PARTIE 11 – Julian avait préparé une dernière négociation dans le bureau de son père, mais Nora lui avait laissé un piège qu’il ignorait encore

Tout se passa ensuite très vite.

Reeves verrouilla l’étage.

Les agents vérifièrent les sorties.

Une caméra du couloir montra Salgado quittant la salle onze minutes plus tôt, téléphone à l’oreille. Il avait reçu un appel, puis était descendu seul par l’escalier de service.

« Pourquoi serait-il parti ? » demandai-je.

Reeves fit vérifier son téléphone.

La réponse arriva presque immédiatement.

Un message avait été envoyé depuis le numéro de sa fille.

« Papa, quelqu’un est chez moi. Aide-moi. »

Le numéro était falsifié.

Sa fille, elle, se trouvait en sécurité dans un commissariat de Madison.

Salgado avait été attiré dehors.

« Ils savaient qu’il était ici », dit Arthur.

Sarah pâlit.

« Comment ? »

Reeves se tourna vers tous les appareils.

« Nous cherchons. »

Je pensai au petit téléphone gris.

Julian possédait peut-être encore des moyens de surveillance que nous ne connaissions pas.

La photographie de Salgado avait été prise dans le bureau de Richard, dans l’ancienne maison familiale où Julian et moi vivions depuis notre mariage. Je reconnus la bibliothèque, la grande fenêtre et le tapis persan que Nora avait toujours détesté.

« Ils veulent que j’y aille. »

« Ils veulent que vous croyiez que vous devez y aller », corrigea Reeves.

« Salgado est là. »

« Peut-être. »

Je regardai la photo.

« C’est bien lui. »

« La photo peut dater de quelques minutes. Elle peut aussi être destinée à vous faire sortir avant que nous soyons prêts. »

Il organisa l’intervention.

Pas de négociation directe.

Pas de déplacement de ma part.

Je savais qu’il avait raison.

Pourtant, lorsqu’un nouveau message arriva, mon sang se glaça.

Une vidéo.

Salgado était conscient.

Ethan se tenait derrière lui.

Julian n’apparaissait pas.

La voix de mon mari parlait hors champ.

« Evelyn, tu veux les réponses ? Alors arrête de laisser Arthur et les fédéraux écrire ton histoire à ta place. Viens à la maison. »

Puis Salgado leva les yeux vers la caméra.

Avant qu’Ethan coupe, il articula quelque chose sans son.

Trois mots.

Je repassai la vidéo.

« Sous le bureau. »

Arthur se pencha.

« Vous êtes sûre ? »

Je relançai.

Salgado bougeait clairement les lèvres.

Sous.

Le.

Bureau.

Je connaissais ce bureau.

Richard l’avait fait fabriquer sur mesure.

Après sa mort, Julian avait voulu le remplacer.

Nora avait refusé.

« Il y a quelque chose dessous. »

Reeves fit agrandir les anciens plans de la maison.

Arthur réfléchissait.

Puis son visage changea.

« Le dictaphone de Richard. »

Je le regardai.

« Quoi ? »

« Richard enregistrait ses réunions importantes. Il avait un système caché sous le plateau. Nora me l’avait dit autrefois. »

« Il fonctionne encore ? »

« Je l’ignore. »

Sarah retrouva une facture de maintenance datant de trois ans.

Le système avait été remis en état.

Par ordre de Nora.

Je ressentis une poussée d’espoir.

Si la pièce enregistrait encore…

Reeves contacta son équipe technique.

Le système utilisait un stockage local relié à un module inaccessible depuis le réseau principal.

« Peut-on y accéder à distance ? »

« Non. »

Arthur souffla : « Ce qui explique pourquoi Ethan n’a pas pu le supprimer. »

Reeves ordonna aux agents d’accélérer l’intervention.

Pendant ce temps, Julian envoya un nouveau message.

« Vingt minutes. Après, je ne garantis plus rien. »

Je répondais presque.

Reeves m’arrêta.

« Pas encore. »

« Il va faire du mal à Salgado. »

« Il pourrait le faire même si vous y allez. »

Je le savais.

C’était cela, le pire.

Obéir à Julian n’avait jamais réellement garanti quoi que ce soit.

La seule chose que l’obéissance lui avait donnée, pendant des années, c’était davantage de contrôle.

Dix minutes plus tard, les équipes étaient en position autour de la maison.

Reeves me fit écouter la radio.

Pas par spectacle.

Parce qu’il voulait que je sache qu’ils agissaient.

Une unité entra par le garage.

Une autre passa par le jardin.

Aucune réponse à la porte principale.

Puis un bruit sec.

Entrée forcée.

Je retenais mon souffle.

« Rez-de-chaussée clair. »

Quelques secondes.

« Cuisine claire. »

Puis :

« Mouvement à l’étage. »

Je serrai les doigts autour de la clé d’argent.

Un agent annonça :

« Homme armé dans le couloir. »

Puis plusieurs ordres criés.

Un fracas.

Silence.

Reeves demanda : « Situation ? »

La réponse mit trop longtemps.

« Suspect interpellé. Ethan Vale en garde. »

Je fermai les yeux.

« Et Julian ? »

Personne ne répondit.

L’équipe atteignit le bureau de Richard.

Salgado était là.

Attaché.

Vivant.

Mais Julian avait disparu.

Une porte secondaire du bureau donnait sur un petit escalier menant à la bibliothèque inférieure.

Je le savais.

Reeves demanda aux agents de fouiller la propriété.

Quelques minutes plus tard, ils trouvèrent une fenêtre ouverte dans la serre.

Julian s’était enfui.

Je regardai le sol.

Arthur posa une main sur la table.

« Il ne peut pas aller loin. »

Mais je connaissais Julian.

