La déclaration de fraude avait à peine été prononcée que Julian se mit à respirer comme s’il venait de courir plusieurs étages.
« Une déclaration officielle ? »
« Oui. »
« Tu as transmis ça à la banque ? »
« Le service juridique l’a fait. »
Il regarda mon père.
« Vous savez ce que ça signifie ? »
« Très bien. »
Julian passa les deux mains sur son visage.
« Ils vont examiner mon ordinateur. »
Je répondis :
« Probablement. »
« Mes fichiers professionnels sont dessus. »
« Ceux qui appartiennent à l’entreprise seront récupérés. »
Il me fixa.
« Tout ce sur quoi j’ai travaillé pendant deux ans est là. »
Mon père ouvrit calmement le dossier.
« Alors tu aurais dû conserver tes fichiers sur un serveur que tu finançais toi-même. »
Julian se retourna vers sa mère.
« Tu m’avais dit qu’elle ne regarderait jamais les relevés ! »
Nora resta figée.
« Ne me parle pas comme ça. »
« C’est toi qui m’as dit de ne pas m’inquiéter ! »
« Je t’ai conseillé de trouver une solution. »
« Tu m’as dit qu’elle était trop occupée ! »
Nora leva la voix.
« Parce que tu étais incapable de faire quoi que ce soit seul ! »
Julian la regarda comme s’il venait seulement de découvrir son visage.
« C’est toi qui voulais le voyage. »
« Ne mélange pas tout. »
« C’est toi qui as choisi la suite. »
« J’ai seulement dit que nous méritions quelques jours de repos. »
« Avec mon argent ? »
« Avec l’argent que tu allais obtenir ! »
Ils se turent tous les deux.
Mon père les regarda.
« Voilà donc comment vous en êtes arrivés là. »
Personne ne répondit.
Il fit un pas vers Julian.
Sa voix resta basse.
« Je t’ai vu épouser ma fille. Je t’ai entendu lui promettre que son bonheur compterait pour toi. »
Julian baissa les yeux.
« Je n’ai jamais exigé que tu deviennes riche. Je n’ai jamais exigé que tu sois le meilleur architecte de Chicago. »
Mon père marqua une pause.
« Mais j’ai attendu que tu sois un homme fiable. »
Julian releva la tête.
« Vous ne m’avez jamais accepté. »
« Je t’ai donné du travail. »
« Un travail inférieur à ce que je méritais. »
« Un travail que ma fille avait fait avant toi. »
Julian serra les dents.
Mon père continua.
« Pendant onze mois, tu es resté sur ce canapé à jouer aux jeux vidéo pendant qu’Evelyn travaillait parfois quatorze heures par jour. Je n’ai rien dit. »
Julian répondit :
« Elle voulait travailler autant. »
Je le regardai.
« Et toi, tu voulais vivre de mon salaire. »
« Je t’ai soutenue ! »
« Tu m’as accompagnée à deux conférences. »
« J’étais là quand tu voyageais. »
« Tu étais là parce que tu n’avais pas de travail. »
Il détourna la tête.
Je ne ressentais plus de colère.
Seulement une fatigue profonde.
« Tu as eu des années pour construire ta propre vie, Julian. Au lieu de cela, tu as essayé de réquisitionner la mienne. »
Il secoua la tête.
« Ce n’est pas juste. »
« Tu as falsifié ma signature. »
« Je comptais rembourser. »
« Tu as présenté notre appartement comme ton bien. »
« Je comptais régler ça. »
« Tu as utilisé ma carte pour préparer des vacances avec ta mère. »
Il resta silencieux.
« Et ce matin, tu m’as empêchée de sortir. »
Il ne trouva aucune réponse.
Mon père se tourna vers Marcus et Saul.
« Faites monter les affaires. »
Nora se redressa.
« Quoi ? »
« Ils partent. »
« Vous ne pouvez pas faire ça ! »
« Si. »
« Je vis ici depuis des mois. »
« Vous êtes une occupante autorisée. Cette autorisation est révoquée. »
Nora s’avança.
« J’ai des droits. »
« Vous aurez le droit de repartir avec vos affaires. »
Je regardai ma montre.
