PARTIE 4 – L’homme que tout le monde croyait mort tenait mon nouveau-né dans ses bras, mais son regard révéla un secret encore plus ancien

Je restai devant l’écran noir.

Pendant plusieurs secondes, personne ne parla.

Le téléphone de Grace était toujours dans ma main.

L’image avait disparu, mais le visage de Victor demeurait imprimé dans mon esprit.

Mon père était vivant.

Et il tenait mon fils.

Marcus fut le premier à bouger.

« Julian. »

Je ne répondis pas.

Je regardais la boîte à musique.

Elle continuait de jouer doucement, comme si rien n’avait changé.

Je pensai à Grace.

À son ventre arrondi.

À la chambre du bébé.

À toutes les fois où elle m’avait demandé de rentrer.

Puis une autre pensée apparut.

Pourquoi Victor avait-il dit que j’arrivais trop tard ?

Je repris la lettre de Grace.

La phrase sur mes yeux n’était pas une métaphore.

Elle avait vu quelque chose.

Quelque chose qu’elle avait jugé assez important pour me laisser un indice plutôt que de tout expliquer.

« Marcus. »

Il se rapprocha.

« Quoi ? »

« Relis la lettre de ton père. »

Il sortit les pages de sa poche.

Nous les relûmes sous la lumière froide de la salle.

Richard parlait de Sophie.

De Victor.

De l’enfant disparu.

Mais il évoquait également une personne qui avait passé des années à reconstruire les apparences de la famille.

L’architecte.

Un homme qui ne se contentait pas de tuer.

Il préparait les événements longtemps à l’avance.

Je regardai Marcus.

« Victor disait que Richard était mort. Richard disait que Victor était responsable de la disparition de Sophie. »

« Et maintenant ils sont tous les deux peut-être vivants. »

Je hochai la tête.

« Quelqu’un ment encore. »

Un bruit de pas résonna dans le couloir.

Nous levâmes nos armes.

La docteure Morrison apparut.

Elle tenait les mains levées.

« Ne tirez pas. »

Marcus pointa son arme.

« Vous saviez que Victor était vivant. »

Elle hésita.

« Je savais qu’un homme utilisant son identité avait accès à cette clinique. »

« Ce n’est pas une réponse. »

« Parce que je n’ai pas toute la réponse. »

Je m’approchai.

« Où est Grace ? »

La docteure baissa les yeux.

« Elle a été emmenée avant que je puisse intervenir. »

« Par qui ? »

« Des hommes travaillant pour quelqu’un qui finance cette clinique depuis des années. »

« Victor ? »

Elle secoua la tête.

« Je ne peux pas vous le confirmer. »

Je regardai les traces de sang sur le sol.

« Elle a accouché ici. »

« Oui. »

« Le bébé est né vivant ? »

Elle marqua une pause.

« Oui. »

Ce seul mot me traversa comme une décharge.

Mon fils était vivant.

Mais Grace ?

« Où est-elle maintenant ? »

« Je ne sais pas. »

Marcus abaissa légèrement son arme.

« Qui vous a ordonné de ne rien dire ? »

La docteure regarda vers l’escalier.

« Je ne peux pas vous aider davantage. »

« Vous pouvez », répondis-je. « Vous avez simplement peur. »

Elle ne répondit pas.

Je me dirigeai vers le couloir où Grace avait disparu.

Une porte de service était ouverte.

Derrière, une rampe descendait vers le garage souterrain.

Nous suivîmes le passage.

Une odeur de carburant flottait dans l’air.

Au sol, je trouvai quelque chose.

Un petit morceau de tissu bleu.

La couverture du bébé.

Je le ramassai.

« Ils sont partis par ici. »

Nous courûmes vers la sortie.

Une porte extérieure battait dans le vent.

Au-delà, les traces de pneus disparaissaient dans la pluie.

Marcus regarda sa montre.

« Ils ont au moins vingt minutes d’avance. »

« Alors on les rattrapera. »

Il me regarda.

« Avec quoi ? Les véhicules de la clinique ont été retirés. »

Je pensai à la propriété.

À l’hélicoptère.

Aux réseaux de sécurité.

Puis je compris que tout avait été préparé pour nous empêcher de sortir.

« Arthur. »

Marcus serra la mâchoire.

« Il savait. »

« Et il nous a conduits ici. »

Nous retournâmes dans la clinique.

La docteure Morrison avait disparu.

Dans la salle d’accueil, le corps d’Eleanor reposait toujours derrière le pilier.

Je m’agenouillai une dernière fois.

Je ne savais plus quoi penser de ma mère.

Elle m’avait menti.

Elle avait enfermé Grace.

Elle avait manipulé la vérité.

Mais au dernier moment, elle avait pris une balle destinée à me tuer.

Je retirai doucement la bague de sa main.

Puis je me relevai.

Marcus me regardait.

« Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »

Je regardai l’entrée.

