Lily porta immédiatement les deux mains à son cou. Le petit pendentif doré reposait contre sa poitrine, exactement comme il l’avait fait depuis quinze ans. Il ne ressemblait à rien de particulier : une petite lune, légèrement rayée sur le bord, montée sur une chaîne fine que j’avais achetée avec Daniel avant sa disparition. Je me souvenais même de la boutique.
« Qu’est-ce qu’il contient ? » demanda Lily.
Daniel s’approcha, mais s’arrêta à quelques centimètres d’elle. Il ne tendit pas la main. Il attendit qu’elle décide.
« Une microcarte mémoire », répondit-il. « Ou du moins, c’est ce que j’y ai placé. »
Lily le fixa avec incrédulité.
« Dans ça ? »
« Oui. »
Moreau prit le pendentif entre deux doigts, après avoir demandé l’autorisation à Lily. Elle l’examina sous la lumière de sa lampe.
« Il n’y a aucune ouverture visible. »
Daniel désigna une minuscule rainure autour de la lune.
« Elle est dissimulée dans la jonction. Il faut tourner la partie supérieure dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. »
Moreau essaya doucement.
Rien ne se produisit.
« Plus doucement », précisa Daniel. « Le mécanisme est fragile. »
Après quelques secondes, un minuscule déclic retentit.
La lune s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une pièce noire, presque invisible, pas plus grande qu’un ongle.
Lily recula d’un pas.
« C’était là depuis que j’étais bébé ? »
« Oui. »
« Et tu savais que je la portais ? »
Daniel acquiesça.
« Je savais que je l’avais cachée là. Je ne savais pas si elle était encore intacte. »
Je regardai ma fille.
« Pourquoi ne me l’as-tu jamais dit ? »
Daniel baissa les yeux.
« Parce que si quelqu’un m’avait interrogé sur cette cachette, je voulais pouvoir dire honnêtement que je ne savais pas où elle était. »
Je secouai la tête.
« Tu savais qu’elle était autour du cou de notre fille. »
« Oui. »
« Pendant quinze ans. »
« Oui. »
Ma voix se fit plus basse.
« Tu comprends pourquoi j’ai du mal à te pardonner certaines choses ? »
Il encaissa le coup sans répondre.
Lily reprit le pendentif.
« Je veux voir ce qu’il y a dessus. »
Moreau intervint.
« Nous allons faire cela dans un environnement sécurisé. »
Lily acquiesça.
La police transféra le contenu de la petite carte sur un ordinateur isolé. Le premier dossier était vide. Le deuxième contenait plusieurs documents chiffrés. Le troisième portait simplement une date : celle du jour où Daniel avait disparu.
Je sentis mon cœur accélérer.
« Ouvrez celui-là. »
Moreau lança le fichier.
Une liste apparut.
Des noms.
Des dates.
Des montants.
Des adresses.
Certains noms étaient accompagnés d’annotations indiquant des transferts, des changements d’identité ou des paiements.
Daniel regardait l’écran sans parler.
« C’est ça », dit-il finalement.
« Quoi ? »
« La preuve que je cherchais. »
Moreau fit défiler les pages.
« Ces informations sont considérables. »
« Elles montrent surtout comment ils fonctionnaient », répondit Daniel.
« Qui sont ces personnes ? »
« Certaines sont des intermédiaires. D’autres ont fourni des informations. Quelques-unes étaient chargées de surveiller les familles. »
Je repérai le nom du directeur.
Il apparaissait à plusieurs reprises.
Puis je vis un autre nom.
Celui de la personne que Daniel avait identifiée comme responsable principal.
Je restai immobile.
« Il y a encore autre chose. »
Daniel regarda l’écran.
« Quoi ? »
Je pointai une ligne.
À côté du nom se trouvait une référence : « Dossier L-15 ».
Daniel pâlit.
« Non. »
« Qu’est-ce que ça signifie ? »
Il ne répondit pas.
« Daniel. »
Il s’assit.
« L-15, c’était le code de Lily. »
Le silence tomba dans la pièce.
Lily se rapprocha de l’écran.
« Pourquoi j’avais un code ? »
Daniel ferma les yeux.
« Parce qu’ils avaient commencé à te considérer comme une personne à surveiller. »
« À quel âge ? »
Il regarda la date.
« Avant ton premier anniversaire. »
Lily ne bougea plus.
Je posai une main sur son épaule.
« Tu n’étais qu’un bébé. »
« Je sais », répondit Daniel.
Sa voix se brisa légèrement.
« Et c’est justement pour cela que je n’ai jamais pu me le pardonner. »
Lily tourna lentement la tête vers lui.
« Ce n’était pas ta faute. »
Daniel la regarda, surpris.
« Tu n’avais pas le contrôle de ce qu’ils faisaient », ajouta-t-elle. « Mais tu aurais pu revenir. »
Il baissa les yeux.
« Oui. »
Je remarquai alors un document différent des autres.
Il ne contenait aucune liste.
Seulement une phrase.
« La personne qui détient L-15 détient la clé. »
Moreau fronça les sourcils.
« Que signifie cela ? »
Daniel se leva.
« Je ne sais pas. »
Je le regardai.
« Tu mens. »
Il resta silencieux.
« Tu viens de reconnaître le code. Maintenant tu me dis que tu ne sais pas ce qu’il signifie ? »
Il finit par soupirer.
