Nous arrivâmes à l’ancienne gare peu avant la tombée de la nuit.
Le ciel était couvert.
Un vent froid traversait les rails abandonnés et faisait claquer une vieille plaque métallique contre un poteau.
Moreau donna des instructions à ses agents.
Personne ne devait entrer dans le bâtiment principal avant son signal.
Daniel resta près de Lily.
Je regardai la gare.
Quinze ans plus tôt, c’était ici que sa voiture avait été retrouvée.
Je n’avais jamais compris pourquoi.
Maintenant, je savais qu’il avait choisi cet endroit.
Il avait voulu que sa disparition ressemble à une fuite.
Mais il avait aussi laissé une preuve.
Une preuve que nous venions de retrouver.
« Tu es déjà venu ici après ta disparition ? » demandai-je.
Daniel secoua la tête.
« Non. »
« Pourquoi ? »
« Parce que je savais qu’ils surveilleraient l’endroit. »
« Alors pourquoi revenir maintenant ? »
« Parce qu’ils nous ont demandé de venir. »
Lily regarda les rails.
« Et s’ils nous attendent ? »
Daniel répondit :
« Ils nous attendent. »
Elle serra sa main.
Je vis le geste.
C’était la première fois qu’elle cherchait spontanément son père.
Je sentis quelque chose se détendre en moi.
Il ne pouvait pas récupérer quinze années.
Mais peut-être pouvait-il enfin commencer à être présent.
Un bruit de pas résonna dans le bâtiment.
Moreau leva la main.
Tous les agents se figèrent.
Une silhouette apparut au bout du quai.
C’était une femme.
Elle avançait lentement.
Je la reconnus.
Mon cœur se serra.
Je l’avais connue pendant des années.
Elle avait été présente à des anniversaires.
Elle avait connu Lily enfant.
Elle avait partagé des repas avec nous.
Elle avait même tenu Lily dans ses bras lorsqu’elle était bébé.
« C’est elle », murmurai-je.
Daniel acquiesça.
La femme s’arrêta à quelques mètres.
« Vous avez enfin compris. »
Moreau sortit de l’ombre.
« Vous êtes en état d’arrestation. »
La femme ne bougea pas.
« Vous n’avez pas toutes les preuves. »
« Nous en avons suffisamment pour vous interroger. »
Elle sourit légèrement.
« Vous croyez vraiment que tout s’arrête avec moi ? »
Je fis un pas en avant.
« Pourquoi ? »
Elle me regarda.
« Parce que tu n’as jamais posé les bonnes questions. »
« J’ai passé quinze ans à essayer de comprendre. »
« Tu cherchais ton mari. »
« Oui. »
« Tu aurais dû chercher ce qu’il avait découvert. »
Daniel intervint.
« Elle sait maintenant. »
La femme le regarda.
« Tu es revenu trop tard. »
« J’ai protégé ma famille. »
« Tu les as abandonnées. »
Lily se plaça entre nous.
« Non. »
Tout le monde se tut.
Elle regarda la femme.
« Il a fait des erreurs. Mais vous n’aviez pas le droit de me surveiller. »
La femme la fixa.
« Tu ne comprends pas encore. »
« Alors expliquez-moi. »
La femme hésita.
« Ton père avait découvert une liste de personnes dont les identités avaient été manipulées. »
« Et alors ? »
« Ton nom figurait parmi les derniers. »
Lily fronça les sourcils.
« Pourquoi ? »
La femme répondit :
« Parce que ton père avait utilisé ton identité pour protéger quelqu’un. »
Daniel ferma les yeux.
Je me tournai vers lui.
« Qu’est-ce qu’elle raconte ? »
Il ne répondit pas.
La femme continua :
« Daniel avait besoin d’une identité qui ne soit pas encore compromise. Il a utilisé les données de naissance de sa propre fille pour cacher une information. »
Lily regarda son père.
« Tu as utilisé mon identité ? »
Daniel répondit :
« Oui. »
Je sentis ma colère revenir.
« Pourquoi ne me l’as-tu jamais dit ? »
« Parce que je ne voulais pas que tu sois impliquée. »
La femme ricana.
« Et c’est précisément ce qui nous a permis de suivre la piste. »
Moreau intervint.
« Quelle information ? »
La femme regarda Daniel.
« Dis-leur. »
Daniel prit une inspiration.
« Une liste de personnes protégées. »
« Où est-elle ? »
« Je ne l’ai plus. »
La femme sourit.
« Tu mens. »
Daniel ne répondit pas.
Je regardai le pendentif de Lily.
« Elle est dans la clé. »
La femme regarda immédiatement le pendentif.
Son expression changea.
Moreau le remarqua.
« Voilà donc ce que vous cherchez. »
La femme fit un pas.
Les agents se rapprochèrent.
« Ne faites rien », dit-elle.
« Vous êtes en train de nous menacer ? »
« Non. Je vous préviens. »
Je demandai :
« De quoi ? »
Elle me regarda.
« La clé n’est pas la preuve complète. »
Daniel acquiesça lentement.
« Elle a raison. »
Je me tournai vers lui.
