Personne ne bougea.
Le téléphone de Lily continuait de vibrer sur la table.
Le nom de Daniel apparaissait à l’écran.
Daniel sortit son propre appareil.
Il n’avait passé aucun appel.
« Ne décroche pas », dit-il.
Lily regarda sa mère.
« Mais c’est son numéro. »
« Je sais. »
Moreau prit le téléphone.
« Il peut s’agir d’une usurpation du numéro. »
Elle refusa l’appel.
Quelques secondes plus tard, un message vocal apparut.
Nous l’écoutâmes tous.
Aucun mot.
Seulement un souffle.
Puis trois coups.
Trois coups rapides.
Deux coups.
Le même signal que celui utilisé par Daniel devant notre maison.
Il ferma les yeux.
« Ce n’est pas moi. »
« Qui d’autre le connaît ? » demanda Moreau.
« Personne qui devrait être encore en possession de ce code. »
Lily demanda :
« Alors comment l’ont-ils appris ? »
Daniel ne répondit pas.
Je compris qu’il cachait quelque chose.
« Daniel. »
Il me regarda.
« Quoi ? »
« Tu viens de dire que personne ne connaissait ce signal. »
« Je sais. »
« Alors quelqu’un qui te connaît depuis longtemps l’a appris. »
Il resta silencieux.
« Qui ? »
Il finit par répondre :
« Le directeur. »
La pièce sembla devenir plus petite.
Moreau se redressa.
« Vous êtes certain ? »
« Je lui avais donné ce signal il y a des années. »
« Pourquoi ? »
« Pour nous reconnaître sans téléphone. »
« Vous faisiez donc partie du même réseau. »
Daniel acquiesça.
« À l’époque, je pensais que nous pouvions nous faire confiance. »
Je regardai Lily.
« Tu comprends maintenant pourquoi je t’ai demandé de ne faire confiance à personne ? »
Elle hocha la tête.
Puis elle regarda son téléphone.
« Il y a un nouveau message. »
Nous nous rapprochâmes.
Il disait :
« Vous avez encore deux heures. »
Aucune précision.
Aucune menace.
Seulement cette phrase.
Moreau consulta sa montre.
« Deux heures avant quoi ? »
Daniel répondit :
« Avant qu’ils passent à l’étape suivante. »
« Vous savez ce que cela signifie ? »
« Non. »
Mais son visage disait le contraire.
Je le pris à part.
« Qu’est-ce que tu ne me dis pas ? »
« Rien. »
« Daniel. »
Il détourna les yeux.
« Il y a une partie de l’histoire que je ne t’ai jamais racontée. »
« Je m’en doutais. »
« Quand j’ai découvert ce réseau, je n’ai pas seulement trouvé des noms. J’ai trouvé des preuves concernant quelqu’un de très proche de nous. »
Je restai immobile.
« Qui ? »
Il ne répondit pas.
« Qui ? »
« Quelqu’un que tu connais depuis longtemps. »
Mon cœur accéléra.
« Quelqu’un de ma famille ? »
« Non. »
« Un ami ? »
« Non. »
« Alors qui ? »
Il finit par dire :
« Quelqu’un de ton travail. »
Je pensai immédiatement à plusieurs personnes.
« Pourquoi cette personne serait-elle impliquée ? »
« Parce qu’elle transmettait des informations sur toi. »
Je reculai.
« Depuis combien de temps ? »
« Avant même la naissance de Lily. »
Je compris pourquoi l’homme de l’hôtel avait connu mon lieu de travail.
Pourquoi certaines informations personnelles avaient circulé.
Pourquoi le directeur avait su tant de choses.
Tout ne venait peut-être pas de l’école.
Une partie venait de ma propre vie.
Moreau revint avec plusieurs agents.
« Nous avons vérifié les communications liées au numéro utilisé pour contacter Lily. »
« Et ? »
« Il a été activé récemment. »
« Par qui ? »
« Impossible à déterminer pour le moment. »
Elle posa une feuille devant nous.
« Mais l’appareil a communiqué avec un numéro enregistré au nom d’une ancienne société de sécurité. »
Daniel regarda le document.
« Ils utilisent encore cette infrastructure. »
« Vous en êtes sûr ? »
« Oui. »
Moreau se tourna vers moi.
« Nous avons besoin de votre coopération complète. »
« Vous l’avez. »
« Alors nous devons vous mettre à l’abri. »
Je regardai Lily.
« Elle aussi ? »
« Surtout elle. »
Lily secoua la tête.
« Je ne veux plus fuir. »
Moreau la regarda.
« Ce n’est pas fuir. C’est vous protéger. »
« Ils me retrouveront. »
Daniel répondit :
« Ils ont déjà réussi une fois. »
Lily le fixa.
« Alors aide-nous à les arrêter. »
Daniel resta silencieux.
Puis il prit la clé USB.
« Il existe un dernier fichier. »
Moreau fronça les sourcils.
« Où ? »
« Je ne pouvais pas l’ouvrir seul. »
« Pourquoi ? »
Daniel regarda Lily.
« Parce qu’il faut son ancien mot de passe. »
Lily fronça les sourcils.
« Je n’en ai jamais eu. »
« Si. »
« Quand ? »
« Quand tu étais petite. »
Je compris.
« Quel mot de passe ? »
Daniel me regarda.
« Le surnom que tu lui donnais quand elle avait trois ans. »
Lily réfléchit.
Puis elle murmura :
« Lili-Lune. »
Daniel acquiesça.
Nous entrâmes le mot.
Le fichier s’ouvrit.
Une vidéo apparut.
Daniel jeune y était assis face à la caméra.
Je reconnus immédiatement la pièce.
C’était notre ancienne maison.