« On rentre à la propriété. »

« Pourquoi ? »

« Parce que quelque chose y est caché. »

Je repensai à la promesse de Grace.

À la phrase écrite sur le mur.

Ne crois pas ta mère.

Elle n’avait pas écrit :

Ne fais confiance à personne.

Elle avait ciblé Eleanor.

Parce qu’à ce moment-là, elle croyait encore que ma mère était la menace.

Mais ensuite, elle avait quitté la propriété avec Arthur.

Cela signifiait qu’elle avait découvert quelque chose entre-temps.

Quelque chose concernant Victor.

Nous reprîmes la route avant l’aube.

La pluie s’était transformée en bruine.

Lorsque nous arrivâmes à la propriété, toutes les lumières étaient éteintes.

La grille principale était ouverte.

Je descendis du véhicule.

Pas de gardes.

Pas d’Arthur.

Pas de mouvement.

Nous entrâmes.

Le grand hall avait changé.

Des tiroirs étaient ouverts.

Des dossiers avaient été arrachés des meubles.

Dans l’aile est, une odeur de papier brûlé flottait encore.

Marcus regarda les cendres.

« Arthur a essayé d’effacer les archives. »

« Il n’a pas eu le temps de tout détruire. »

Nous fouillâmes la salle des archives.

Derrière une armoire renversée, je remarquai une section du parquet légèrement plus claire.

Je m’agenouillai.

« Ici. »

Marcus m’aida à soulever les planches.

Sous le bois se trouvait une boîte métallique.

À l’intérieur, plusieurs documents étaient enveloppés dans une toile imperméable.

Le premier portait le nom de Sophie.

Le second, celui de Victor.

Le troisième me fit arrêter de respirer.

Julian Vance.

Je l’ouvris.

Il ne s’agissait pas d’un acte de naissance.

C’était un rapport médical.

La date correspondait à mon enfance.

Une phrase avait été soulignée.

Identité biologique non conforme au dossier familial officiel.

Je relus la ligne.

Puis une autre.

L’échantillon de référence provenait d’une personne enregistrée sous le nom de Sophie.

Je regardai Marcus.

« Je suis son fils. »

Il resta silencieux.

Puis il prit un second document.

« Et moi aussi. »

Nous nous regardâmes.

Les documents indiquaient que Sophie avait eu des jumeaux.

Deux garçons.

L’un avait été déclaré perdu.

L’autre avait été confié à Victor.

Pendant quelques secondes, aucune parole ne fut nécessaire.

Nous étions frères.

Mais cette découverte soulevait une question plus terrible.

Pourquoi Victor avait-il élevé l’un de nous comme son fils tout en gardant l’autre dans l’ombre ?

Marcus retourna la dernière page.

Son visage changea.

« Julian… »

« Quoi ? »

Il me tendit le document.

Il y avait une note récente.

Écrite quelques jours auparavant.

Le nouvel héritier sera présenté à la famille dès que la mère sera sous contrôle.

Je sentis mon sang se glacer.

« Victor ne veut pas seulement l’enfant. »

Marcus releva les yeux.

« Il veut l’héritier. »

« Et Grace ? »

« Elle est le seul témoin qui puisse expliquer comment ils l’ont obtenu. »

Je serrai les documents.

À ce moment précis, mon téléphone vibra.

Un message.

Numéro inconnu.

Une photographie venait d’être envoyée.

Grace était assise à l’arrière d’un véhicule.

Son visage était épuisé.

Mais elle était vivante.

Dans ses bras, notre fils dormait.

Sous la photo, une seule phrase :

Tu veux récupérer ta famille ? Viens seul.

Marcus regarda l’écran.

« Tu ne vas pas y aller seul. »

Je levai les yeux.

« Non. »

Je rangeai le téléphone.

« Je vais faire exactement ce qu’ils attendent. »

Marcus comprit immédiatement.

« Et ensuite ? »

Je regardai les documents sur la table.

Les mensonges de la famille Vance venaient enfin de prendre une forme.

Je savais désormais qui était Sophie.

Je savais que Marcus était mon frère.

Je savais que Victor était vivant.

Je savais que Grace et mon fils étaient entre leurs mains.

Mais je ne savais toujours pas pourquoi Victor avait besoin de moi.

Et cette question était devenue plus dangereuse que toutes les autres.

Je pliai les documents et les glissai dans ma veste.

À l’extérieur, le ciel commençait à pâlir.

Pour la première fois depuis mon retour, je ne cherchais plus simplement Grace.

Je préparais la confrontation qui allait décider de l’avenir de toute la famille Vance.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Je décidai d’accepter le rendez-vous seul, mais avant de partir, un message de Grace révéla que le véritable piège était déjà en train de se refermer

Story Parts

À une heure dix-sept, je croyais retrouver ma femme à la maison ; à la place, un silence impossible m’attendait derrière la porte de la chambre

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