PARTIE 4 – Une clé oubliée dans la vieille boîte à outils de mon mari nous conduit vers un casier secret que quelqu’un semblait vouloir garder inaccessible

Jason verrouilla la porte d’entrée pendant que Richard vérifiait les fenêtres du rez-de-chaussée. Je restai au milieu du salon avec la photographie de mon mari dans la main.

Quelques heures plus tôt, j’avais préparé un dîner pour présenter mon compagnon à mon fils.

À présent, nous parlions de surveillance, de fraude et d’une mort qui n’avait peut-être jamais été accidentelle.

« Il faut appeler la police », dit Jason.

Richard acquiesça.

Mais avant qu’il compose le numéro, une question me revint.

« Attendez. »

Jason me regarda.

« Maman, quelqu’un vient de nous menacer. »

« Je sais. »

« Alors pourquoi attendre ? »

Je regardai la photographie.

« Parce que je veux comprendre pourquoi ton père faisait confiance à Richard. »

Richard s’assit lentement.

Il avait l’air épuisé.

« Ton père savait qu’il était surveillé », expliqua-t-il. « Il pensait que si une seule personne connaissait toutes les informations, cette personne deviendrait une cible facile. Il a donc réparti les preuves. Moi, j’avais certaines choses. Lui en avait d’autres. »

Jason demanda :

« Et les preuves les plus importantes ? »

Richard secoua la tête.

« Je ne savais pas où il les gardait. »

« Pourtant, vous étiez avec lui le soir de sa mort. »

Richard ferma les yeux.

« Oui. »

Il raconta alors ce qu’il n’avait encore jamais complètement décrit.

Sur le chemin du rendez-vous, il avait remarqué une voiture qui le suivait. Il avait changé de direction. La voiture avait changé de direction aussi.

Lorsqu’il avait finalement rejoint mon mari, il lui avait demandé d’abandonner leur rencontre et de partir ailleurs.

Mon mari avait refusé.

Ils étaient montés dans sa voiture.

« Qui conduisait ? » demanda Jason.

« Ton père, au début. »

« Et ensuite ? »

« Nous nous sommes arrêtés. Il voulait récupérer quelque chose qu’il avait caché. »

Je regardai Richard.

« Où ? »

« Je ne sais pas. Il ne me l’a jamais dit. »

Richard poursuivit. Il y avait eu une confrontation sur la route. Quelqu’un l’avait frappé à la tête. Il avait perdu connaissance.

Lorsqu’il s’était réveillé, la scène avait changé.

« Je ne me souvenais plus exactement de la position de la voiture. Mais je savais que quelque chose avait été déplacé. »

Jason serra la mâchoire.

« Et la police ? »

« J’ai essayé de leur parler. Un homme qui prétendait être enquêteur m’a interrogé à l’hôpital. Le lendemain, quand j’ai demandé à reprendre contact avec lui, on m’a répondu qu’il n’avait jamais travaillé sur cette affaire. »

Je frissonnai.

« C’est impossible. »

« C’est pourtant ce qui s’est passé. »

Richard expliqua qu’il avait été grièvement blessé et laissé à distance du véhicule. Il avait plusieurs côtes cassées et une blessure à la tête. Il ignorait encore qui l’avait déplacé.

« Et ton père ? » demanda Jason.

Richard détourna les yeux.

« Lorsque je l’ai revu, les secours étaient déjà là. »

Je fermai les yeux.

Pendant huit ans, j’avais imaginé les dernières minutes de mon mari à partir des informations qu’on m’avait données.

Cette image n’existait plus.

« Les documents que tu transportais ? » demanda Jason.

« Disparus. »

« Donc ceux qui vous ont attaqués les ont pris. »

« C’est ce que j’ai toujours pensé. »

Jason recommença à marcher dans le salon.

« Mais papa avait préparé des copies ailleurs. »

Richard acquiesça.

« Il m’avait dit qu’il en avait cachées. »

« Où ? »

« Je ne sais pas. »

Jason réfléchit.

« Il n’aurait pas gardé ça dans notre maison. »

Je le regardai.

Cette manière de raisonner me rappelait son père.

« Il avait un coffre bancaire », dis-je.

Jason secoua la tête.

« J’ai vérifié après sa mort. Il n’y avait rien d’utile. »

Je le fixai.

« Tu as vérifié ? »

Il baissa les yeux.

« Oui. »

Je compris qu’il avait mené beaucoup plus de recherches que je ne l’avais jamais soupçonné.

« On parlera de tout ça plus tard », dis-je.

Il acquiesça.

« Il y avait aussi le garage », poursuivit-il. « Son bureau. Sa voiture. Les vieux cartons. »

Je fouillai ma mémoire.

Puis je me rappelai quelque chose.

« Sa boîte à outils. »

Jason s’arrêta.

