seule phrase :
« Si vous voulez comprendre pourquoi Richard est parti, demandez à Margaret ce qu’elle a oublié de la nuit où Daniel est né. »
Margaret resta immobile.
Elle leva lentement les yeux.
Tous les regards se tournèrent vers elle.
« Je ne me souviens de rien », murmura-t-elle.
Mais au fond d’elle, quelque chose venait de bouger.
Un souvenir.
Très faible.
Presque effacé.
Une voix d’homme.
Une porte qui se fermait.
Et un bébé qui pleurait.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 11 : Un souvenir longtemps enfoui revient par fragments et oblige Margaret à affronter une nuit dont elle avait effacé certains détails pour survivre
Le jour où mon fils m’a demandé de rester loin de sa remise de diplôme, une lettre cachée a fait vaciller vingt années de certitudes
Part 10 of 15
