Julián regarda encore la photographie, incapable d’en détourner les yeux. Son père souriait devant la maison ancienne. Carmen se tenait près de lui. Et Esteban, beaucoup plus jeune, apparaissait à quelques mètres derrière eux.
« Quel âge avait-il ? » demanda Mariana.
Arturo observa l’image.
« Une vingtaine d’années, peut-être. »
Julián secoua la tête.
« Je ne l’ai jamais vu dans les albums de famille. »
L’enquêteur répondit :
« Nous avons demandé une recherche approfondie. Il travaillait déjà pour la société immobilière de votre père. »
Julián sentit une nouvelle pièce du puzzle se mettre en place.
« Mon père le connaissait donc. »
« Oui. »
Mariana regarda la photographie.
« Et Carmen aussi. »
Arturo hocha la tête.
« Ce qui signifie qu’ils ne se sont pas rencontrés récemment. »
Julián se leva.
« Pourquoi ma mère ne m’a-t-elle jamais parlé de lui ? »
Personne ne répondit.
Quelques heures plus tard, les archives notariales apportèrent une première réponse.
Le père de Julián avait acheté la propriété avec un partenaire commercial.
Le partenaire s’appelait Ricardo Rivas.
Le père d’Esteban.
Julián relut le nom plusieurs fois.
« Ils étaient associés. »
Arturo confirma.
« Pendant presque huit ans. »
« Pourquoi l’entreprise a-t-elle disparu ? »
« Il y a eu un conflit financier. Ricardo Rivas a quitté la société. Ton père a repris les actifs. »
Mariana demanda :
« Et l’ancienne maison ? »
Arturo répondit :
« Elle est restée liée à la société. »
Julián regarda l’enquêteur.
« Est-ce que Ricardo Rivas a été payé ? »
« Les archives indiquent qu’un règlement devait être effectué. »
« Devait ? »
« Il n’y a aucune preuve qu’il ait été entièrement payé. »
Le silence fut lourd.
Esteban pouvait donc avoir une raison personnelle de vouloir récupérer quelque chose appartenant à la famille de Julián.
Mais cela n’expliquait pas Carmen.
Arturo ouvrit un autre dossier.
« Il y a une lettre. »
Julián la prit.
L’écriture appartenait à son père.
La lettre était adressée à Carmen.
Elle était datée de quelques mois avant sa mort.
« Je ne comprends pas », murmura Julián.
Il lut.
Son père demandait à Carmen de conserver certains documents jusqu’à ce que Julián soit suffisamment âgé pour comprendre les affaires familiales.
Julián releva la tête.
« Pourquoi n’a-t-elle jamais parlé de ça ? »
Arturo répondit :
« Parce qu’elle a probablement décidé de garder les documents pour elle. »
La lettre mentionnait une « réserve » et un « accord confidentiel ».
Mais aucune somme précise.
Julián sentit sa colère revenir.
« Ma mère savait depuis vingt ans. »
Mariana lui prit doucement le bras.
« Et elle avait peur que quelqu’un découvre ce que ton père avait laissé. »
L’enquêteur entra alors dans la pièce.
« Nous avons retrouvé un ancien employé de la société. »
Il posa une carte de visite sur la table.
« Il accepte de parler. »
L’homme s’appelait Miguel Herrera.
Il avait travaillé avec le père de Julián pendant plus de dix ans.
Ils le rencontrèrent dans un petit café à l’écart du centre-ville.
Miguel semblait nerveux.
« Votre père avait compris que quelqu’un détournait de l’argent », dit-il.
Julián fronça les sourcils.
« Qui ? »
« Il ne voulait pas me donner de nom. »
« Mais vous aviez une idée. »
Miguel hocha la tête.
« Oui. »
« Carmen ? »
Il regarda Julián.
« Votre mère savait beaucoup de choses. Mais je ne pense pas qu’elle ait commencé. »
« Qui alors ? »
Miguel baissa la voix.
« Ricardo Rivas. »
Julián sentit son estomac se nouer.
« Le père d’Esteban. »
« Oui. »
Miguel expliqua que Ricardo avait créé plusieurs sociétés intermédiaires pour transférer de petites sommes. Rien d’assez important pour déclencher immédiatement une alerte. Mais sur plusieurs années, les montants étaient devenus considérables.
« Votre père voulait le confronter », continua Miguel. « Puis il est mort. »
« Vous pensez qu’il a été tué ? »
Miguel hésita.
