Arturo arriva moins d’une heure plus tard avec une copie certifiée de la procuration. Il la posa sur la table de la chambre avec précaution, comme si le papier pouvait lui-même contaminer la pièce.
Julián lut chaque ligne.
La procuration donnait à son détenteur certains pouvoirs sur les biens communs et les opérations financières. Elle ne permettait pas de vendre n’importe quoi sans restriction, mais elle ouvrait suffisamment de portes pour créer un véritable problème.
« Quand ce document a-t-il été enregistré ? » demanda Julián.
« Il y a cinq mois. »
Mariana regarda Julián.
« C’était avant que Carmen commence à me frapper. »
Arturo acquiesça.
« Oui. »
Cette information changeait leur compréhension de tout.
Les violences n’étaient peut-être pas nées d’une colère incontrôlée.
Elles avaient pu commencer lorsqu’un plan financier avait été mis en danger.
Julián se leva et marcha jusqu’à la fenêtre.
Mexico s’étendait sous un ciel gris. Les immeubles semblaient indifférents à ce qui se passait dans cette petite chambre d’hôpital.
« Comment peut-on prouver que la signature est fausse ? »
« Une expertise graphologique. Les documents originaux de ton cabinet permettront de comparer ton écriture. »
« Fais-la. »
Arturo sortit un autre dossier.
« Ce n’est pas tout. »
Julián se retourna.
« Quoi encore ? »
« La société Rivas Consultores possède un compte bancaire qui a reçu plusieurs virements provenant d’une structure liée à ta mère. »
Mariana fronça les sourcils.
« Esteban Rivas est donc son associé ? »
« Je ne peux pas encore l’affirmer. Mais ils ont des relations financières. »
Julián pensa au nom.
« Je veux le rencontrer. »
Arturo secoua la tête.
« Pas seul. »
« Pourquoi ? »
« Parce que si Carmen a utilisé cet homme pour falsifier des documents, il pourrait chercher à détruire les preuves ou à se protéger. »
Julián acquiesça.
« Alors faisons-le légalement. »
Pendant que les avocats préparaient les démarches, Mariana demanda à rester seule avec Julián.
Arturo sortit.
« Il y a quelque chose que je ne t’ai jamais raconté », dit-elle.
Julián s’assit.
« Je t’écoute. »
« Avant que Carmen ne commence à me frapper, elle m’a demandé de signer quelque chose. »
Julián se raidit.
« Quoi ? »
« Une autorisation pour gérer certains documents financiers pendant ma grossesse. »
« Tu as signé ? »
« Non. »
« Pourquoi ? »
« Parce que j’ai vu ton nom sur une autre page. Ta signature était déjà là. »
Julián resta silencieux.
« J’ai compris que quelque chose n’allait pas. »
« Et c’est à ce moment-là qu’elle a commencé à te faire peur ? »
Mariana hocha la tête.
« Le lendemain, elle m’a dit que si je voulais rester dans cette maison, je devais apprendre à lui faire confiance. »
Julián ferma les yeux.
« Tu aurais dû me le dire. »
« J’ai essayé. »
Il la regarda.
« Quand ? »
« La première fois que je t’ai demandé de ne pas soulever la couverture. »
Julián sentit sa poitrine se serrer.
« Tu essayais de me dire que tu avais peur de ma mère. »
« Oui. Mais j’avais peur que tu choisisses de la croire. »
« Je l’ai fait. »
« Pendant un moment. »
Ils restèrent silencieux.
Puis Mariana ajouta :
« Mais tu es revenu. »
Cette phrase lui fit plus mal que n’importe quelle accusation.
Le lendemain, une expertise préliminaire confirma que la signature figurant sur la procuration présentait des différences importantes avec les signatures authentiques de Julián.
Le dossier pénal de Carmen s’épaississait.
Mais Esteban Rivas restait une inconnue.
Arturo organisa une rencontre dans son cabinet, en présence de deux collaborateurs et d’un enquêteur.