« Vous avez douze minutes. »
Nora me fixa comme si elle ne me reconnaissait plus.
« Douze minutes ? »
« Douze. »
« Evelyn, tu ne peux pas être sérieuse. »
« Je le suis. »
Elle commença à protester.
Je lui indiquai le hall.
« La gare est à quelques rues. Il y a un train pour Peoria. »
Elle ouvrit la bouche.
Puis elle se tut.
Julian regardait déjà autour de lui.
La cuisine.
Le salon.
Le couloir.
La porte d’entrée.
Puis le bureau.
Ses yeux s’arrêtèrent là.
Je compris immédiatement.
« Julian. »
Il ne répondit pas.
« Ne fais rien de stupide. »
Il se mit à courir.
Saul fit un mouvement, mais Julian avait déjà atteint le bureau.
Il ouvrit la porte, entra et la verrouilla derrière lui.
Le bruit du pêne dans la serrure résonna dans le couloir.
Nora se précipita.
« Julian ! Ouvre ! »
Aucune réponse.
Elle frappa à la porte.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Un bruit de tiroir arraché nous parvint de l’intérieur.
Puis un autre.
Je regardai mon père.
« Il cherche les fichiers. »
« Je sais. »
À l’intérieur, quelque chose tomba lourdement.
« Julian ! »
Saul s’approcha de la porte.
« Monsieur Vance ? »
Mon père lui fit signe d’attendre.
Je posai une main sur le bois.
« Julian. »
Sa voix me parvint de l’autre côté.
« Si je tombe, je ne tombe pas seul. »
« Qu’est-ce que ça signifie ? »
« Tu verras. »
Un fracas métallique retentit.
Je compris qu’il avait atteint l’ordinateur.
« Tu ne peux pas détruire ces données. »
Il rit.
Ce n’était plus le rire arrogant du matin.
C’était un rire paniqué.
« Je vais tout effacer. »
« Les serveurs sont sauvegardés. »
Silence.
Je poursuivis.
« Les fichiers du chantier sont également dupliqués sur les serveurs de Vance-Holbrook. »
« Pas tout. »
« Assez pour que ton geste ne serve à rien. »
Il ne répondit pas.
Nora se tourna vers moi.
« Evelyn, arrête ça. »
« C’est lui qui a commencé. »
« C’est mon fils. »
« Et je suis ta belle-fille. »
Elle resta silencieuse.
« Tu m’as demandé ce matin de cuisiner pour vous. Tu m’as expliqué ma place. »
Je regardai la porte.
« Maintenant, chacun va retrouver la sienne. »
Un nouveau bruit de destruction éclata derrière le bois.
Quelque chose venait d’être jeté au sol.
Mon père leva la main.
« Marcus. »
L’homme se redressa.
« Oui, monsieur. »
« Prépare la porte. »
Marcus posa sa caisse.
Saul déroula une bande de protection.
Je reculai d’un pas.
À travers la porte, Julian cria :
« Ne faites pas ça ! »
Mon père répondit calmement :
« Tu as douze minutes. Tu en as déjà utilisé trois. »
Le silence suivit.
Puis Julian cria encore :
« Evelyn ! »
Je ne bougeai pas.
« Quoi ? »
« Tu vas regretter ça. »
Je regardai mon père.
Puis la serrure.
Puis ma montre.
« Non, Julian. »
Je pris une inspiration.
« C’est toi qui aurais dû y réfléchir avant de mettre ta main sur moi ce matin. »
À l’intérieur, quelque chose s’arrêta brusquement.
Pendant quelques secondes, personne ne parla.
Puis j’entendis le bruit précipité d’un tiroir qu’on ouvrait.
Julian venait manifestement de trouver quelque chose.
Et cette fois, ce qu’il avait découvert pouvait compromettre bien davantage que son prêt.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Derrière la porte verrouillée, Julian tenta de détruire les preuves avant de comprendre que son dernier refuge appartenait lui aussi à Vance-Holbrook
Quand mon mari m’empêcha de partir, je compris que cette matinée ne concernait plus seulement mon travail
Part 4 of 15