« La vieille boîte bleue ? »

« Oui. »

Mon mari y rangeait tout ce qui n’avait pas réellement sa place ailleurs : piles, tickets, petits tournevis, anciennes clés, reçus et objets dont il oubliait parfois lui-même l’usage.

Nous descendîmes au sous-sol.

L’ampoule mit quelques secondes à éclairer correctement les étagères. Des cartons s’empilaient contre les murs. Pendant huit ans, j’avais évité certaines de ces affaires. Les jeter m’avait toujours semblé trop définitif.

La boîte à outils se trouvait derrière un panier de pique-nique.

Jason la posa sur l’établi.

Le métal bleu était couvert de rayures. Une légère odeur de graisse et de poussière s’en échappa lorsqu’il souleva le couvercle.

Nous retirâmes les objets un à un.

Des tournevis.

Des boulons.

Un vieux mètre ruban.

Des reçus presque effacés.

Un petit carnet.

Trois clés ordinaires.

Puis Jason s’arrêta.

« Maman. »

Il avait soulevé le faux fond.

Une petite clé de laiton reposait dessous.

Je la reconnus immédiatement.

« Elle appartenait à ton père. »

« Tu sais ce qu’elle ouvre ? »

« Non. Il l’avait retirée de son trousseau quelques semaines avant sa mort. »

Richard, qui était resté silencieux, s’approcha.

« Je peux la regarder ? »

Jason ne la lui donna pas. Il la plaça simplement sous la lumière.

Richard inspira brusquement.

« Vous la reconnaissez », dit Jason.

Richard hocha la tête.

« Oui. »

« Elle ouvre quoi ? »

Richard regarda la clé.

Puis il me regarda.

« Un casier de stockage. »

Jason se figea.

« Où ? »

« Dans un centre situé à une vingtaine de minutes d’ici. L’entreprise louait plusieurs unités pour entreposer du matériel. Ton père en avait loué une personnellement lorsqu’il avait commencé à enquêter. »

Jason referma ses doigts autour de la clé.

« Vous saviez qu’elle existait ? »

« Oui. Mais ton père m’avait interdit de chercher l’endroit. Il pensait qu’il valait mieux que je ne connaisse pas toutes ses cachettes. »

« Pourquoi ? »

« Pour que je puisse dire honnêtement que je ne savais rien si quelqu’un me capturait ou m’interrogeait. »

Jason regarda la clé.

« Il n’est plus là pour nous empêcher de chercher. »

Je pensai aux messages.

« Nous devons quand même prévenir la police. »

Nous les appelâmes.

Nous expliquâmes les menaces, la voiture et les éléments liés à l’ancienne enquête. L’agent nous conseilla de rester ensemble et de ne confronter personne. Il nous demanda également de venir faire une déposition complète.

Lorsque Jason raccrocha, il regarda Richard.

« Si quelqu’un nous surveille, il peut atteindre le casier avant nous. »

Je détestais l’idée.

Mais il avait raison.

Richard prit ses clés.

« Alors nous y allons ensemble. Personne ne se sépare. Nous photographions tout avant de toucher quoi que ce soit. Si quelque chose paraît anormal, nous repartons. »

Jason acquiesça.

Pour la première fois depuis leur rencontre, il ne regarda pas Richard comme un homme qu’il devait simplement surveiller.

Il le regarda comme un homme qui possédait peut-être la seule clé permettant de comprendre la mort de son père.

Nous quittâmes la maison.

Le trajet se fit presque entièrement en silence. Richard changea deux fois de route pour vérifier si une voiture nous suivait. Je regardais constamment les phares derrière nous.

Le centre de stockage se trouvait à la sortie de la ville, derrière une ancienne station-service et un atelier de carrosserie fermé. Les bâtiments étaient éclairés par des lampes blanches qui rendaient les portes métalliques presque irréelles.

Richard nous conduisit jusqu’à une rangée située au fond.

Jason consulta les chiffres gravés sur la clé.

« Deux cent quatorze. »

La porte portait le même numéro.

Mon estomac se noua.

« C’est celle-là », murmura Richard.

Jason introduisit la clé dans le cadenas.

Pendant une seconde, rien ne se passa.

Puis le mécanisme céda.

Le petit bruit métallique résonna dans l’allée vide.

Jason retira le cadenas.

Il posa une main sur la poignée et se tourna vers moi.

Je hochai lentement la tête.

Le rideau métallique monta avec un grincement prolongé.

Une odeur de poussière froide nous parvint.

À l’intérieur, il n’y avait ni meubles ni cartons entassés.

Rien.

Seulement une petite boîte posée au milieu du sol en béton.

Jason avança d’un pas.

Richard resta immobile.

Je regardai la boîte.

Sur son couvercle, tracé à la main par mon mari, un seul mot était inscrit.

Mon prénom.


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Story Parts

Le sourire de Richard disparaît lorsqu’il reconnaît mon fils, et son refus de rester révèle qu’il connaît un secret vieux de huit ans

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