Je fixai mon nom dans le carnet.
Puis celui de Lily.
Les deux étaient séparés par une simple ligne.
À côté de nos noms figuraient des dates, des adresses et de courtes annotations. Certaines étaient anciennes. D’autres beaucoup plus récentes.
Je tournai une page.
Il y avait la date de naissance de Lily.
Je regardai Daniel.
« Tu savais qu’ils la surveillaient depuis sa naissance ? »
« Je le soupçonnais. »
« Ce n’est pas une réponse. »
Il prit une inspiration.
« Oui. »
Ma colère monta immédiatement.
« Tu savais ? »
« Je savais qu’ils s’intéressaient à elle. Je ne savais pas jusqu’où. »
« Et tu n’as rien fait ? »
« J’ai essayé de la protéger. »
« À distance. »
Il baissa la tête.
« Oui. »
Lily se tenait à quelques pas de nous.
« Pourquoi moi ? »
Daniel se tourna vers elle.
« Parce que tu es née alors que j’avais déjà découvert certaines choses. »
« Quelles choses ? »
« Des dossiers falsifiés. Des personnes déplacées sous de fausses identités. Des informations effacées. »
« Je ne comprends pas. »
« Tu n’avais pas besoin de comprendre quand tu étais petite. »
Elle secoua la tête.
« Je n’étais pas petite à Los Angeles. »
Daniel ne répondit pas.
Moreau examina le carnet.
« Ces annotations semblent correspondre à plusieurs années de surveillance. »
« Oui », dit Daniel.
« Qui écrivait cela ? »
« Plusieurs personnes. »
« Vous en connaissez certaines ? »
Daniel hésita.
« Le directeur en faisait partie. »
Moreau referma le carnet.
« Et maintenant, où est-il ? »
« Je ne sais pas. »
« Sa voiture a été retrouvée hier. »
Daniel fronça les sourcils.
« Alors il a quitté son véhicule volontairement. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’il savait que vous alliez le chercher. »
Moreau me regarda.
« Il faut partir d’ici. »
Nous retournâmes vers les voitures.
Mais avant que je monte, Lily s’arrêta.
« Maman. »
Elle regardait le sol.
Une petite marque était visible dans la poussière.
Une semelle.
Puis une deuxième.
Quelqu’un venait de passer derrière le bâtiment.
Moreau sortit immédiatement son arme et fit signe à ses collègues de se disperser.
Nous attendîmes.
Rien.
Puis un bruit métallique retentit au loin.
Un portail venait de se refermer.
Les policiers partirent dans cette direction.
Quelques minutes plus tard, ils revinrent seuls.
« Personne », dit Moreau.
Daniel regarda les traces.
« Il voulait qu’on sache qu’il était là. »
« Pourquoi ? »
« Pour nous faire partir avant qu’il ne soit trop tard. »
Nous reprîmes la route.
Dans la voiture, je consultai la clé USB.
Elle contenait plusieurs dossiers.
Certains étaient verrouillés.
D’autres pouvaient être ouverts.
Le premier document était une liste de dates.
Le second concernait mon mari.
Le troisième portait simplement le prénom de Lily.
Je cliquai.
Une photographie apparut.
Lily enfant.
Elle devait avoir quatre ans.
Je la reconnus immédiatement.
Elle jouait dans un parc.
Je ne me souvenais pas de cette photo.
« Où est-ce que c’était ? »
Daniel répondit :
« Chez ma sœur. »
Je le regardai.
« Je ne connaissais pas cette photo. »
« Je l’avais prise sans te le dire. »
« Pourquoi ? »
« Parce que je savais déjà qu’on nous observait. »
Une autre photographie apparut.
Lily à huit ans.
Puis dix ans.
Puis treize ans.
Toujours photographiée à distance.
Toujours sans savoir qu’elle était observée.
Je sentis une colère sourde monter.
« Tu avais ces images ? »
« Certaines seulement. »
« Et tu les as gardées ? »
« Pour prouver qu’ils la surveillaient. »
Lily regardait l’écran.
« C’est horrible. »
Daniel acquiesça.
« Oui. »
« Alors pourquoi personne n’a arrêté tout ça ? »
« Parce que les personnes qui surveillaient ta famille avaient des moyens que nous n’avions pas. »
Moreau intervint depuis le siège avant.
« Ce point devra être vérifié. Nous ne pouvons pas prendre toutes ces informations pour des faits établis. »
Daniel répondit calmement :
« Je comprends. »
Je regardai le dossier suivant.
Il portait le nom du directeur.
À l’intérieur se trouvait une photographie plus ancienne.
Le directeur apparaissait aux côtés de Daniel.
Je regardai mon mari.
« Vous travailliez ensemble. »
« Oui. »
« Pourquoi tu ne me l’as jamais dit ? »
« Parce que je pensais que ce serait plus dangereux. »
« Vous étiez amis ? »
Daniel hésita.
« Au début. »
« Et ensuite ? »
« J’ai découvert ce qu’il faisait. »
« Quoi ? »
« Il transmettait des informations privées à des gens qui les utilisaient pour retrouver certaines personnes. »
« Pourquoi ? »
« Pour de l’argent. »
Je regardai la photographie.
Le directeur souriait.
Daniel, lui, semblait beaucoup plus jeune.
