PARTIE 5 – À l’hôpital, Mariana découvre que la peur ne disparaît pas avec l’arrestation de Carmen et qu’un détail financier pourrait encore menacer leur avenir

La première nuit après l’arrestation de Carmen fut presque plus difficile pour Mariana que les précédentes. La chambre d’hôpital était calme, les lumières du couloir avaient été baissées et le rythme régulier du moniteur semblait mesurer chaque seconde. Pourtant, dès qu’une porte claquait quelque part, elle sursautait.

Julián était assis dans le fauteuil près de la fenêtre. Il n’avait pas quitté l’hôpital depuis son retour de l’appartement. Sa veste était encore celle qu’il portait lorsqu’il avait confronté sa mère, et une fine marque de pluie séchée courait sur sa manche.

Mariana ouvrit les yeux.

« Tu es toujours là ? »

Julián se leva aussitôt.

« Oui. »

Elle regarda l’horloge.

« Tu n’as pas dormi. »

« Toi non plus. »

Un faible sourire passa sur ses lèvres.

« Je ne sais plus comment dormir quand une porte peut s’ouvrir à n’importe quel moment. »

Julián s’approcha du lit, mais il ne la toucha pas immédiatement. Depuis qu’il avait découvert ses blessures, il avait appris à demander avant de poser la main sur elle.

« Est-ce que je peux m’asseoir près de toi ? »

Mariana hocha la tête.

Il prit place sur le bord du fauteuil, à distance raisonnable.

Ce simple geste fit monter les larmes aux yeux de Mariana.

« Pourquoi tu demandes maintenant ? »

Julián baissa le regard.

« Parce que je n’ai pas demandé avant. »

Elle ne répondit pas.

Le silence entre eux n’était plus hostile. Il était lourd, fragile, rempli de choses qu’ils n’avaient pas encore le courage de prononcer.

La sage-femme entra quelques minutes plus tard pour vérifier le rythme cardiaque du bébé. Le son régulier du battement remplit la pièce.

Mariana ferma les yeux.

Julián regardait l’écran avec une concentration presque douloureuse.

« Il est toujours fort », dit la sage-femme.

Mariana posa les doigts sur son ventre.

« C’est un garçon », murmura-t-elle.

Julián tourna la tête vers elle.

« Tu voulais me le dire quand ? »

« Après l’accouchement. »

« Pourquoi ? »

Elle sourit faiblement.

« Parce que je voulais au moins avoir une bonne surprise à garder pour moi. »

Julián eut un rire bref, presque inaudible.

Puis son expression redevint grave.

« On doit choisir son prénom ensemble. »

Mariana le regarda.

« Ensemble ? »

« Oui. Si tu veux encore construire quelque chose avec moi. »

Elle détourna les yeux.

La question était plus importante qu’il ne l’avait formulée.

Julián ne lui demandait pas simplement un prénom. Il lui demandait si elle croyait encore qu’un avenir commun était possible.

« Je ne sais pas », répondit-elle.

Il acquiesça.

« C’est honnête. »

« Tu m’en veux ? »

« À toi ? »

« De ne pas t’avoir parlé plus tôt. »

Julián inspira lentement.

« Je suis en colère contre moi-même. »

Elle le regarda enfin.

« Pourquoi ? »

« Parce que tu as vécu tout ça sous mon toit pendant que je cherchais des preuves d’une trahison qui n’existait pas. »

Mariana secoua la tête.

« Carmen savait exactement quoi dire. »

« Mais j’ai choisi de l’écouter. »

« Tu ne savais pas. »

« J’aurais dû voir. »

Elle posa une main sur la sienne.

Ce contact était léger.

Julián ne bougea pas.

« Alors maintenant, vois », murmura-t-elle.

La phrase lui resta dans l’esprit.

Plus tard dans la matinée, Arturo arriva avec une chemise de documents et une expression plus sérieuse que d’habitude.

« Je dois vous parler à tous les deux. »

Julián se leva.

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Arturo posa les documents sur la table.

« Les crédits que Carmen a contractés ne sont pas les seuls mouvements suspects. »

Mariana se redressa légèrement.

« Qu’avez-vous trouvé ? »

« Plusieurs transferts ont été effectués à partir d’un compte professionnel lié à ton cabinet, Julián. »

Julián fronça les sourcils.

« Impossible. Je n’ai jamais autorisé ça. »

Arturo lui montra les relevés.

Les sommes étaient modestes prises séparément, mais répétées sur plusieurs mois.

