PARTIE 4 – Une vidéo envoyée pour m’humilier montra par hasard l’objet que la police cherchait depuis la mort de mes parents

Le juge examina notre demande d’urgence sans audience complète.

Marianne avait joint l’acte de propriété, la preuve de mon expulsion, l’annonce du piano et les messages transmis par Peter Lawson.

À la fin de la journée, une ordonnance provisoire interdisait à Celeste et aux autres occupants de vendre, transférer, détruire ou faire disparaître les biens concernés par le litige jusqu’à nouvel ordre.

Le piano resta dans l’entrepôt de Peter.

Pour la première fois depuis l’enterrement, quelque chose appartenant à ma mère avait cessé de s’éloigner de moi.

Ce n’était pas une victoire.

Je n’employais plus ce mot.

Une victoire aurait été de recevoir un appel de mon père me demandant pourquoi je faisais autant d’histoires pour un vieux piano.

Une victoire aurait été d’entendre ma mère se moquer de nous parce que personne n’avait accordé l’instrument correctement depuis trois mois.

Ce que nous obtenions à la place, c’étaient des documents judiciaires.

Je pris ce qui existait.

Celeste réagit comme Marianne l’avait prévu.

Elle m’envoya d’abord un message :

Tu dépasses les bornes.

Je le sauvegardai.

Une heure plus tard :

Ton père aurait honte.

Je le sauvegardai aussi.

Puis Grant appela.

Je laissai sonner.

Il ne laissa aucun message.

Deux jours plus tard, il tenta de nouveau.

Cette fois, sa voix arriva dans ma messagerie.

« Nora, cette histoire devient ridicule. Tu es jeune et tu ne comprends manifestement pas les conséquences juridiques de ce que tu fais. Rappelle-moi avant que tout le monde perde du temps et de l’argent. »

J’envoyai l’enregistrement à Marianne.

« Il se croit subtil », dis-je.

« C’est rarement une qualité qu’on peut s’attribuer soi-même avec fiabilité. »

Je faillis sourire.

Mais quelque chose me préoccupait.

Le dossier bleu.

Depuis notre première rencontre, personne ne l’avait vu.

Ruiz m’avait dit que la police explorait plusieurs pistes liées aux activités financières de Grant, sans entrer dans les détails. Il existait des sociétés, des transactions et des demandes de financement qu’ils tentaient de reconstituer.

Le dossier de mon père pouvait être important.

Ou ne contenir que des copies de choses qu’ils possédaient déjà.

Je détestais ne pas savoir.

« Tu penses à retourner dans la maison », dit Marianne un matin.

Je levai les yeux de mon café.

« Non. »

« Mensonge médiocre. »

« J’ai le droit d’y entrer. »

« La question n’est pas seulement ton droit. »

« Ce dossier peut expliquer pourquoi mes parents sont morts. »

« Peut-être. »

Je me penchai vers elle.

« Et si Grant le détruit ? »

« Alors le fait de provoquer une confrontation ne le fera pas réapparaître. »

Je poussai ma tasse.

« J’ai l’impression d’attendre pendant que tout disparaît. »

« Tu n’attends pas. Tu construis un dossier qui résistera à des gens dont la stratégie semble dépendre du fait que tu agisses impulsivement. »

Je savais qu’elle avait raison.

Cela ne rendait pas l’attente plus supportable.

Les jours suivants, Celeste cessa presque entièrement de publier.

Blake, en revanche, sembla incapable de s’en empêcher.

Peut-être voulait-il me montrer qu’il occupait toujours la maison.

Peut-être trouvait-il amusant de me provoquer.

Ou peut-être avait-il simplement besoin d’un public.

Il m’envoya une photo de la piscine.

Puis un message moqueur au sujet de mon « appartement de pauvre ».

Je ne répondis pas.

Le soir suivant, il publia une vidéo avec plusieurs amis.

Musique forte.

Bouteilles sur la table.

Des gens qui circulaient entre la cuisine et le salon.

Je la regardai une fois.

Rien.

Je la sauvegardai par habitude.

Le lendemain, il m’envoya directement un autre clip.

Cette fois, ils se trouvaient dans le bureau de mon père.

Mon estomac se contracta.

Je reconnus immédiatement les étagères.

Le fauteuil en cuir.

La lampe.

La grande photographie de mon grand-père prise lorsqu’il avait trente ans.

Un garçon était assis sur le bureau de Papa.

Une fille riait derrière lui.

Blake tenait le téléphone tout en parlant.

« Hé, Nora, tu te souviens de la pièce interdite ? Surprise : elle ne l’est plus. »

Ses amis rirent.

Je faillis fermer la vidéo.