La vidéo avait été enregistrée peu avant sa disparition.
Je regardai mon propre visage apparaître brièvement derrière lui.
Puis Daniel s’adressa à la caméra.
« Si quelqu’un regarde ceci, c’est que je n’ai pas réussi à revenir. »
Je sentis ma gorge se serrer.
« Je ne peux pas expliquer tout ce qui s’est passé ici sans mettre ma famille en danger. Mais une chose doit être claire : je ne les ai jamais abandonnées. »
Lily s’approcha de l’écran.
La vidéo continua.
Daniel expliquait qu’il avait découvert que certaines personnes de son entourage transmettaient des informations personnelles à une organisation privée.
Il avait tenté de réunir des preuves.
Le directeur faisait partie des personnes impliquées.
Mais il n’était pas le responsable principal.
Cette phrase nous fit tous nous regarder.
« Alors qui l’était ? » demanda Lily.
La vidéo donna la réponse.
Daniel prononça un nom.
Je le reconnus immédiatement.
Je portai une main à ma bouche.
C’était une personne que j’avais vue presque chaque semaine pendant des années.
Une personne que je n’avais jamais soupçonnée.
La vidéo continuait.
« Cette personne connaît ma femme. Elle connaît notre maison. Elle connaît le travail de ma femme. Et elle connaît Lily depuis sa naissance. »
Je sentis mes jambes trembler.
« Si elle revient vers vous », disait Daniel, « ne lui faites pas confiance. »
La vidéo s’arrêta.
Plus personne ne parla.
Moreau demanda :
« Vous connaissez cette personne ? »
Je répondis :
« Oui. »
« Où est-elle aujourd’hui ? »
Je réfléchis.
« Je ne sais pas. »
Puis je compris.
Elle avait quitté son emploi quelques mois plus tôt.
Sans explication.
Elle avait déménagé.
Et depuis plusieurs années, elle avait conservé un contact régulier avec ma famille.
Lily demanda :
« Pourquoi cette personne voudrait-elle me surveiller ? »
Daniel répondit :
« Parce qu’elle pensait que tu finirais par retrouver ce que ton père avait caché. »
« Mais je ne savais même pas que ça existait. »
« Elle le savait. »
Moreau consulta son téléphone.
Son expression changea.
« Nous avons une adresse. »
« Laquelle ? »
Elle nous la montra.
Je reconnus immédiatement l’endroit.
L’ancienne maison de ma mère.
Une maison vide depuis des années.
Je regardai Daniel.
« Qu’est-ce qu’il y a là-bas ? »
Il répondit :
« La première cachette. »
« De quoi ? »
« Des documents originaux. »
Nous décidâmes de nous y rendre sous escorte.
Pendant le trajet, Lily ne parla presque pas.
Elle regardait son reflet dans la vitre.
Je posai ma main sur la sienne.
« Ça va ? »
« Non. »
Je serrai doucement ses doigts.
« C’est normal. »
« Je viens de découvrir que papa était vivant, que quelqu’un me surveillait depuis des années et que des gens de notre entourage nous mentaient. »
« Oui. »
« Je ne sais plus à qui faire confiance. »
Je regardai Daniel devant nous.
« Moi non plus. »
La voiture s’arrêta devant la maison.
Le portail était entrouvert.
Moreau fit signe aux agents d’attendre.
Deux policiers avancèrent.
Puis l’un d’eux revint.
« La porte est ouverte. »
Daniel ferma les yeux.
« Ils sont déjà venus. »
Nous entrâmes.
La maison sentait la poussière et le bois humide.
Tout semblait abandonné.
Mais dans le salon, un tiroir était ouvert.
Une chaise avait été déplacée.
Quelqu’un avait fouillé récemment.
Moreau inspecta les pièces.
Daniel nous conduisit vers une petite chambre.
Il s’agenouilla devant une ancienne armoire.
« Ici. »
Il retira une planche.
Derrière se trouvait un compartiment vide.
Je le regardai.
« Ils ont pris les documents. »
Daniel hocha la tête.
Puis Lily remarqua quelque chose.
« Là. »
Elle montra le sol.
Un petit morceau de papier dépassait sous l’armoire.
Je le ramassai.
Une phrase y était écrite.
« Le père n’est pas la clé. »
Je regardai Daniel.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Il ne répondit pas.
Lily s’approcha.
« Et si ce n’était pas papa qu’ils cherchaient depuis quinze ans ? »
Je la regardai.
Daniel devint pâle.
Il comprit avant moi.
« Lily… »
Elle continua :
« Et si c’était ce que papa avait laissé derrière lui ? »
Daniel hocha lentement la tête.
« Oui. »
« Qu’est-ce qu’il a laissé ? »
Il regarda sa fille.
Puis moi.
« Quelque chose que personne n’a jamais réussi à retrouver. »
« Où est-ce ? »
Daniel resta silencieux.
Puis son regard se posa sur le pendentif que Lily portait autour du cou.
Je suivis son regard.
Lily porta instinctivement la main à son cou.
« Quoi ? »
Daniel murmura :
« Ce pendentif. »
Lily recula.
« Qu’est-ce qu’il a ? »
« Je te l’ai donné quand tu étais bébé. »
« Je sais. »
« Mais je ne te l’ai pas donné seulement comme souvenir. »
Elle resta immobile.
« Alors pourquoi ? »
Daniel répondit :
« Parce que ce qu’ils cherchent depuis quinze ans est à l’intérieur. »
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 9 : Le pendentif que Lily portait depuis son enfance cachait enfin la preuve que tous les ennemis de son père recherchaient
Quand ma fille est rentrée de Los Angeles, son silence m’a fait comprendre que quelque chose avait terriblement mal tourné
Part 8 of 15
