Je quittai la cave par la porte arrière et traversai le jardin sans allumer ma lampe. La pluie commençait à tomber, fine mais régulière. Je gardais la boîte noire contre moi, sous ma veste.
Je ne savais pas si Richard m’avait vu.
Je ne voulais pas le savoir.
Je me dirigeai vers une petite rue parallèle et appelai Lauren.
— Il est devant la maison.
— Je sais.
— Comment peux-tu savoir ?
— Parce qu’il m’a appelée il y a dix minutes.
Je m’arrêtai.
— Qu’est-ce qu’il t’a dit ?
— Il m’a demandé si tu étais avec moi.
— Et tu lui as répondu quoi ?
— Que je ne savais pas.
Je poussai un soupir.
— Tu as bien fait.
Nous décidâmes de nous retrouver dans un café ouvert toute la nuit, loin de nos maisons.
Lorsque Lauren arriva, son visage était pâle.
Elle regarda la boîte.
— C’est vraiment celle-là ?
— Oui.
Elle ne la toucha pas.
— Maman disait toujours que cette boîte pouvait détruire la famille.
— Peut-être qu’elle disait cela parce qu’elle savait déjà ce qu’elle contenait.
Nous étalâmes les documents sur la table.
Plus nous lisions, plus le puzzle devenait clair.
Des années auparavant, une importante somme d’argent avait disparu d’un compte familial. Richard avait été chargé d’une partie de la gestion financière, mais plusieurs documents indiquaient que l’argent avait été transféré vers une société créée sous un autre nom.
La société n’existait plus aujourd’hui.
Mais son ancien compte bancaire, lui, avait laissé des traces.
Lauren découvrit alors une lettre.
— Regarde ça.
Je la pris.
La lettre venait d’un avocat.
Elle expliquait que Margaret avait découvert des irrégularités et qu’elle avait demandé une vérification complète.
Mais avant que l’enquête ne commence, quelqu’un avait menacé de révéler un secret concernant sa famille.
Margaret avait reculé.
— Quel secret ? demandai-je.
Lauren secoua la tête.
— Je ne sais pas.
Une deuxième lettre donna la réponse.
Il y était question d’un accident.
Un accident survenu quinze ans plus tôt.
Un homme avait été grièvement blessé après avoir découvert les transferts financiers.
Son nom était celui du père de Richard.
Je regardai Lauren.
— Tu savais ça ?
— Non.
Elle semblait sincèrement bouleversée.
Nous continuâmes à lire.
Puis je trouvai une photographie.
On y voyait Margaret, Richard et deux autres personnes devant une banque.
Au dos, une seule phrase :
« Ils étaient tous présents le jour où la décision a été prise. »
L’un des hommes sur la photo m’était inconnu.
Mais Lauren le reconnut.
— C’est Thomas.
— Qui est Thomas ?
— L’ancien conseiller de maman.
Elle se mordit la lèvre.
— Il a disparu quelques mois après l’accident.
Nous savions maintenant que nous devions retrouver cet homme.
Mais avant cela, il fallait comprendre le rôle exact d’Emma.
Pourquoi son nom apparaissait-il dans les documents ?
Je repris la liste.
Une ligne était entourée en rouge.
À côté du nom d’Emma, il y avait une date et un numéro de dossier.
Je vérifiai la date.
Elle correspondait à un transfert réalisé quelques jours avant sa naissance.
— Ce n’est pas possible.
Lauren se pencha.
— Quoi ?
— Le compte a été modifié avant la naissance d’Emma.
— Et alors ?
— Pourquoi son nom apparaît-il sur un document établi avant même qu’elle naisse ?
Lauren resta silencieuse.
Je compris soudain que nous cherchions peut-être la mauvaise chose.
Le problème n’était pas Emma.
Le problème était l’identité liée à son nom.
Je pris mon téléphone et appelai la banque.
Le service de nuit ne pouvait pas me donner d’informations détaillées. Mais je demandai au moins si le numéro de dossier existait encore.
Après plusieurs minutes, l’employé me répondit.
Oui.
Le dossier existait.
Et il était toujours actif.
Je demandai où.
L’employé refusa de répondre.
Puis il ajouta quelque chose qui me fit frissonner.
— Monsieur, ce dossier est protégé par une restriction judiciaire.
Je raccrochai.
Lauren me regardait.
— Qu’est-ce qu’il a dit ?
Je lui expliquai.
Elle devint livide.
— Une restriction judiciaire ?
— Oui.
— Alors ce n’est plus une simple affaire familiale.
Je le savais.
À cet instant, mon téléphone vibra de nouveau.
Un message sans numéro.
« Vous avez trouvé la boîte. Vous n’avez pas encore trouvé la raison. »
Lauren lut le message.
— Qui est-ce ?
— Je ne sais pas.
Un deuxième message arriva.
« Le coffre est dans la banque. Mais la clé n’est pas celle du bracelet. »
Je regardai la petite capsule que Lauren avait extraite du bracelet.
La clé.
Elle n’ouvrait donc pas le coffre bancaire.
Elle ouvrait autre chose.
Je compris alors pourquoi Richard avait été si déterminé à récupérer le bracelet.
Il ne cherchait pas seulement la preuve.
Il cherchait ce qui permettait d’accéder à une deuxième cachette.
Je retournai la capsule.
Une minuscule inscription apparaissait sur le métal.
Un chiffre.
17.
Lauren murmura :
— Chambre dix-sept.
— Quoi ?
— Maman parlait parfois d’une chambre dix-sept.
— Où ?
Elle réfléchit.
— Dans l’ancien hôtel de mon grand-père.
Je me levai.
L’hôtel était fermé depuis presque dix ans.
Mais si Margaret avait utilisé ce lieu comme cachette, il était possible que quelqu’un y soit encore allé récemment.
Nous quittâmes le café.
Avant de monter dans la voiture, Lauren me prit le bras.
— Il faut que tu me promettes une chose.
— Quoi ?
— Si nous trouvons quelque chose qui met Emma en danger, tu me laisses appeler la police.
Je la regardai.
— Je te le promets.
Mais au fond de moi, je savais déjà que nous étions entrés dans une situation où même la police pourrait ne pas suffire.
Parce que quelqu’un avait surveillé notre famille pendant des années.
Et maintenant, cette personne savait exactement où nous étions.
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Le sourire de Richard disparaît lorsqu’il reconnaît mon fils, et son refus de rester révèle qu’il connaît un secret vieux de huit ans
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