Nous trouvâmes refuge dans une petite station abandonnée à quelques kilomètres de la forêt.
Grace avait cessé de parler.
Elle tenait notre fils contre elle et regardait régulièrement vers la fenêtre.
Marcus, lui, essayait de joindre Richard.
Aucune réponse.
Je savais que nous ne pouvions pas retourner immédiatement.
Les hommes qui avaient attaqué la maison nous avaient probablement vus.
Et le message prouvait qu’ils voulaient nous faire croire que Richard avait été capturé.
Je pris le téléphone.
« Sophie peut nous aider. »
Grace leva les yeux.
« Elle a peut-être été obligée de nous donner cette piste. »
« Peut-être. »
« Tu n’en sais rien. »
« Non. »
Je m’assis devant elle.
« Mais je sais une chose. Elle aurait pu nous laisser mourir. Elle ne l’a pas fait. »
Grace regarda notre enfant.
« Alors il faut la retrouver avant eux. »
Un véhicule apparut sur la route.
Nous nous cachâmes.
Il passa sans ralentir.
Quelques minutes plus tard, le téléphone de Marcus sonna.
Cette fois, c’était Sophie.
Elle donna une nouvelle adresse.
Une petite chapelle abandonnée au bord d’un lac.
Nous nous y rendîmes à pied.
Lorsque nous arrivâmes, le soleil était déjà haut.
La porte de la chapelle s’ouvrit avant même que nous frappions.
Une femme âgée se tenait dans l’embrasure.
Grace s’arrêta.
Elle ne respirait presque plus.
Sophie leva les yeux vers elle.
« Grace. »
Grace avança lentement.
« Maman. »
Elles se regardèrent pendant quelques secondes.
Puis Grace la prit dans ses bras.
Sophie éclata en sanglots.
Je restai en retrait.
Ce moment leur appartenait.
Après plusieurs minutes, Sophie regarda le bébé.
« Ton fils. »
Grace hocha la tête.
« Oui. »
Sophie s’approcha.
Elle toucha doucement la joue du nouveau-né.
« Il a les yeux de Julian. »
Je regardai ses mains trembler.
« Vous saviez que nous étions frères ? »
Sophie se tourna vers moi.
« Oui. »
Marcus entra.
Elle le regarda longuement.
« Et toi aussi. »
Marcus avait les yeux brillants.
« Pourquoi nous avoir séparés ? »
Sophie baissa la tête.
« Parce que je pensais vous sauver. »
Elle expliqua que Victor avait découvert sa grossesse tardivement.
Lorsqu’il avait compris qu’elle attendait des jumeaux, il avait décidé que l’un des enfants serait élevé comme héritier.
L’autre devait disparaître des registres.
Richard avait essayé de l’aider.
Eleanor aussi.
Mais Victor avait utilisé leurs faiblesses contre eux.
Sophie avait alors accepté de laisser l’un des enfants partir avec Victor, pensant qu’il serait protégé.
« Lequel ? » demanda Marcus.
Sophie répondit :
« Julian. »
Je restai immobile.
Toute ma vie venait de prendre une nouvelle forme.
« Pourquoi moi ? »
« Parce que Victor avait déjà décidé de faire de toi son héritier. Si je refusais, il menaçait de tuer ton frère. »
Marcus ferma les yeux.
Sophie se tourna vers lui.
« Je t’ai confié à une famille qui ne connaissait pas ton origine. »
« Et tu ne m’as jamais cherché ? »
« J’ai essayé. »
« Pourquoi n’as-tu pas réussi ? »
« Parce qu’Adrian me surveillait. »
Le nom fit changer son expression.
« Adrian savait tout. »
Elle expliqua qu’Adrian avait falsifié les documents de naissance et organisé les premiers transferts d’argent.
Mais il n’avait pas agi uniquement pour l’héritage.
Il avait un objectif personnel.
Il voulait prendre le contrôle du groupe Vance après la mort de Victor.
Pour cela, il avait besoin que Julian reste l’héritier officiel.
Puis il voulait utiliser le lien biologique de l’enfant de Julian pour verrouiller définitivement la succession.
« Et Grace ? » demandai-je.
Sophie la regarda.
« Adrian savait que Grace était ma fille. »
Grace se raidit.
« Il savait ? »
« Oui. »
« Alors pourquoi m’avoir laissée vivre ? »
Sophie répondit doucement :
« Parce qu’il avait besoin de toi pour accéder à Julian. »
Je sentis la colère monter.
« Il a organisé notre rencontre ? »
Sophie hésita.
« Pas entièrement. »
« Mais il savait. »
« Oui. »
Grace recula.