« Je pensais que L-15 désignait Lily. »
« Et maintenant ? »
« Je pense que cela désignait quelque chose qu’elle possédait sans le savoir. »
Lily toucha son pendentif.
« Ça ? »
« Peut-être. »
Moreau ouvrit un autre fichier.
Une vidéo.
L’image tremblait.
Daniel y apparaissait quinze ans plus tôt.
Mais cette fois, il n’était pas seul.
À côté de lui se tenait le directeur.
Les deux hommes parlaient à voix basse.
« Pourquoi as-tu enregistré ça ? » demandai-je.
« Parce que je savais que je pouvais être suivi. »
Dans la vidéo, le directeur disait :
« Tu dois me donner la preuve. »
Daniel répondait :
« Elle ne m’appartient pas. »
« Elle appartient à personne. »
« Tu sais que c’est faux. »
Le directeur se rapprochait.
« Si tu ne me la donnes pas, ils viendront pour elle. »
Daniel regardait la caméra.
Puis il disait :
« Ils sont déjà venus. »
La vidéo s’arrêtait.
Lily resta silencieuse.
Moreau se tourna vers Daniel.
« Qui est “elle” ? »
« Ma fille. »
« Et qui sont “ils” ? »
« Ceux qui contrôlaient le réseau. »
Je regardai l’écran noir.
« Pourquoi le directeur menaçait-il Lily ? »
« Parce qu’il voulait que je cède. »
« Et tu n’as pas cédé. »
« Non. »
« Alors il a organisé ta disparition ? »
Daniel secoua lentement la tête.
« Pas lui seul. »
« Qui d’autre ? »
« La personne dont je vous ai parlé. »
Je pensai au nom qui apparaissait sur les fichiers.
Celui que je connaissais depuis des années.
« Elle savait pour le pendentif ? »
Daniel acquiesça.
« Oui. »
Lily retira la chaîne.
« Alors elle sait que je l’ai encore. »
Moreau se leva brusquement.
« Il faut considérer que le pendentif est compromis. »
À cet instant, le téléphone d’un agent sonna.
Il s’éloigna pour répondre.
Quelques secondes plus tard, il revint.
« Nous avons un problème. »
Moreau se tourna vers lui.
« Quoi ? »
« La personne dont nous parlons vient d’utiliser une ancienne carte bancaire. »
« Où ? »
Il donna une adresse.
Je reconnus immédiatement le quartier.
« C’est près de mon ancien bureau. »
Daniel se leva.
« Elle veut récupérer quelque chose. »
Moreau prit son manteau.
« Nous ne savons pas quoi. »
Je regardai Lily.
Elle tenait toujours le pendentif.
« Peut-être qu’elle veut ça. »
Daniel secoua la tête.
« Non. »
« Pourquoi ? »
« Parce que si elle voulait le pendentif, elle aurait essayé de te le prendre à Los Angeles. »
Je réfléchis.
« Alors qu’est-ce qu’elle cherche ? »
Daniel regarda la carte mémoire affichée sur l’écran.
« Une seconde partie de la preuve. »
« Où est-elle ? »
Il ne répondit pas.
Je compris immédiatement.
« Tu sais où elle est. »
« Oui. »
« Alors dis-le-nous. »
Il regarda Lily.
« Dans ta chambre. »
Elle ouvrit de grands yeux.
« Chez nous ? »
« Oui. »
« Où ? »
Daniel répondit :
« Dans quelque chose que tu avais quand tu étais petite. »
Je pensai à sa chambre.
À ses jouets.
À ses anciennes boîtes.
À tout ce que j’avais conservé.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Daniel hésita.
« Ton vieux coffre à jouets. »
Nous retournâmes à la maison sous escorte.
Lily courut directement vers sa chambre.
Le vieux coffre était toujours là, dans un coin du placard.
Elle souleva le couvercle.
À l’intérieur se trouvaient des peluches, des dessins, des vêtements d’enfant et quelques jouets cassés.
Daniel fouilla le fond.
Puis il sortit une petite boîte en bois.
« Je l’avais cachée ici avant de partir. »
Je le regardai.
« Tu avais accès à sa chambre ? »
« Ce soir-là. »
« Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ? »
« Parce que je ne savais pas si quelqu’un surveillait la maison. »
La boîte était fermée.
Daniel ne l’ouvrit pas.
Il la tendit à Lily.
« C’est à toi. »
Elle l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une deuxième clé USB.
Mais avant que Moreau puisse la prendre, toutes les lumières de la maison s’éteignirent.
Un bruit de verre brisé retentit dans le couloir.
Lily cria.
Les agents sortirent immédiatement leurs lampes.
Puis une voix surgit dans l’obscurité.
« Vous avez trouvé la moitié. »
Daniel se figea.
La voix continua :
« Mais vous n’avez aucune idée de ce que vous venez de réveiller. »
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 10 : Dans l’obscurité de notre maison, une voix inconnue révéla que la disparition de Daniel n’avait jamais été l’objectif final
Quand ma fille est rentrée de Los Angeles, son silence m’a fait comprendre que quelque chose avait terriblement mal tourné
Part 9 of 15

One Comment on “PARTIE 9 – Le pendentif que Lily portait depuis son enfance cachait enfin la preuve que tous les ennemis de son père recherchaient”