Personne ne parla après la dernière phrase de Raymond.
Le café semblait soudain trop petit pour contenir tout ce que nous venions d’apprendre. Je regardais le dossier noir posé devant moi sans oser le toucher. Mon nom était toujours visible sur la première page, accompagné d’une date qui précédait de plusieurs mois la naissance de Clara.
« Ouvre-le », dit Raymond.
Je ne bougeai pas.
Preston s’approcha.
« Donne-moi ça. »
Raymond posa une main sur le dossier.
« Non. Elle doit le voir elle-même. »
Je regardai son visage.
« Vous avez passé onze ans à me cacher cette information. »
« Oui. »
« Et maintenant vous voulez que je vous croie ? »
« Non. »
Il retira sa main.
« Je veux que vous lisiez. »
J’ouvris le dossier.
La première page contenait des notes médicales. La deuxième, des résultats génétiques anciens. La troisième portait un nom que je ne connaissais pas.
Je le lus une fois.
Puis une deuxième.
Le nom ne me disait rien.
« Qui est cet homme ? »
Raymond s’assit.
« Quelqu’un que votre père connaissait. »
« Pourquoi serait-il le père de Clara ? »
« Parce qu’un test l’a confirmé. »
Je regardai Preston.
Il avait le visage fermé.
« Tu savais ? »
« Non. »
« Ton père savait. »
« Je ne savais pas qu’il avait un résultat. »
Je tournai une nouvelle page.
Une copie d’un test de paternité indiquait une correspondance biologique avec Clara.
Le document était signé par un laboratoire privé.
La date était celle de quelques jours avant la naissance.
Je sentis mes mains trembler.
« Comment un test de paternité pouvait-il être effectué avant sa naissance ? »
Eleanor répondit doucement :
« Il existait déjà des procédures permettant une analyse prénatale. »
Je regardai le document.
« Et mon père l’a fait sans me le dire. »
« Oui. »
« Pourquoi ? »
Personne ne répondit.
Je tournai une autre page.
Il y avait une photographie de l’homme dont le nom figurait sur le rapport.
Je le reconnus.
Pas personnellement.
Mais son visage me disait quelque chose.
Je regardai Preston.
« Tu le connais ? »
Il fixa la photographie.
Son expression changea.
« Oui. »
« Qui est-ce ? »
Il ne répondit pas immédiatement.
« C’était un associé de mon père. »
Raymond corrigea :
« Pas seulement un associé. »
Preston le regarda.
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Raymond resta silencieux.
Je repris la photographie.
« Quel est son lien avec notre famille ? »
Raymond finit par répondre.
« Il était l’un des hommes qui géraient les investissements privés de la famille Hale. »
« Et Brielle ? »
« Il connaissait Brielle. »
« Depuis quand ? »
« Depuis avant sa grossesse. »
Je fermai les yeux.
Tout semblait revenir à Brielle.
Mais quelque chose ne correspondait pas.
« Pourquoi Brielle a-t-elle approché Preston si le père biologique de Clara était cet homme ? »
Raymond ne répondit pas.
Eleanor, elle, comprit.
« Parce que Brielle ne savait peut-être pas toute la vérité. »
Je relevai la tête.
« Vous voulez dire qu’elle croyait que Preston était le père ? »
« C’est possible. »
Preston passa une main dans ses cheveux.
« Elle m’a toujours dit que son enfant était lié à ma famille. »
Je me tournai vers lui.
« Tu m’avais dit qu’elle était enceinte de toi. »
« Elle me l’avait affirmé. »
« Et tu ne lui as jamais demandé de preuve ? »
Il baissa les yeux.
« Non. »
Je ressentis une fatigue profonde.
Onze années.
Onze années de secrets construits les uns sur les autres.
Puis je remarquai une enveloppe glissée derrière le rapport.
Elle portait une date.
La veille de ma première rencontre avec Preston.
Je la sortis.
À l’intérieur se trouvait une lettre de mon père.
Je reconnus son écriture immédiatement.
« Lena, si tu lis ceci, c’est que je n’ai pas réussi à résoudre ce problème avant que tu sois obligée de le découvrir. »
Je cessai de respirer.
La lettre continuait.
« Je veux que tu saches une chose avant tout : Clara est ta fille. Peu importe ce que les documents diront. Peu importe ce que les analyses révéleront. Tu es la seule mère qu’elle connaîtra, et c’est ce qui compte. »
Les larmes me montèrent aux yeux.
Je continuai.
« Mais son existence a été utilisée par des personnes qui ne la considéraient pas comme une enfant. Ils la considéraient comme une pièce dans une succession. »
Je regardai Raymond.
Il ne bougea pas.
La lettre poursuivait :
« Je n’ai pas confiance en Raymond. Je n’ai pas confiance en Margaret. Et je n’ai pas confiance en plusieurs personnes qui travaillent pour eux. Si quelque chose m’arrive, protège Lena et ses enfants. »
Je m’arrêtai.
« Si quelque chose m’arrive. »
Ces mots prenaient maintenant un sens différent.