Quand il abandonnait un plan, il en avait souvent déjà préparé un autre.

Salgado fut transporté à l’hôpital. Il avait reçu un coup à la tête, mais restait conscient.

Ethan refusa de parler.

Le bureau fut scellé.

Et sous le plateau, les agents trouvèrent effectivement un système d’enregistrement.

Il fonctionnait.

Le dernier fichier datait de moins d’une heure.

Nous l’écoutâmes après que les techniciens eurent créé une copie.

La voix de Julian.

« Tu aurais dû rester au Wisconsin. »

Salgado : « Vous allez encore prétendre que tout ceci est une erreur ? »

Julian : « Je vais prétendre ce que les preuves permettent de prouver. »

Puis Ethan.

« Arrête de parler. »

Julian : « Ça n’a plus d’importance. Ils ont déjà la moitié du dossier. »

Salgado : « Et Nora avait l’autre moitié. »

Silence.

Puis Julian : « Ma mère n’a jamais su s’arrêter. »

Salgado : « Elle avait raison pour Richard ? »

Un long silence.

Je cessai de respirer.

Julian répondit enfin :

« Mon père allait détruire l’entreprise. »

Arthur porta une main à sa bouche.

Salgado : « Ce n’est pas une réponse. »

Julian : « Il prenait des décisions irrationnelles. Il voulait vendre. Licencier la moitié du conseil. Tout casser parce qu’il pensait être le seul à comprendre. »

Salgado : « Vous avez modifié ses médicaments ? »

Silence.

Puis Julian : « Je n’ai jamais voulu qu’il meure. »

La pièce entière se figea.

Il poursuivit.

« Je voulais qu’il soit hospitalisé. Qu’il soit déclaré temporairement incapable. C’était tout. »

Je sentis une nausée froide.

« Mais il est mort », dit Salgado.

Julian ne répondit pas pendant plusieurs secondes.

Puis : « Oui. »

Salgado demanda : « Et Nora ? »

Cette fois, Julian s’énerva.

« Ma mère savait ce qui s’était passé avec mon père. Ou croyait le savoir. Elle allait rouvrir tout ça, détruire l’entreprise, Evelyn, moi, tout. »

Salgado : « Alors vous avez recommencé. »

« Non. »

« Les analyses disent le contraire. »

Julian : « Ethan gérait le service médical. »

Un bruit brusque.

Ethan : « Fais attention. »

Julian : « Tu voulais que je dise quoi ? Que j’ai personnellement versé chaque dose ? Ce n’est pas arrivé. »

Ethan : « Tu m’as donné des instructions. »

Silence total.

Arthur regarda Reeves.

C’était la première fois qu’Ethan lui-même disait quelque chose d’aussi direct.

Julian répondit plus bas :

« Je t’ai demandé de garder la situation sous contrôle. »

Ethan ricana.

« Tu m’as dit qu’elle ne devait pas arriver au conseil avec ses preuves. »

« Je n’ai jamais dit de la tuer. »

« Tu n’avais pas besoin de le dire. »

Un bruit de chaise.

Salgado : « Voilà donc pourquoi vous m’avez amené ici. Vous avez besoin d’un autre responsable. »

Julian : « J’ai besoin que vous signiez une déclaration disant que les variations de dosage peuvent venir d’erreurs de personnel. »

Salgado : « Non. »

Julian : « Votre fille— »

Salgado : « Elle est protégée maintenant. »

Puis le son d’un choc.

Probablement le coup qu’il avait reçu.

L’enregistrement continua.

Ethan demanda : « Et Evelyn ? »

Mon cœur s’arrêta presque.

Julian répondit : « Elle est devenue incontrôlable. »

Ethan : « Elle a les documents. »

Julian : « Pas tous. »

« Assez. »

« Si elle divorce maintenant, elle peut témoigner. Si elle reste ma femme, certaines choses deviennent plus compliquées. »

Arthur murmura : « Il comptait utiliser le mariage comme protection. »

Mais Ethan posa une autre question.

« Et si elle refuse de rentrer ? »

Julian répondit :

« Alors il faut qu’on la fasse passer pour instable, complice ou coupable. Peu importe lequel. »

Je fermai les yeux.

Tout ce qu’il avait fait prenait une forme complète.

Les faux enregistrements.

Les garanties.

La présentation au conseil.

Il ne préparait pas seulement ma ruine financière.

Il préparait plusieurs versions de ma culpabilité.

L’enregistrement se termina quand les agents commencèrent à entrer.

Reeves resta silencieux.

Puis il dit : « Cela change considérablement la situation. »

« Vous avez ce qu’il vous faut ? »

« Nous avons davantage. »

« Pour Julian ? »

« Oui. »

Une alerte arriva.

Un véhicule appartenant à une filiale de Vance Freight venait de passer un péage au sud de Chicago.

Conducteur non identifié.

Direction : Indiana.

Arthur demanda : « Il fuit ? »

Reeves regarda l’écran.

« Peut-être. »

Puis Sarah reçut un appel.

Elle décrocha.

Son visage blanchit.

« Le centre de données secondaire de Vance Freight vient de perdre son alimentation. »

« Panne ? »

« Non. Coupure manuelle. »

Elle regarda Reeves.

« Julian a encore un objectif. »

« Lequel ? »

Sarah avala difficilement.

« Le système de paie, les fonds de retraite et les registres de dettes. »

Je compris.

S’il ne pouvait pas sauver son entreprise, il pouvait encore la faire tomber.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 12 : En fuite, Julian tenta d’emporter l’entreprise avec lui, tandis qu’Evelyn découvrit que sa dernière cible n’était plus l’argent mais Nora elle-même

Story Parts

À la trente et unième sonnerie, une voix inconnue répondit pendant que Nora comprenait enfin pourquoi son fils ne viendrait pas

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