« Alors pourquoi a-t-il rejoint l’école ? »
« Parce qu’il avait besoin d’un accès à de nouvelles informations. »
« Des élèves ? »
« Des familles. »
Je compris pourquoi il avait voulu le téléphone de Lily.
Les voyages scolaires.
Les coordonnées des parents.
Les adresses.
Les habitudes.
Tout pouvait servir.
Lily regardait par la fenêtre.
« Est-ce que papa savait que le directeur me choisirait ? »
Daniel répondit :
« Je craignais qu’il s’intéresse à toi. »
« Mais tu ne m’as jamais parlé. »
« Je ne pouvais pas. »
« Tu aurais pu essayer. »
Il ferma les yeux.
« Oui. »
Cette fois, il ne chercha aucune excuse.
Je vis ma fille détourner le visage.
Elle avait attendu quinze ans pour entendre son père reconnaître simplement sa faute.
Nous arrivâmes dans un lieu sécurisé où les policiers purent examiner les fichiers.
Moreau ouvrit plusieurs documents.
Un tableau apparut.
Il indiquait des noms, des dates et des lieux.
Elle resta silencieuse.
Puis elle me regarda.
« Votre mari n’a pas inventé cette histoire. »
Je sentis mes épaules se détendre légèrement.
« Qu’avez-vous trouvé ? »
« Plusieurs informations correspondent à des archives officielles. »
Daniel acquiesça.
« Je vous l’avais dit. »
Moreau poursuivit.
« Mais il y a une anomalie. »
« Laquelle ? »
« Le nom de Lily apparaît encore dans les fichiers, avec une note datant de cette année. »
Je m’approchai.
La note était récente.
Très récente.
Elle indiquait le voyage scolaire à Los Angeles.
Je regardai Daniel.
« Ils savaient qu’elle partirait. »
« Oui. »
« Et le directeur ? »
Moreau répondit :
« Son nom apparaît juste à côté. »
Un silence lourd s’installa.
Lily se leva.
« Alors il savait avant même que je parte. »
« Oui », répondis-je.
Elle regarda son père.
« Pourquoi tu m’as laissée partir ? »
Daniel sembla dévasté.
« Je ne savais pas qu’ils avaient accès aux informations du voyage. »
« Mais tu savais qu’ils nous surveillaient. »
« Oui. »
« Alors tu aurais dû venir. »
Daniel ne répondit pas.
Lily se détourna.
Je voulus la suivre.
Mais Moreau m’arrêta.
« Attendez. »
Elle pointa l’écran.
Une nouvelle ligne venait d’apparaître dans un dossier.
Quelqu’un avait modifié le fichier à distance.
La dernière entrée disait :
« Cible confirmée. »
Puis une autre phrase :
« Le père est revenu. »
Je sentis mon sang se glacer.
Ils savaient que Daniel était vivant.
Moreau tenta de couper la connexion.
Trop tard.
L’écran devint noir.
Puis un seul mot apparut.
« Demain. »
Daniel se leva.
« Ils vont venir. »
« Où ? »
Il regarda Lily.
« Là où ils pensent que nous irons. »
Je compris.
Ils savaient que nous chercherions la vérité.
Ils avaient probablement prévu chaque étape.
« Alors nous ne ferons pas ce qu’ils attendent », dis-je.
Daniel me regarda.
« Qu’est-ce que tu proposes ? »
« Nous allons utiliser leurs propres informations contre eux. »
Moreau croisa les bras.
« Comment ? »
Je pris le carnet.
« Nous savons qu’ils surveillent certains lieux. Nous savons qu’ils utilisent les données de l’école. Nous savons qu’ils cherchent le téléphone de Lily. »
Je regardai ma fille.
« Et nous savons maintenant que quelqu’un continue de modifier leurs fichiers. »
Daniel comprit.
« Tu veux leur faire croire que nous allons au rendez-vous. »
« Exactement. »
Moreau réfléchit.
« Cela pourrait fonctionner. »
« Mais il faut leur donner quelque chose qu’ils attendent. »
Lily sortit son téléphone.
« Ils veulent ça. »
Elle le posa sur la table.
« Alors donnez-leur une raison de croire qu’ils l’ont obtenu. »
Daniel la regarda.
Pour la première fois depuis son arrivée, un léger sourire apparut sur son visage.
« Tu as beaucoup grandi. »
Lily répondit :
« Tu as raté quinze ans. »
Le sourire disparut.
Elle ne s’excusa pas.
Et je compris qu’elle avait raison.
Nous préparâmes un faux rendez-vous.
Une fausse destination.
Une fausse information.
Mais au moment où nous terminions, mon téléphone vibra.
Un message venait d’arriver.
« Ne jouez pas avec nous. »
Puis une seconde ligne apparut.
« Nous savons où se trouve votre fille. »
Je me tournai vers Lily.
Elle était juste devant moi.
Je pris son bras.
« Tu es ici. »
Elle acquiesça.
Mais son téléphone sonna.
Elle regarda l’écran.
Son visage se vida de ses couleurs.
« Maman… »
« Quoi ? »
Elle me tendit l’appareil.
Un appel entrant.
Le nom affiché était celui de son père.
Je regardai Daniel.
Son téléphone était dans sa poche.
Il n’avait pas appelé.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 8 : L’appel venu du téléphone de Daniel prouva que quelqu’un possédait encore les secrets capables de nous séparer
Quand ma fille est rentrée de Los Angeles, son silence m’a fait comprendre que quelque chose avait terriblement mal tourné
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