« Je n’ai jamais dit cela. »
« Mais vous le pensez. »
L’homme regarda son café.
« Votre père avait reçu des menaces. »
Julián resta silencieux.
Il avait toujours cru que son père était mort d’un problème cardiaque soudain.
Jamais il n’avait envisagé autre chose.
« Carmen savait ? »
« Oui. »
« Et elle n’a rien dit. »
Miguel secoua lentement la tête.
« Elle avait peur. »
« De Ricardo ? »
« De tout le monde. »
Julián sentit sa colère diminuer légèrement.
Pas parce qu’il pardonnait à sa mère.
Parce qu’il commençait à comprendre que Carmen avait peut-être vécu pendant des années dans un réseau de dettes, de menaces et de secrets.
Cela n’excusait rien.
Mais cela expliquait peut-être certaines décisions.
Miguel donna finalement une adresse.
« Votre père avait un coffre dans un ancien bureau. Il m’a demandé de ne jamais en parler. »
« Où est la clé ? »
Miguel regarda Julián.
« Je crois que votre mère l’a prise après sa mort. »
Mariana comprit immédiatement.
« Le ruban rouge. »
Julián la regarda.
« Quoi ? »
« La clé que nous avons trouvée. Elle n’ouvrait peut-être pas le coffre de Carmen. »
Arturo se redressa.
« Vous pensez qu’elle ouvre celui de votre père ? »
Mariana hocha la tête.
Le groupe retourna à l’appartement.
La clé fut confiée aux enquêteurs.
Ils ne l’utilisèrent pas immédiatement.
Ils vérifièrent d’abord l’ancienne adresse.
Le coffre se trouvait encore dans un local abandonné appartenant à l’ancienne société.
La serrure correspondait.
À l’intérieur, ils découvrirent plusieurs dossiers.
Mais aucun argent.
Aucune arme.
Aucun objet spectaculaire.
Seulement des contrats.
Des relevés.
Des lettres.
Et un enregistrement audio sur une petite cassette.
Julián reconnut la voix de son père.
« Si quelqu’un écoute ceci, c’est que je ne suis probablement plus là pour expliquer ce que s’est passé. »
Mariana posa une main sur son ventre.
La voix continua.
« Ricardo n’est pas le seul impliqué. »
Julián se figea.
« Il y a quelqu’un dans ma propre famille qui l’aide. »
Le silence de l’enregistrement sembla plus lourd que les mots.
Puis son père prononça un prénom.
Carmen.
Julián ferma les yeux.
La cassette expliquait que Carmen avait fourni des informations sur les comptes et les propriétés.
Mais elle n’avait pas créé le réseau.
Elle avait accepté d’y participer parce qu’elle pensait pouvoir protéger son fils.
Puis elle avait découvert que Ricardo Rivas menaçait de s’en prendre à Julián.
L’enregistrement s’arrêta.
Mariana regarda son mari.
« Elle avait peur pour toi. »
Julián ne répondit pas.
Il ne savait plus quelle partie de sa mère il devait haïr et quelle partie il devait comprendre.
Mais un document placé au fond du coffre allait compliquer encore davantage cette question.
Il s’agissait d’un contrat signé entre Carmen et Ricardo Rivas.
La dernière page portait une clause manuscrite.
Si Julián avait un enfant, certains droits sur la propriété familiale changeaient.
Arturo lut attentivement.
« Cette clause a été ajoutée après la mort de votre père. »
« Par qui ? »
Il regarda la signature.
« Carmen. »
Julián sentit son cœur se serrer.
Carmen avait donc continué le plan seule.
Mais pourquoi attendre la naissance du bébé ?
Arturo releva les yeux.
« Parce que votre enfant est directement concerné par la succession de la propriété. »
Mariana comprit immédiatement.
« Le bébé devient héritier. »
Julián regarda le contrat.
Tout ce qui avait semblé être une affaire de dettes venait de prendre une dimension nouvelle.
Quelqu’un voulait contrôler un héritage avant qu’il ne puisse légalement être revendiqué.
Et Carmen avait peut-être prévu de jouer ce rôle jusqu’au dernier moment.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 11 : Le document destiné à l’enfant révèle enfin pourquoi Carmen craignait la naissance et pourquoi quelqu’un veut contrôler leur famille avant ce jour
La couverture que Mariana refusait de soulever cachait une vérité que Julián n’aurait jamais imaginé découvrir dans sa propre maison
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