Esteban arriva à onze heures.
C’était un homme d’une cinquantaine d’années, élégant, discret, vêtu d’un costume sombre. Il ne ressemblait pas à un criminel de film. Il ressemblait à un homme habitué à entrer dans des bureaux et à en ressortir avec ce qu’il voulait.
Lorsqu’il vit Julián, son expression changea.
« Je suis désolé pour ce qui s’est passé avec votre mère. »
Julián ne répondit pas.
« Vous connaissez Carmen depuis longtemps ? »
Esteban s’assit.
« Professionnellement. »
« Depuis combien de temps ? »
« Plusieurs années. »
Arturo posa un document devant lui.
« Cette société vous appartient. »
« Oui. »
« Et elle a reçu des fonds provenant d’un compte lié à Carmen. »
Esteban regarda le document.
« Je fournis des services de conseil. »
« Quels services ? »
« Gestion d’actifs. »
Julián intervint.
« Ma mère vous a-t-elle demandé de transférer mon appartement ? »
Esteban releva les yeux.
Pour la première fois, il sembla réellement inquiet.
« Je ne peux pas répondre à cela. »
« Vous pouvez répondre oui ou non. »
Esteban resta silencieux.
Arturo intervint.
« Monsieur Rivas, vous êtes libre de ne pas répondre. Mais votre silence sera consigné. »
Esteban inspira.
« Je n’ai jamais eu l’intention de voler votre appartement. »
Julián fronça les sourcils.
« Ce n’est pas ma question. »
« Votre mère m’a demandé de préparer certains documents. »
« Lesquels ? »
« Des documents de garantie. »
« Pour quoi ? »
Esteban regarda Arturo.
« Une dette. »
Julián sentit une colère froide monter.
« Combien ? »
Esteban hésita.
Puis il répondit :
« Quatre cent cinquante mille dollars. »
Mariana, qui avait insisté pour assister à la fin de l’entretien, pâlit.
« Quatre cent cinquante mille ? »
Esteban hocha la tête.
« Votre mère devait cette somme à plusieurs créanciers. »
Julián le regarda fixement.
« Et elle voulait utiliser notre maison comme garantie. »
« Oui. »
Le mot tomba comme une pierre.
Julián se leva.
« Pourquoi ne pas nous avoir prévenus ? »
Esteban baissa les yeux.
« Parce qu’elle m’a présenté des documents indiquant que vous aviez donné votre accord. »
Arturo demanda :
« Avez-vous vérifié ? »
« Non. »
« Pourquoi ? »
Esteban ne répondit pas.
L’enquêteur présent dans la pièce prit alors la parole.
« Monsieur Rivas, nous allons avoir besoin de vos archives. »
Esteban acquiesça.
Mais avant de partir, il regarda Mariana.
« Il y a une chose que vous devez savoir. »
Elle le fixa.
« Carmen n’avait pas peur que vous découvriez les dettes. »
Mariana sentit son ventre se contracter.
« Alors de quoi avait-elle peur ? »
Esteban répondit :
« Que vous découvriez à qui elle devait réellement l’argent. »
Personne ne parla.
Julián se tourna vers Arturo.
« À qui ? »
Esteban se leva.
« Je ne peux pas vous le dire ici. »
« Pourquoi ? »
L’homme regarda vers la porte.
« Parce que certaines personnes ne plaisantent pas avec les dettes. »
Puis il partit.
Julián resta debout.
Mariana posa la main sur son ventre.
Et, pour la première fois depuis l’arrestation de Carmen, elle ressentit une peur différente.
Une peur qui ne portait plus le visage de sa belle-mère.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 7 : Le véritable créancier de Carmen apparaît dans les dossiers et révèle pourquoi Mariana devait absolument rester silencieuse avant la naissance
La couverture que Mariana refusait de soulever cachait une vérité que Julián n’aurait jamais imaginé découvrir dans sa propre maison
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