Mariana regarda les dates.

Puis elle pâlit.

« Attendez. »

Elle prit le document.

« Cette date… »

« Oui », répondit Arturo.

« C’était le jour où Carmen m’a demandé de lui donner les accès aux factures. »

Julián la regarda.

« Pourquoi ? »

« Elle disait vouloir m’aider parce que j’étais trop fatiguée. »

Arturo acquiesça.

« Voilà comment elle a probablement obtenu certaines informations. »

Mariana continua à examiner les lignes.

Une transaction attira son attention.

« Celle-ci n’a rien à voir avec la boulangerie. »

Arturo se pencha.

« Pourquoi ? »

« Le bénéficiaire. Je ne connais pas cette société. »

Julián regarda le nom.

Une petite entreprise enregistrée sous le nom de Rivas Consultores.

« Tu connais ça ? »

Arturo secoua la tête.

« Non. Mais je peux vérifier. »

Il sortit son téléphone.

Quelques minutes plus tard, il avait obtenu les premiers renseignements.

« La société a été créée il y a dix-huit mois. »

« Par qui ? »

Arturo hésita.

« Un homme nommé Esteban Rivas. »

Mariana devint soudain très pâle.

Julián le remarqua.

« Tu connais ce nom ? »

Elle ne répondit pas immédiatement.

« Mariana ? »

Elle fixa le document.

« Je l’ai déjà entendu. »

« Où ? »

« Carmen parlait de lui au téléphone. Une fois. Elle croyait que je dormais. »

Arturo se redressa.

« Qu’a-t-elle dit ? »

Mariana ferma les yeux pour se souvenir.

« Elle disait qu’il fallait que tout soit terminé avant la naissance du bébé. »

Julián sentit une nouvelle tension lui parcourir le corps.

« Tout quoi ? »

« Je ne sais pas. »

Arturo demanda :

« Tu te souviens d’autre chose ? »

Mariana réfléchit.

« Elle a prononcé le mot propriété. Et elle disait quelque chose à propos d’un transfert. »

Julián regarda Arturo.

« Quel transfert ? »

Arturo ne répondit pas.

Il parcourut rapidement les documents.

Puis il leva les yeux.

« Votre appartement. »

Le silence fut immédiat.

Julián sentit son cœur ralentir.

« Quoi ? »

« Je dois vérifier avant d’affirmer quoi que ce soit. Mais si Carmen avait l’intention de transférer la propriété ou d’utiliser le logement comme garantie, cela expliquerait pourquoi elle voulait contrôler vos finances. »

Mariana porta une main à son ventre.

« Elle voulait nous prendre notre maison ? »

« Peut-être », répondit Arturo. « Je ne veux pas aller trop vite. »

Julián se leva.

« Vérifie tout. »

Arturo acquiesça.

« Je vais le faire. »

Après son départ, Mariana resta silencieuse.

« J’avais peur qu’elle nous fasse du mal », dit-elle. « Je ne pensais pas qu’elle voulait aussi prendre notre vie entière. »

Julián s’assit près d’elle.

« Elle n’aura rien. »

Mariana secoua doucement la tête.

« Ne me promets pas ça. »

« Pourquoi ? »

« Parce que je ne veux plus de promesses. Je veux des faits. »

Julián resta immobile.

Puis il hocha la tête.

« D’accord. Des faits. »

Il prit son téléphone.

Quelques heures plus tard, Arturo rappela.

Sa voix était tendue.

« Julián, j’ai trouvé le document. »

« Quel document ? »

« Une procuration. »

« Signée par qui ? »

Un silence.

« Par toi. »

Julián sentit le sol disparaître sous ses pieds.

« Je ne l’ai jamais signée. »

Arturo répondit :

« Je sais. Mais quelqu’un a utilisé ta signature. »

Mariana ferma les yeux.

« Et qu’est-ce qu’elle autorise ? »

Arturo hésita.

« La personne qui détient cette procuration peut engager certains biens communs, notamment le logement. »

Julián regarda Mariana.

Leurs regards se croisèrent.

Cette fois, le danger n’était plus derrière eux.

Il était déjà inscrit dans leurs documents.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 6 : Une signature falsifiée conduit Julián jusqu’à un homme que Carmen connaissait depuis des années et dont Mariana avait déjà entendu la voix

Story Parts

La couverture que Mariana refusait de soulever cachait une vérité que Julián n’aurait jamais imaginé découvrir dans sa propre maison

Part 5 of 15

Previous: Part 4
Next: Part 6