Les véhicules s’arrêtèrent devant la clinique.
Des hommes descendirent.
Je regardai Grace.
« On part par l’arrière. »
Mercer secoua la tête.
« Toutes les sorties sont surveillées. »
Marcus regarda les plans accrochés au mur.
« Il y a un ancien tunnel médical sous le bâtiment. »
Mercer hocha la tête.
« Il mène au lac. »
Sophie prit la main de Grace.
« Je connais ce passage. »
Nous descendîmes rapidement.
Le bébé dormait encore.
Je le portais.
Grace suivait Sophie.
Marcus fermait la marche.
Derrière nous, des coups retentirent contre la porte du bureau.
Adrian cria :
« Vous ne pourrez pas sortir ! »
Mercer verrouilla la porte.
Nous atteignîmes l’escalier.
L’air devenait humide.
Le tunnel était étroit.
Les murs portaient encore les anciennes conduites médicales.
« Pourquoi Adrian veut-il Sophie maintenant ? » demanda Grace.
Mercer répondit :
« Parce qu’elle est le seul témoin qui peut identifier Samuel et confirmer la véritable filiation. »
Sophie ajouta :
« Et parce que j’ai encore quelque chose qu’il n’a jamais trouvé. »
Je me retournai.
« Quoi ? »
Elle ne répondit pas.
Nous arrivâmes à une porte rouillée.
Sophie sortit une petite clé.
La serrure céda.
Derrière se trouvait une pièce souterraine.
Un coffre occupait le centre.
Sophie l’ouvrit.
À l’intérieur, un vieux magnétophone.
Et une lettre.
« C’est la dernière confession de Samuel », dit-elle.
Nous n’avions pas le temps de l’écouter ici.
Des bruits de pas résonnaient dans le tunnel.
« Il faut partir », dit Marcus.
Nous traversâmes la pièce.
Le tunnel débouchait près du lac.
Un bateau attendait.
Arthur se trouvait à bord.
Je regardai autour de nous.
« Où est Victor ? »
« Il arrive. »
Nous embarquâmes.
Le bateau s’éloigna de la rive.
Quelques secondes plus tard, des hommes sortirent du tunnel.
Adrian était parmi eux.
Il nous regarda partir.
Puis il leva son téléphone.
Je savais qu’il avait encore un plan.
Nous atteignîmes une petite maison de pêcheur de l’autre côté du lac.
À l’intérieur, Grace posa notre fils dans un berceau.
Sophie alluma le magnétophone.
La voix de Samuel remplit la pièce.
« Si vous écoutez ceci, c’est que je n’ai pas réussi à protéger mes enfants. »
Sophie baissa la tête.
Samuel expliquait qu’Adrian avait découvert les documents concernant les actifs de la famille.
Il avait voulu les contrôler.
Pour y parvenir, il avait manipulé Victor et Richard.
Mais Samuel avait compris qu’il ne pouvait pas laisser les garçons être utilisés.
« J’ai demandé à Eleanor de protéger les enfants. »
Je fermai les yeux.
Ma mère avait réellement essayé.
Samuel continua.
« Si Victor croit qu’il élève Julian, laissez-le croire cela. S’il découvre l’erreur, il tentera de réparer les choses par la force. »
La voix se fit plus faible.
« Les garçons doivent grandir séparément jusqu’à ce qu’ils soient assez forts pour choisir eux-mêmes ce qu’ils veulent devenir. »
Marcus regarda Sophie.
« Il savait. »
« Oui. »
« Il savait qu’Adrian pouvait nous retrouver. »
« Oui. »
La bande continua.
Samuel parlait alors directement à ses enfants.
« Vous n’êtes pas une succession. Vous n’êtes pas une fortune. Vous n’êtes pas une erreur administrative. Vous êtes mes fils. »
Grace pleurait silencieusement.
Je regardai notre enfant.
La phrase semblait avoir été prononcée pour lui aussi.
La bande s’arrêta.
Mais une seconde piste commença.
Cette fois, c’était Eleanor.
Sa voix était tremblante.
« Si Julian découvre la vérité, il me détestera peut-être. »
Je sentis mon cœur se serrer.
Eleanor expliquait qu’elle avait choisi de mentir parce qu’Adrian surveillait tout.
Elle avait essayé de protéger Sophie.
Puis Grace.
Puis moi.
Mais elle avait fini par comprendre qu’elle ne pourrait pas garder tout le monde en sécurité.
« Si je meurs, Julian doit savoir que je n’ai jamais voulu lui voler sa famille. »
La bande s’arrêta.
Je restai immobile.
Grace vint près de moi.
« Elle t’aimait. »
Je répondis :
« Je sais maintenant. »
Marcus posa une main sur mon épaule.
« Elle nous a tous protégés à sa manière. »
Un bruit de moteur nous interrompit.
Arthur regarda par la fenêtre.
« Ils ont trouvé le lac. »
Nous n’avions plus beaucoup de temps.
Je pris la boîte contenant les documents.
« On part. »
Sophie secoua la tête.
« Non. »
Je me tournai.