Je poursuivis la lecture.
« Ne dis jamais à Lena que Brielle est la mère biologique de Clara tant que tu n’as pas la certitude que Brielle est hors de danger. »
Je relevai les yeux.
« Hors de danger ? »
Eleanor répondit :
« Votre père savait que Brielle était menacée. »
« Par qui ? »
Elle regarda Raymond.
Raymond ne répondit pas.
Je continuai la lettre.
« Il y a une dernière chose. Le père biologique de Clara n’est pas le danger principal. Le danger vient de ceux qui savent où il se trouve. »
Je sentis mon cœur accélérer.
Je tournai la page.
La dernière phrase était très courte.
« Et l’un d’eux connaît Mia. »
Je laissai tomber la feuille.
« Mia. »
Preston se leva.
« Où est-elle ? »
Je pris immédiatement mon téléphone.
La baby-sitter devait être avec les filles dans l’appartement.
J’appelai.
Pas de réponse.
Une deuxième fois.
Toujours rien.
Je sentis la panique monter.
« Elle ne répond pas. »
Preston sortit son téléphone.
« Je vais appeler l’école. »
Nous nous levâmes tous.
Raymond attrapa le dossier.
« Vous ne pouvez pas partir comme ça. »
Je me retournai.
« Mes enfants sont peut-être en danger. »
« Je sais. »
« Alors donnez-moi le reste. »
Il hésita.
« Il y a quelque chose que vous devez savoir avant d’y aller. »
« Quoi ? »
« Brielle n’a pas disparu volontairement. »
Preston s’arrêta.
« Qu’est-ce que tu racontes ? »
Raymond regarda Eleanor.
« Elle a été enlevée. »
Je sentis un froid glacial me parcourir.
« Par qui ? »
« Nous ne savons pas encore. »
« Mais vous avez une idée. »
Il hocha lentement la tête.
« Oui. »
« Qui ? »
« L’homme qui figure sur le test de paternité. »
Je regardai la photographie.
« Le père biologique de Clara ? »
Raymond acquiesça.
« Il veut récupérer sa fille. »
Je secouai la tête.
« Il ne sait même pas qu’elle est avec moi. »
Raymond me regarda.
« Il le sait depuis longtemps. »
Je reculai.
« Alors pourquoi n’est-il jamais venu ? »
Raymond répondit :
« Parce qu’il avait besoin de quelque chose avant de pouvoir agir. »
« De quoi ? »
Il regarda le dossier.
« De la preuve que Clara était bien son enfant. »
Je pensai au test.
« Il l’a déjà. »
« Non. »
Raymond secoua la tête.
« Ce test n’a jamais été enregistré officiellement. »
Je compris.
Les preuves existaient.
Mais elles étaient cachées.
« Qui les possède ? »
« Brielle. »
Je regardai Preston.
« Alors son enlèvement n’est pas une coïncidence. »
« Non », répondit Raymond.
Mon téléphone vibra.
Un message.
Je l’ouvris.
« Vous cherchez Brielle au mauvais endroit. »
Puis un second.
« Retournez à l’ancien hôpital. »
Je montrai l’écran à Preston.
Il ne dit rien.
Nous quittâmes le café.
La pluie avait cessé, mais la chaussée brillait encore sous les lampadaires. Nous montâmes dans la voiture.
Je pris la main de Preston avant qu’il démarre.
« Nous allons chercher Brielle. »
Il me regarda.
« Et les filles. »
« Oui. »
« Mais si l’homme qui a le test sait où elles sont… »
Je serrai les doigts.
« Alors nous devons arriver avant lui. »
Preston démarra.
Derrière nous, Raymond et Eleanor restèrent sur le trottoir.
Je regardai le bâtiment disparaître dans le rétroviseur.
Puis mon téléphone vibra une dernière fois.
Cette fois, il n’y avait pas de message.
Il y avait une photographie.
Clara et Mia.
Assises sur le canapé de notre appartement.
La photo avait été prise moins d’une heure auparavant.
Je sentis mon sang se glacer.
Quelqu’un était déjà chez nous.
Et sous la photographie, une phrase était écrite :
« Une seule des deux filles est la cible. »
Je regardai Preston.
Il avait vu l’image.
« Appelle la police », dis-je.
Il prit immédiatement son téléphone.
Puis je remarquai quelque chose derrière les filles sur la photographie.
Une porte entrouverte.
Et sur cette porte, un petit autocollant que j’avais collé moi-même quelques jours auparavant.
Une lune jaune.
La chambre de Mia.
Je compris alors pourquoi le message disait qu’une seule des deux filles était la cible.
Quelqu’un avait déjà choisi laquelle.
Et cette personne était suffisamment proche de nous pour entrer dans notre appartement sans forcer la porte.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 9 : La photographie des filles nous ramena à l’ancien hôpital, où la véritable cible apparut enfin derrière tous les mensonges de onze années
Cinq minutes après le divorce, j’ai compris que partir avec mes filles était devenu la seule décision que je pouvais encore contrôler
Part 8 of 10