Puis quelque chose attira mon regard.

Sous une boîte de pizza entrouverte, derrière un verre en plastique, dépassait un angle bleu.

Je rembobinai.

Arrêtai l’image.

Agrandis.

Mon cœur se mit à battre si fort que je sentis les pulsations dans ma gorge.

Une chemise cartonnée.

Bleu foncé.

Je relançai deux secondes.

Lorsque l’un des amis de Blake déplaçait la boîte, on distinguait mieux la couverture.

Dans le coin supérieur droit, mon père avait écrit quelque chose au feutre noir.

Je ne pouvais lire que les premières lettres.

GR—

Je pris une capture.

Puis une autre.

Puis j’appelai Marianne.

« Je l’ai vu. »

« Quoi ? »

« Le dossier bleu. »

Je lui envoyai la vidéo originale.

Elle resta en ligne pendant qu’elle l’ouvrait.

« À quel moment ? »

« Dix-sept secondes. »

Silence.

Puis :

« Oui. »

Un seul mot.

Mais sa voix avait changé.

« Il est encore dans le bureau. »

« Il l’était lorsque cette vidéo a été enregistrée. Vérifie l’heure du fichier. »

Je regardai les informations.

« Hier soir, vingt-trois heures quarante-deux. »

Marianne ne répondit pas immédiatement.

« Je contacte Ruiz. Ne dis rien à Blake. »

« Évidemment. »

« Nora. »

« Je ne dirai rien. »

Elle raccrocha.

Moins de vingt minutes plus tard, l’enquêtrice Ruiz m’appela.

« J’ai besoin du fichier original que Blake vous a envoyé. Pas seulement une copie compressée si vous pouvez l’éviter. »

« Je vous transfère le message complet. »

« Faites-le. »

« Vous allez aller chercher le dossier ? »

« Je ne peux pas vous décrire ce que nous allons faire. »

J’avalai ma frustration.

« D’accord. »

« Mais cette vidéo est utile. »

Je regardai encore l’image arrêtée.

« Est-ce que vous saviez déjà que Grant avait essayé d’utiliser ma propriété ? »

Un silence.

« Nous vérifions plusieurs opérations. »

« Ce n’est pas une réponse. »

« C’est la seule que je peux vous donner aujourd’hui. »

Elle raccrocha après m’avoir remerciée.

Je passai la soirée à marcher dans mon appartement.

À vingt-deux heures, aucune nouvelle.

À minuit, aucune nouvelle.

Le lendemain matin, Marianne m’appela avant huit heures.

« Viens au bureau. »

Je m’habillai en moins de dix minutes.

Elle m’attendait avec deux cafés et une pile de documents imprimés.

« Les enquêteurs ont contacté un établissement prêteur hier. »

Je déposai mon sac.

« Pourquoi ? »

« Parce que ton père avait identifié une demande de financement qui semblait liée à ta propriété. Ils ont obtenu certains éléments du dossier. »

Elle poussa une copie vers moi.

Je lus.

L’adresse de la maison apparaissait au milieu de la première page.

Plus bas figurait le nom d’une société.

Grant Mercer Holdings LLC.

« C’est l’entreprise de Grant ? »

« Oui. »

Je continuai.

Une section indiquait qu’un transfert de propriété devait être enregistré.

Une autre faisait référence à un acte.

« Je ne comprends pas. »

Marianne sortit une autre feuille.

« Voici le document qu’ils ont fourni au prêteur. »

Je le pris.

L’acte semblait indiquer que je transférais la maison à l’entreprise de Grant.

En bas figurait mon nom.

Et une signature qui essayait grossièrement de ressembler à la mienne.

Mon ventre se noua.

« Je n’ai jamais signé ça. »

« Je sais. »

« Et il n’a jamais été enregistré ? »

« Non. Ce qui a alerté l’établissement. Grant aurait expliqué qu’il s’agissait d’un retard administratif. »

Je tournai la page.

Une copie de pièce d’identité était jointe.

Mon nom.

Ma date de naissance.

Une adresse.

Mais la photographie appartenait à une autre femme.

Je restai figée.

« Qui est-ce ? »

« Nous ne le savons pas encore. »

Je repensai immédiatement à Grant me demandant une copie de mon passeport.

« Il n’avait donc pas besoin de ma véritable photo. Il avait besoin de mes informations. »

« C’est une hypothèse plausible. »

Je levai les yeux.

« Ils ont obtenu de l’argent avec ça ? »

« D’après ce que nous savons, cette demande particulière n’est pas allée jusqu’au versement final. Mais les enquêteurs s’intéressent à d’autres mouvements financiers liés à des sociétés associées à Grant. »

Je reposai lentement la pièce d’identité falsifiée.