« Toute notre vie… »
Sophie prit sa main.
« Je suis désolée. »
Grace retira doucement sa main.
« Ce n’est pas à vous de décider ce que je dois ressentir. »
Sophie baissa les yeux.
Je compris que Grace avait besoin de temps.
Mais nous n’en avions pas.
Marcus demanda :
« Où est Adrian maintenant ? »
Sophie regarda vers le lac.
« Il possède un centre de soins privé à quarante kilomètres d’ici. »
Je pensai immédiatement à Bennett.
« La clinique. »
Sophie hocha la tête.
« Bennett travaille pour lui. »
Je demandai :
« Et Richard ? »
Son visage changea.
« Richard a été capturé. »
Marcus se tendit.
« Où ? »
« Adrian l’a emmené dans l’ancienne usine de traitement au sud du lac. »
Nous savions désormais où aller.
Mais Sophie posa une main sur mon bras.
« Julian, tu ne dois pas seulement sauver Richard. »
« Je sais. »
« Non. Tu ne comprends pas. »
Elle ouvrit un tiroir.
À l’intérieur se trouvait une enveloppe.
« Adrian possède les documents originaux. »
« Ceux qui prouvent notre naissance ? »
« Oui. »
« Alors il faut les récupérer. »
Sophie secoua la tête.
« Il possède aussi les dossiers médicaux de ton fils. »
Grace pâlit.
« Pourquoi ? »
« Parce qu’il veut fabriquer une preuve que l’enfant est mort. »
Je sentis mon sang se glacer.
Sophie continua.
« Il veut utiliser cette fausse mort pour provoquer une succession juridique. Lorsque ton enfant sera déclaré mort, Victor pourra être déclaré incapable de transmettre l’héritage. Ensuite, Adrian prendra le contrôle par l’intermédiaire d’une société écran. »
Marcus serra les poings.
« Et notre sang ? »
« Il disparaîtra des registres. »
Je compris enfin pourquoi Adrian avait attendu si longtemps.
Il ne voulait pas seulement l’argent.
Il voulait que personne ne puisse jamais reconstruire la véritable histoire.
Une disparition définitive.
Une famille sans héritiers.
Grace regarda son fils.
« Il ne touchera pas à mon enfant. »
Sophie lui prit le visage entre les mains.
« Alors vous devez être plus rapides que lui. »
Nous quittâmes la chapelle.
Sophie refusa de venir.
« Je peux vous conduire jusqu’à l’usine, mais je ne peux pas vous accompagner. »
Grace la regarda.
« Pourquoi ? »
« Parce qu’Adrian me connaît. S’il me voit, il comprendra que vous savez tout. »
Je hochai la tête.
Nous remontâmes dans le véhicule.
Avant de fermer la portière, Sophie me retint.
« Julian. »
Je me retournai.
« Quoi ? »
« Victor n’est pas innocent. Richard non plus. Eleanor a menti. Mais aucun d’eux n’est le véritable architecte. »
Je regardai son visage.
« Je sais. »
« Alors ne le laisse pas vous faire croire que vous êtes obligés de devenir comme eux pour gagner. »
Je partis.
À mesure que nous approchions de l’usine, le ciel s’assombrissait.
Le bâtiment se dressait près du lac.
Une vieille structure industrielle entourée de clôtures.
Marcus coupa le moteur.
« Il y a des gardes. »
Je regardai les bâtiments.
« On entre par l’arrière. »
Nous avancions silencieusement lorsqu’un bruit métallique retentit.
Puis une voix.
« Julian. »
Je me figeai.
Adrian apparut sur une passerelle.
Costume impeccable.
Aucune arme visible.
À côté de lui se trouvait Richard, attaché à une chaise.
Adrian sourit.
« Tu es finalement venu. »
Je levai les yeux.
« Libère-le. »
« Bien sûr. »
Il claqua des doigts.
Deux hommes approchèrent de Richard.
Puis Adrian ajouta :
« Mais avant, je veux voir l’enfant. »
Grace serra le bébé.
« Non. »
Adrian sourit.
« Alors je vais vous montrer quelque chose qui vous fera changer d’avis. »
Un écran s’alluma derrière lui.
Une copie d’un certificat de décès.
Le nom de notre fils y figurait déjà.
La date était celle du lendemain.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 11 : Le certificat de décès préparé pour notre fils dévoila le plan d’Adrian, mais un témoin inattendu retourna soudain toute la situation
À une heure dix-sept, je croyais retrouver ma femme à la maison ; à la place, un silence impossible m’attendait derrière la porte de la chambre
Part 10 of 15

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