« Quoi encore ? »
« Il existe une troisième partie. »
« Où ? »
« Je ne sais pas. »
La femme sourit.
« Moi, je sais. »
Moreau s’avança.
« Où ? »
« Dans le lieu où Daniel a passé sa première nuit après sa disparition. »
Je regardai mon mari.
« Tu m’avais dit que cette maison avait été découverte. »
« Oui. »
« Alors comment pourrait-il y avoir quelque chose là-bas ? »
La femme répondit :
« Parce que ce n’est pas la maison que vous pensez. »
Daniel devint pâle.
« Non. »
Je le regardai.
« Tu sais où c’est. »
Il ne répondit pas.
« Daniel. »
Il finit par murmurer :
« Chez ton père. »
Je restai immobile.
Mon père était mort plusieurs années avant la disparition de Daniel.
La maison familiale avait été vendue peu après.
« Pourquoi là-bas ? »
« Parce que personne ne penserait à chercher là. »
La femme recula.
Moreau donna un signal.
Les agents avancèrent.
Mais avant qu’ils ne l’atteignent, elle lâcha quelque chose au sol.
Une petite télécommande.
Un bruit de cliquetis se fit entendre.
Daniel attrapa Lily et la tira vers le sol.
Rien n’explosa.
Une alarme se déclencha à l’intérieur du bâtiment.
Les lumières s’allumèrent.
Des sirènes retentirent.
Dans la confusion, la femme tenta de fuir.
Les agents la rattrapèrent avant qu’elle n’atteigne la sortie.
Moreau lui passa les menottes.
« Vous êtes arrêtée. »
La femme regarda Lily.
« Tu crois que tout est terminé ? »
Lily ne répondit pas.
Elle resta près de son père.
Lorsque la situation fut sécurisée, Moreau récupéra la télécommande.
« Elle voulait nous faire croire à une attaque. »
Daniel secoua la tête.
« Non. »
« Alors quoi ? »
« Elle voulait créer assez de confusion pour faire disparaître quelqu’un d’autre. »
Je regardai autour de nous.
« Qui ? »
Daniel se retourna.
Le directeur avait disparu.
Moreau pâlit.
« Où est-il ? »
Personne ne répondit.
Nous cherchâmes dans les bâtiments voisins.
Rien.
Son téléphone était resté au sol.
La femme menottée sourit.
« Vous voyez ? »
Moreau la regarda.
« Où est-il ? »
Elle répondit :
« Il est allé chercher la troisième partie. »
Daniel se figea.
« Il ne sait pas où elle est. »
« Il le sait maintenant. »
Je compris.
Elle avait peut-être organisé toute cette scène uniquement pour nous séparer du directeur.
Mais pourquoi ?
Nous retournâmes vers les voitures.
Lily regarda son père.
« Où est la maison de ton beau-père ? »
Daniel répondit :
« À plusieurs heures d’ici. »
« Alors allons-y. »
Je pris sa main.
« Pas sans la police. »
Daniel acquiesça.
Moreau prépara le déplacement.
Avant de partir, je regardai une dernière fois la gare.
Quinze ans plus tôt, j’avais pensé que cet endroit représentait la fin de notre famille.
Aujourd’hui, je comprenais qu’il n’avait été que le début.
Dans la voiture, Daniel me regarda.
« Je suis désolé. »
Je ne répondis pas tout de suite.
« Je ne peux pas te pardonner maintenant. »
« Je comprends. »
« Mais je ne veux plus que tu décides seul de ce qui est bon pour nous. »
Il acquiesça.
« D’accord. »
Lily intervint depuis le siège arrière.
« Alors on décide ensemble. »
Je regardai Daniel.
Il sourit tristement.
« Ensemble. »
Quelques minutes plus tard, Moreau reçut un appel.
Elle écouta sans parler.
Puis elle se tourna vers nous.
« Le directeur vient d’être retrouvé. »
Je me redressai.
« Où ? »
« Chez votre père. »
Daniel ferma les yeux.
« Il y est arrivé avant nous. »
Moreau ajouta :
« Et il n’est pas seul. »
Je demandai :
« Qui est avec lui ? »
Elle regarda son écran.
« Nous ne savons pas. Mais une caméra extérieure vient de transmettre une image. »
Elle me montra la photographie.
Le directeur se tenait devant la maison.
À côté de lui se trouvait une deuxième personne.
Je reconnus immédiatement son visage.
C’était mon père.
Je restai sans voix.
« Ce n’est pas possible », murmurai-je.
Daniel me regarda.
« Ton père est mort il y a dix-huit ans. »
Je fixai l’écran.
La personne sur la photographie lui ressemblait parfaitement.
Puis Moreau zooma sur l’image.
Ce n’était pas mon père.
C’était quelqu’un d’autre.
Quelqu’un que je connaissais encore mieux.
Et cette personne tenait entre ses mains la troisième partie de la preuve.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 13 : La troisième preuve nous conduisit vers un visage familier, et je compris enfin qui avait maintenu notre famille prisonnière du silence
Quand ma fille est rentrée de Los Angeles, son silence m’a fait comprendre que quelque chose avait terriblement mal tourné
Part 12 of 15