« Papa avait découvert tout ça. »

« Une partie, oui. »

« Et maman ? »

Marianne resta silencieuse.

« Pourquoi était-elle avec lui devant son cabinet cette nuit-là ? »

Elle me regarda avec prudence.

« Ton père m’avait laissé entendre qu’elle l’aidait à vérifier certaines transactions. »

Ma poitrine se serra.

« Ils travaillaient ensemble ? »

« Apparemment. »

Je pensai à toutes les fois où mes parents avaient continué à se parler après leur divorce.

Ils n’avaient jamais remis leur mariage en question devant moi. Ils s’étaient simplement acceptés autrement.

Et lorsqu’un danger était apparu, mon père avait appelé mon mère.

Bien sûr qu’il l’avait fait.

« Pourquoi personne ne me l’a dit ? »

« Parce qu’ils essayaient probablement de te tenir à distance de quelque chose qu’ils considéraient dangereux. »

Je me levai brusquement.

« Ça ne les a pas sauvés. »

Marianne ne répondit pas.

Je marchai jusqu’à la fenêtre.

Dans la rue, les gens traversaient au feu vert avec des gobelets de café, des sacs, des écouteurs. Une matinée ordinaire continuait à quelques mètres de moi.

« Le dossier bleu pourrait contenir les preuves qu’ils avaient réunies », dis-je.

« Oui. »

« Et Grant dort dans la même maison que ce dossier. »

« Peut-être pas pour longtemps. »

Je me retournai.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Marianne rangea les copies du prêteur.

« L’établissement financier a bloqué l’opération dès que les enquêteurs ont commencé à poser des questions. Et les pièces fournies ne ressemblent plus à un simple litige familial. »

Mon téléphone vibra.

Un appel entrant.

Celeste.

Je regardai son nom.

Marianne le vit.

« Ne décroche pas. »

Je laissai sonner.

Quelques secondes plus tard, un message vocal apparut.

Nous nous regardâmes.

Je mis le haut-parleur.

La voix de Celeste jaillit de l’appareil, beaucoup moins calme que d’habitude.

« Qu’est-ce que tu as fait ? »

Puis un souffle.

« La banque raconte qu’il y a un problème avec la propriété. Grant dit que quelqu’un a contacté leurs services juridiques. Tu crois vraiment pouvoir nous détruire avec tes petits papiers ? »

Marianne leva un doigt, me demandant silencieusement de ne pas interrompre.

La voix continua.

« Ton père nous avait promis cette maison. Tu m’entends ? Il nous l’avait promise. Après tout ce que j’ai supporté, tu ne vas pas débarquer avec une avocate et voler ce qui devait revenir à ma famille. »

Je sentis mes ongles s’enfoncer dans ma paume.

Celeste prononça ensuite une insulte à voix basse.

Puis :

« Rappelle-moi avant que Grant règle ça lui-même. »

Le message s’arrêta.

Personne ne parla pendant plusieurs secondes.

Marianne tendit la main.

« Envoie-moi l’enregistrement. »

Je le fis.

Elle l’ajouta au dossier.

Puis elle ouvrit sur son ordinateur un document que je n’avais encore jamais vu.

Une demande officielle visant à récupérer la possession de la maison.

Elle tourna l’écran vers moi.

« Nous avions suffisamment d’éléments pour commencer. Maintenant, je ne vois plus aucune raison d’attendre. »

Je parcourus la première page.

Mon nom figurait en haut.

Celui de Celeste en dessous.

L’adresse de la maison.

La propriété que mon grand-père m’avait laissée.

La maison où mon père avait vécu.

La maison dont on m’avait chassée sous une caméra pendant que je ramassais les restes de ma mère.

Marianne posa un stylo devant moi.

« Une fois que nous déposons ceci, ils comprendront officiellement que tu comptes récupérer les lieux. Leur avocat aura accès aux principaux documents de propriété. Le conflit changera de nature. »

Je pris le stylo.

« Ils savent déjà que quelque chose ne va pas. »

« Oui. »

Je relus la ligne de signature.

Deux semaines plus tôt, j’aurais probablement cherché l’approbation de mon père avant de signer un document de cette importance.

Aujourd’hui, il n’était plus là.

Il n’y avait que moi.

Je signai.

Ma main resta parfaitement stable.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Le premier document officiel arriva chez Celeste au moment précis où Blake découvrit que son téléphone avait filmé bien plus qu’une fête

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Sous la pluie, ils pensaient m’avoir dépouillée de tout, sans voir ce que je venais de retrouver dans ma valise

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