PARTIE 12 – Le nom prononcé par Madame Brooks fit basculer l’affaire hors de l’école, et une ancienne décision familiale expliqua enfin pourquoi Tommy avait été ciblé

Je connaissais le nom.

Trop bien.

Je le répétai presque sans voix.

— Martin Cole.

Madame Brooks acquiesça.

Caldwell me regarda.

— Qui est-ce ?

Je restai silencieux quelques secondes.

Martin Cole avait travaillé avec moi plusieurs années auparavant.

Nous avions partagé un projet immobilier important.

Puis nos chemins s’étaient séparés après un conflit professionnel qui avait laissé derrière lui des accusations, des contrats annulés et beaucoup de rancœur.

Je n’avais plus eu de contact avec lui depuis longtemps.

— Il travaillait dans mon ancien cabinet.

Caldwell demanda :

— Quel était votre conflit ?

Je lui expliquai.

Martin avait été responsable d’un projet qui avait connu de graves irrégularités financières. Lorsque j’avais découvert certains documents, j’avais refusé de les approuver.

Il avait perdu son poste.

Une enquête interne avait suivi.

Mais aucune accusation criminelle n’avait finalement été retenue contre lui.

Il avait quitté la société.

Je pensais que cette histoire appartenait au passé.

Madame Brooks secoua la tête.

— Ce n’est pas seulement votre ancien collègue.

— Alors qui est-il pour vous ?

Elle répondit :

— Le frère du responsable informatique.

Caldwell se redressa.

Cette information changeait immédiatement la situation.

Le responsable informatique de l’école avait un lien familial direct avec Martin Cole.

Je regardai Madame Brooks.

— Et vous le saviez ?

— Oui.

— Depuis quand ?

— Depuis que j’ai commencé à travailler avec lui.

Caldwell demanda :

— Pourquoi ne pas l’avoir signalé ?

Elle baissa les yeux.

— Parce que je pensais pouvoir gérer la situation.

Je laissai échapper un rire sans humour.

— C’est ce que tout le monde semble avoir pensé.

Elle accepta la remarque sans répondre.

Puis elle expliqua ce qu’elle savait.

Martin avait découvert que Tommy fréquentait Oakwood.

Il avait appris ses difficultés particulières et son emploi du temps.

Il avait ensuite contacté son frère.

Au début, Madame Brooks n’avait pas compris ses intentions.

Elle pensait qu’il voulait simplement récupérer des informations concernant mon ancienne activité professionnelle.

Puis elle avait découvert les dossiers.

Des informations sur plusieurs enfants.

Des horaires.

Des habitudes.

Des photos.

Et des vidéos.

— Pourquoi Tommy ?

Madame Brooks me regarda.

— Parce qu’il était facile à isoler.

Je serrai les poings.

— C’est mon fils.

— Je sais.

Elle avait les yeux brillants.

— Et c’est précisément pour cela que je regrette de ne pas avoir parlé plus tôt.

Caldwell lui demanda :

— Quel était le but ?

Madame Brooks hésita.

— Martin voulait obtenir quelque chose de vous.

— Quoi ?

— Une déclaration.

— Sur quoi ?

Elle répondit :

— Sur le projet qui avait provoqué votre conflit professionnel.

Je compris.

Martin ne voulait pas seulement se venger.

Il voulait me forcer à rouvrir une vieille affaire.

Il voulait utiliser quelque chose contre ma famille pour obtenir ce qu’il n’avait pas réussi à obtenir par les voies professionnelles.

Caldwell demanda :

— Pourquoi utiliser des enfants ?

Madame Brooks baissa la tête.

— Parce qu’il savait que vous protégeriez vos enfants avant de penser à vous.

La pièce devint silencieuse.

Je repensai à Lily.

À la manière dont elle s’était interposée devant Tommy.

À son coup porté à Damian.

À son refus de pleurer.

Elle avait fait exactement ce que Martin avait anticipé.

Elle avait transformé une affaire d’enfants en crise familiale.

Mais quelque chose ne correspondait pas.

— Si Martin était derrière tout cela, pourquoi Damian et ses amis filmaient-ils eux-mêmes ?

Madame Brooks répondit :

— Ils n’étaient pas censés aller aussi loin.

— Alors pourquoi les vidéos existaient-elles ?

— Parce qu’ils avaient compris qu’elles pouvaient servir à faire pression.

Caldwell fronça les sourcils.

— Qui les encourageait ?

Elle hésita.

— Le responsable informatique.

Le lien devenait clair.

Il avait accès aux caméras.

Il pouvait manipuler les dossiers.

Il pouvait consulter les informations personnelles.

Il pouvait supprimer ou déplacer des fichiers.

Et il était lié à Martin.

Mais une question restait.

— Où est Martin maintenant ?

Madame Brooks secoua la tête.

— Je ne sais pas.

Caldwell demanda :

— Où est son frère ?

— Il travaille encore à l’école ?

Elle hocha la tête.

Je pensai immédiatement au bâtiment administratif.

