Je quittai la salle de réunion avec mon père à quelques pas derrière moi.
Le couloir était presque vide. Les employés passaient en silence, certains avec des dossiers sous le bras, d’autres avec un café à la main. Personne ne savait encore ce qui venait de se jouer derrière cette porte.
Je marchais sans parler.
Mon père ne me pressait pas.
Lorsque nous atteignîmes l’ascenseur, il appuya sur le bouton et resta à côté de moi.
« Tu n’es pas obligée d’être forte maintenant », dit-il.
Je regardai les portes métalliques.
« Je ne fais pas semblant. »
« Je sais. »
L’ascenseur arriva.
Nous entrâmes.
Pendant la descente, je regardai mon reflet dans les parois brillantes. Mon visage était calme. Trop calme, peut-être.
Mais à l’intérieur, les six dernières années semblaient défiler à toute vitesse.
Les dîners.
Les voyages.
Les disputes.
Les excuses.
Les petites dépenses auxquelles je n’avais jamais prêté attention.
Les demandes de Julian.
Les remarques de Nora.
Et cette matinée où il avait placé son corps devant la porte en pensant que quelques mots suffiraient à m’arrêter.
Je sortis de l’ascenseur.
« Je veux rentrer seule ce soir. »
Mon père acquiesça.
« D’accord. »
« Et papa ? »
« Oui ? »
« Ne contacte pas Julian. »
Il me regarda.
« Je ne le ferai pas. »
« Je veux que tout passe par Elena. »
« Très bien. »
Il me laissa partir.
Dans ma voiture, je ne démarrai pas immédiatement.
Je posai les mains sur le volant et regardai les immeubles devant moi.
Puis mon téléphone vibra.
Un message d’Elena.
« Les enquêteurs ont obtenu un mandat pour examiner certains appareils liés à Mercer. Ils pensent pouvoir récupérer les documents transmis. »
Je répondis seulement :
« D’accord. »
Quelques heures plus tard, Elena me rappela.
« Ils ont trouvé l’enveloppe. »
Je me redressai.
« Où ? »
« Dans un coffre de dépôt loué par une société qui appartient à Mercer. »
Je fermai les yeux.
« Les documents sont là ? »
« Oui. »
« Tous ? »
« Presque. »
Cette dernière phrase me fit ouvrir les yeux.
« Qu’est-ce qui manque ? »
« Une clé USB. »
Je me levai.
« Ils savent où elle est ? »
« Non. »
« Alors il faut la retrouver. »
« Les enquêteurs cherchent. »
Je regardai la fenêtre.
« Qu’est-ce qu’il y avait dessus ? »
Elena marqua une pause.
« C’est ce que nous essayons de déterminer. »
Je savais déjà que la réponse ne serait pas anodine.
Les documents papier pouvaient raconter une partie de l’histoire.
Une clé pouvait contenir les échanges, les copies, les fichiers originaux.
Peut-être même quelque chose qui relierait Mercer à d’autres personnes.
Le lendemain matin, je retournai chez Vance-Holbrook.
Maya m’attendait dans la salle de sécurité informatique.
Elle avait plusieurs écrans ouverts devant elle.
« Nous avons retrouvé quelque chose dans les anciennes sauvegardes. »
« Quoi ? »
Elle agrandit une ligne de journal.
Une connexion avait été effectuée depuis un appareil inconnu le soir où Julian avait accédé à mon bureau.
« Cet appareil n’était pas celui de Julian. »
Je regardai l’adresse.
« Mercer ? »
« Nous ne savons pas. Mais il était physiquement proche de l’immeuble. »
« Comment le sais-tu ? »
« L’appareil a utilisé le réseau invité d’un bâtiment voisin. »
Je me penchai.
« Quel bâtiment ? »
Elle afficha l’adresse.
Je la reconnus.
L’ancien cabinet de conseil de Mercer.
« Il était donc à quelques centaines de mètres. »
« Oui. »
Je réfléchis.
« Mais comment pouvait-il savoir ce que Julian avait trouvé ? »
Maya ouvrit un autre fichier.
« Parce que Julian lui envoyait probablement des captures d’écran en temps réel. »
Je regardai les horodatages.
Une capture.
Puis trois minutes.
Une autre.
Puis deux minutes.
Encore une.
Le rythme correspondait presque exactement à l’ouverture des dossiers.
Je posai les doigts sur la table.
« Ils travaillaient ensemble depuis cet immeuble. »
« C’est ce que les données suggèrent. »
Je demandai :
« Et la clé USB ? »
« Il y a un nom de périphérique qui apparaît dans les journaux. »
Elle me le montra.
Je lus.
« Vance-Archive-02. »
Maya acquiesça.
« Un ancien périphérique de sauvegarde de l’entreprise. »
« Pourquoi était-il connecté à l’ordinateur de Julian ? »
« Nous ne savons pas. »
Je pris une inspiration.
« Cherche son historique. »
Maya tapa plusieurs commandes.
Une liste apparut.
La dernière connexion remontait à huit mois.
L’appareil avait été enregistré dans un ancien bureau d’archives.
Puis transféré.
« Où ? »
Maya consulta le registre.
« À la demande d’un consultant. »
« Mercer ? »
« Non. »
Elle tourna l’écran vers moi.
Un autre nom apparut.
Je le connaissais.
Je l’avais vu dans une ancienne liste de consultants.