« Quoi ? »
« Adrian veut me récupérer. »
« Justement. »
« Il faut qu’il pense qu’il m’a retrouvée. »
Grace comprit.
« Vous voulez servir d’appât. »
Sophie hocha la tête.
« Nous devons l’obliger à venir dans un endroit où ses aveux seront enregistrés. »
Mercer proposa :
« La vieille salle d’audience de la propriété. »
Je le regardai.
« Elle possède encore son système de surveillance ? »
« Oui. »
Marcus comprit.
« Nous pouvons tout enregistrer. »
Sophie accepta.
Nous retournâmes à la propriété Vance.
La nuit était tombée.
La grande salle d’audience familiale se trouvait dans l’aile nord.
Adrian arriva moins d’une heure plus tard.
Il croyait avoir suivi Sophie.
Mais c’était nous qui l’attendions.
Sophie se tenait au centre de la pièce.
Adrian entra.
Il souriait.
« Tu aurais dû rester cachée. »
Sophie répondit :
« J’ai passé trente ans à me cacher. »
Adrian avança.
« Et pendant trente ans, j’ai construit quelque chose que vous ne pouvez plus détruire. »
Je sortis de l’ombre.
« Pourtant, tu viens de rentrer dans une pièce pleine de caméras. »
Il se figea.
Marcus verrouilla la porte.
Grace resta près de notre fils dans une pièce voisine.
Adrian regarda autour de lui.
« Vous pensez que cela suffira ? »
Je répondis :
« Non. Mais ta propre voix suffira. »
Il sourit.
« Vous voulez m’entendre avouer ? »
« Oui. »
« Très bien. »
Il s’assit.
Puis il commença.
Adrian raconta comment il avait inversé les bracelets.
Comment il avait manipulé les dossiers.
Comment il avait utilisé Bennett.
Comment il avait fait pression sur Victor.
Comment il avait convaincu Eleanor de se taire.
Et comment il avait préparé le faux décès de notre fils.
Chaque mot était enregistré.
Mais il y avait quelque chose que nous ne savions pas.
« Pourquoi avoir attendu trente ans ? » demandai-je.
Adrian sourit.
« Parce que je devais attendre que l’enfant de Julian naisse. »
« Pourquoi ? »
« Parce que son existence rendait enfin la succession vulnérable. »
Je sentis ma colère monter.
« Tu as donc surveillé Grace depuis son enfance. »
« Oui. »
« Tu as provoqué notre rencontre ? »
Il hésita.
Puis :
« En partie. »
Grace apparut dans l’embrasure.
« En partie ? »
Adrian la regarda.
« Je voulais savoir si tu transmettrais la lignée de Sophie. »
Elle serra notre fils contre elle.
« Je ne suis pas une expérience. »
« Non. Tu es une clé. »
Je fis un pas.
« Et maintenant ? »
« Maintenant, je n’ai plus besoin de vous. »
Il sortit un petit dispositif.
Les portes se verrouillèrent automatiquement.
« Parce que j’ai déjà transféré les actifs. »
Marcus regarda Mercer.
Mercer secoua la tête.
« Il bluffe. »
Adrian sourit.
Puis toutes les lumières s’éteignirent.
Un bruit de verre brisé retentit.
Quelqu’un cria.
Lorsque les lumières de secours se rallumèrent, Adrian avait disparu.
La porte arrière était ouverte.
Je courus jusqu’au couloir.
Sur le sol se trouvait un téléphone.
L’écran affichait un message.
Le testament n’est qu’une partie de l’histoire.
Puis une adresse.
Le vieux domaine de Samuel Vale.
Je regardai Sophie.
Elle pâlit.
« Il y a quelque chose là-bas. »
« Quoi ? »
« Le véritable registre des actifs. »
Je compris.
Adrian n’avait pas fui.
Il nous avait conduits à la dernière pièce du puzzle.
Nous prîmes la route immédiatement.
À l’aube, nous arrivâmes devant l’ancien domaine.
La maison était abandonnée depuis des années.
Mais la porte s’ouvrit lorsque nous approchâmes.
À l’intérieur, une lumière était allumée.
Une silhouette attendait.
Je reconnus Victor.
Il tenait une enveloppe.
« Adrian est déjà venu ici. »
Je m’approchai.
« Qu’a-t-il pris ? »
Victor me regarda.
« Rien. »
Il tendit l’enveloppe.
« Parce que ce qu’il cherchait n’était jamais dans cette maison. »
Je l’ouvris.
À l’intérieur se trouvait une seule feuille.
Un nom.
Julian Vance.
Et dessous :
Le dernier héritier doit choisir s’il veut conserver l’héritage ou le détruire.
Grace me regarda.
Je compris alors que le véritable conflit n’était plus de savoir qui allait recevoir la fortune.
C’était de décider si cette fortune devait continuer à contrôler nos vies.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 15 : Au terme de la nuit, nous retrouvâmes la dernière preuve, mais la véritable victoire consistait à décider ce que nous ferions enfin de cet héritage
À une heure dix-sept, je croyais retrouver ma femme à la maison ; à la place, un silence impossible m’attendait derrière la porte de la chambre
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