— Il est toujours là.

Caldwell prit son téléphone.

— Une équipe est déjà en route.

Madame Brooks ajouta :

— Il y a autre chose.

Tout le monde se tourna vers elle.

— Quoi ?

— Le carnet.

— Celui que nous avons trouvé ?

— Oui.

Elle expliqua que Martin ne l’avait pas écrit.

Le carnet avait été utilisé pour enregistrer les mouvements des enfants, mais les notes finales avaient été ajoutées par quelqu’un d’autre.

— Qui ?

Elle hésita.

— Je ne sais pas.

Caldwell la fixa.

— Vous venez de dire que vous saviez qui contrôlait les dossiers.

— Oui.

— Alors qui écrivait les rendez-vous ?

Madame Brooks regarda ses mains.

— Une personne que je n’ai jamais rencontrée.

Je sentis une nouvelle inquiétude.

— Quelqu’un d’extérieur à l’école ?

Elle acquiesça.

— Oui.

Caldwell demanda :

— Comment communiquait-elle avec vous ?

— Par des messages.

— Quel numéro ?

— Toujours différent.

Caldwell se tourna vers moi.

— Il faut vérifier le téléphone de Madame Brooks.

Elle le sortit de sa poche.

L’appareil contenait plusieurs messages.

Certains avaient été supprimés.

Mais les sauvegardes permettaient d’en récupérer une partie.

Le technicien lança la procédure.

Après quelques minutes, plusieurs conversations apparurent.

Un numéro inconnu.

Des instructions.

Des heures.

Des noms.

Puis une phrase attira mon attention.

« Faites en sorte que la petite intervienne. »

Je regardai Lily.

Mon cœur se serra.

La phrase suivante disait :

« Elle protégera son frère. »

Caldwell resta silencieux.

Lily n’avait pas été seulement une enfant prise dans les événements.

Quelqu’un avait prévu sa réaction.

Quelqu’un savait qu’elle se dresserait devant Tommy.

Et quelqu’un avait probablement compté sur le fait qu’elle frapperait Damian.

La mère de Damian avait réclamé cinq cent mille dollars.

La police avait été appelée.

Lily devait être emmenée.

Tout cela avait commencé avec un coup de poing.

Mais maintenant, nous comprenions que ce coup pouvait avoir été exactement ce que quelqu’un voulait provoquer.

Je pris la main de ma fille.

Elle leva les yeux vers moi.

— Papa, est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ?

Je m’agenouillai.

— Tu as essayé de protéger ton frère.

— Mais j’ai frappé Damian.

— Oui.

Elle baissa la tête.

— Je regrette de lui avoir fait mal.

Je lui relevai doucement le menton.

— Regretter quelque chose ne veut pas dire que tu dois porter seule ce qui s’est passé.

Caldwell nous observa en silence.

Puis son téléphone vibra.

Il décrocha.

— Oui.

Il écouta.

Son visage devint immédiatement grave.

— Vous êtes sûr ?

Il regarda le sol.

— D’accord. Sécurisez le bâtiment.

Il raccrocha.

Je me relevai.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Caldwell regarda Madame Brooks.

Puis moi.

— Le responsable informatique a disparu.

— Depuis quand ?

— Depuis environ vingt minutes.

— Et Martin ?

— Nous avons trouvé une voiture qui lui appartient à proximité de l’école.

Je sentis Lily serrer ma main.

Caldwell poursuivit :

— Mais il n’est pas seul.

— Qui est avec lui ?

Il prit une seconde avant de répondre.

— Nous avons retrouvé une image de caméra datant de quelques minutes.

Il me regarda droit dans les yeux.

— Martin est accompagné du frère de Damian.

Je ne compris pas immédiatement.

Puis le sens de ses mots m’atteignit.

Le père de Damian.

L’avocat.

Celui qui, quelques heures auparavant, réclamait cinq cent mille dollars pour son fils.

Celui qui avait insisté pour que Lily soit tenue responsable.

Il était peut-être impliqué depuis le début.

Caldwell posa une main sur la table.

— Nous devons retrouver Tommy immédiatement.

Je regardai Lily.

Son visage s’était vidé de sa couleur.

— Il est où ?

Personne ne répondit.

Puis un policier entra brusquement dans la pièce.

— Caldwell !

L’officier se tourna.

— Quoi ?

— Nous venons de recevoir une alerte de l’école.

— Quelle alerte ?

— La porte de la salle spécialisée vient d’être ouverte.

Je sentis mon cœur s’arrêter.

— Tommy est là-bas.

Caldwell partit en courant.

Je le suivis.

Lily courut derrière moi.

Et, pour la première fois depuis le début de cette histoire, nous ne savions plus si nous étions encore en train de découvrir la vérité ou si quelqu’un venait de mettre en marche sa dernière étape.


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Story Parts

Un appel interrompit ma présentation et, en moins de quinze minutes, me conduisit devant une porte derrière laquelle l’avenir de ma fille semblait déjà condamné

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