« Robert Hale. »
Maya hocha la tête.
« Il travaillait pour nous sur le projet de l’aéroport. »
Je sentis un poids dans la poitrine.
« Il travaille encore pour nous ? »
« Non. Il a quitté l’entreprise il y a dix-huit mois. »
« Où est-il maintenant ? »
Maya chercha.
« Californie. »
Je reculai légèrement.
L’affaire semblait s’élargir à chaque fois que nous pensions avoir atteint son centre.
Elena arriva dans l’après-midi.
Je lui montrai le nom.
Elle prit immédiatement des notes.
« Il faut transmettre ça aux enquêteurs. »
« Tu crois qu’il est impliqué ? »
« Je ne vais pas le dire sans preuve. »
Elle regarda la liste.
« Mais nous avons maintenant plusieurs personnes qui ont eu accès aux mêmes informations à différentes périodes. »
« Et Julian au milieu. »
« Oui. »
Je m’assis.
« Il savait plus qu’il ne nous l’a dit. »
Elena acquiesça.
« Probablement. »
Nous organisâmes un nouvel entretien.
Cette fois, Julian ne vint pas seul.
Son avocat l’accompagnait.
Il avait perdu beaucoup de poids depuis la dernière fois.
Son visage semblait plus fermé.
Je ne ressentis ni satisfaction ni compassion.
Seulement une distance immense.
Elena posa la première photographie.
« Où est la clé USB Vance-Archive-02 ? »
Julian fixa la photo.
Il ne répondit pas.
« Nous savons qu’elle a été connectée à ton ordinateur. »
Il regarda son avocat.
« Je ne me souviens pas. »
Elena posa une seconde feuille.
« Nous avons l’heure et l’identifiant de l’appareil. »
Silence.
Je le regardai.
« Julian. »
Il releva les yeux.
« Quoi ? »
« Dis la vérité. »
Il détourna la tête.
« Je voulais protéger ma mère. »
Je restai immobile.
« De quoi ? »
« Des gens à qui elle devait de l’argent. »
Elena demanda :
« Quels gens ? »
Julian serra les lèvres.
« Je ne connais pas leurs noms. »
« Mercer les connaissait ? »
Il acquiesça.
« Oui. »
« La clé est chez Mercer ? »
Il hésita.
« Non. »
« Où est-elle ? »
Julian passa une main sur son visage.
« Je l’ai donnée à quelqu’un. »
Je demandai :
« À qui ? »
Il me regarda.
« Robert Hale. »
Le nom tomba comme une pierre.
Elena se redressa.
« Pourquoi ? »
« Mercer me l’a demandé. »
« Pourquoi ? »
Julian ne répondit pas.
Je répétai :
« Pourquoi ? »
Il ferma les yeux.
« Parce que Hale avait encore accès à certaines archives. »
Elena posa les deux mains sur la table.
« Où est-il maintenant ? »
« Je ne sais pas. »
« Tu lui as parlé quand pour la dernière fois ? »
« Il y a quatre mois. »
« Où ? »
« À Chicago. »
Je regardai Julian.
« Tu savais donc qu’il existait un réseau autour de Mercer. »
Il baissa la tête.
« Je savais seulement que je devais livrer ce qu’on me demandait. »
« Pour de l’argent. »
« Oui. »
« Combien ? »
Il ne répondit pas.
Son avocat posa une main sur son bras.
« Julian, tu dois répondre. »
Il murmura :
« Vingt mille dollars. »
Je fermai les yeux.
Vingt mille.
C’était tout.
Il avait risqué son mariage, sa liberté, sa carrière et la réputation de notre entreprise pour vingt mille dollars.
Je ne trouvais même plus de mots.
Elena poursuivit.
« Où est Hale ? »
Julian secoua la tête.
« Je ne sais pas. »
« Tu mens ? »
« Non. »
Elena referma son dossier.
« Très bien. »
Julian me regarda.
« Evelyn… »
Je ne répondis pas.
« Je voulais te dire la vérité avant. »
« Mais tu ne l’as pas fait. »
« J’avais peur. »
« Tu aurais dû avoir peur avant de le faire. »
Il baissa les yeux.
L’entretien prit fin.
En sortant, Elena me rejoignit.
« Les enquêteurs vont maintenant se concentrer sur Hale. »
« Et la clé ? »
« Ils vont essayer de la localiser. »
Je regardai par la fenêtre du couloir.
« Alors nous attendons. »
Elena acquiesça.
Mais avant que nous quittions le bâtiment, mon téléphone vibra.
Un message provenant d’un numéro inconnu.
Une seule phrase.
« Vous cherchez au mauvais endroit. »
Je montrai l’écran à Elena.
Son visage se durcit.
« Ne réponds pas. »
Je ne répondis pas.
Une seconde notification apparut.
Cette fois, une photographie était jointe.
C’était la porte de mon ancien bureau.
Et, posé devant, un petit objet noir.
Une clé USB.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 14 : La clé retrouvée contenait enfin les preuves manquantes, mais son dernier fichier changea la personne que je pensais être au centre de tout
Quand mon mari m’empêcha de partir, je compris que cette matinée ne concernait plus seulement mon travail
Part 13 of 15

One Comment on “PARTIE 13 – Après les aveux de Julian, les preuves conduisirent jusqu’à Mercer, mais une dernière pièce manquait encore pour comprendre toute l’ampleur de la trahison”