PARTIE 10 – Assiégés dans la maison de Walter, nous découvrîmes que la véritable clé était cachée dans un souvenir que Lewis m’avait laissé avant l’explosion

Le premier coup de feu frappa la fenêtre de l’atelier avant que nous ayons le temps de quitter la pièce.

Le verre éclata au-dessus de l’établi.

Daniel se jeta derrière une armoire.

Mon père et moi plongeâmes au sol.

« Combien ? » demandai-je.

Mercer répondit depuis l’extérieur, sa voix étouffée par le mur.

« Au moins huit ! »

Un deuxième tir traversa le chambranle.

Je regardai autour de moi.

Walter avait construit cette maison avant ma naissance. Certaines cloisons étaient épaisses, renforcées avec du bois massif. D’autres n’arrêteraient rien.

« Sous-sol », dit Robert.

« Ils s’attendront à ce qu’on descende. »

« Il y a une autre sortie. »

Daniel lui lança un regard furieux.

« Combien de sorties secrètes cette propriété possède-t-elle encore ? »

« Walter était paranoïaque. »

« Pour une fois, je lui en suis reconnaissant. »

Nous rampâmes jusqu’au couloir.

Mercer entra par la porte arrière en tirant deux fois vers l’extérieur.

« Ça ne va pas tenir longtemps. »

Je pointai vers le salon.

« Sous-sol. »

« Mauvaise idée. »

« Sortie secondaire. »

« Ah. Évidemment. »

Une balle traversa le mur près de sa tête.

Nous descendîmes.

Robert alluma une petite lampe de secours.

Le sous-sol ressemblait à celui de mon enfance : murs de pierre, étagères de conserves, anciennes caisses.

Mais il se dirigea directement vers une grande armoire.

Il la tira.

Derrière se trouvait une porte basse.

« Elle mène où ? »

« À l’ancien conduit de drainage. »

« Celui qui va vers la grange ? »

« Celui-là en est une branche. »

Daniel passa le premier.

Je suivis.

Le tunnel était étroit, humide, suffisamment haut pour avancer courbé.

Derrière nous, Mercer referma la porte.

Nous progressâmes dans l’obscurité.

Au-dessus, les tirs diminuèrent.

Puis cessèrent.

Ce fut plus inquiétant que le bruit.

Ils étaient entrés dans la maison.

« Plus vite », murmura Mercer.

Mon genou brûlait à chaque pas.

Je serrai les dents.

Le tunnel bifurquait.

Robert indiqua la gauche.

« Celui-ci mène à la remise de pompage. »

« Et l’autre ? »

« À la grange. »

« Ils peuvent l’utiliser contre nous ? »

« S’ils connaissent le réseau. »

Daniel répondit :

« Rebecca le connaît probablement. »

Bien sûr.

Nous atteignîmes la remise en quelques minutes.

La sortie était bloquée par une vieille plaque métallique.

Mercer la força.

L’air froid entra.

Nous émergâmes derrière un bosquet à près de cent cinquante mètres de la maison.

Trois véhicules restaient visibles dans l’allée.

Des hommes fouillaient les pièces.

« Ils ne nous voient pas », murmura Daniel.

Robert désigna un chemin au bord du champ.

« On peut rejoindre la route forestière. »

Je regardai la maison de Walter.

La lumière bougeait derrière les fenêtres.

Ils cherchaient quelque chose.

Pas uniquement nous.

« Ils pensent que la clé est encore dans la maison. »

Daniel me regarda.

« Tant mieux. »

« Non. Ça veut dire que Rebecca n’est pas certaine de ce qu’elle cherche. »

Je touchai la petite bande métallique dans ma poche.

LG-EC-02.

« La photo disait que j’avais toujours eu ce qu’elle cherchait. »

Mercer se rapprocha.

« Peut-être qu’elle parlait du trust. »

« Non. La photo date de l’hôpital. »

Je revis Rebecca, ou plutôt la femme que je connaissais alors sous une autre identité.

Elle avait fouillé mes effets.

Elle cherchait la moitié de la clé.

Mais si elle ne l’avait pas trouvée, où était-elle passée ?

Nous nous éloignâmes à travers le champ.

Daniel avait caché un second véhicule près d’une route de service.

Dès que nous fûmes dedans, il démarra sans phares.

« Où ? »

Je réfléchis.

« Chez moi. »

Mon père tourna la tête.

« Mauvaise idée. »

« Knox est là. »

« Tu veux risquer ta vie pour un chien ? »

Je le regardai.

« Fais attention à la prochaine phrase que tu prononces. »

Il se tut.

Mais Knox n’était pas la seule raison.

Quelque chose me revenait.

Après Al-Mazar, l’armée avait rendu mes effets personnels plusieurs semaines plus tard.

Beaucoup étaient abîmés.

Certains objets avaient été nettoyés.

D’autres remplacés.

Lewis m’avait donné cette petite plaque avant le départ.

Je l’avais glissée dans une poche latérale de mon sac.

Après l’hôpital, je ne l’avais jamais retrouvée.

Mais il existait un autre objet.

Quelque chose que Lewis m’avait offert plusieurs mois auparavant.

Un vieux couteau multifonction gravé.

Je l’avais gardé pendant des années.

Puis, après ma blessure, je l’avais rangé dans une boîte avec plusieurs souvenirs militaires.

« Daniel. »

« Oui ? »

« Lewis avait-il l’habitude de cacher des choses dans des objets ordinaires ? »

Il eut un bref sourire.

« Constamment. Quand il avait quinze ans, il dissimulait son argent dans la doublure de ses chaussures. Pourquoi ? »

« Il m’a offert un couteau. »

Son sourire disparut.

« Quel couteau ? »

« Ancien modèle de terrain. Manche en bois. Il avait gravé mes initiales. »

Daniel se tourna complètement vers moi.

« Il appartenait à mon père. »

« Quoi ? »

« Lewis ne l’offrait à personne. »

Je sentis mon cœur accélérer.

« Il me l’a donné environ deux mois avant Al-Mazar. »

« Tu l’as encore ? »

« Chez moi. »

Daniel appuya davantage sur l’accélérateur.

Nous atteignîmes ma maison après minuit.

Aucun véhicule visible.

Je demandai à tout le monde de rester dehors.

Mercer protesta.

Je refusai.

« Si quelqu’un est à l’intérieur, quatre personnes entrant ensemble n’améliorent rien. »

Je contournai la maison.

La porte arrière était intacte.

J’appelai doucement :

« Knox. »

Rien.

Mon estomac se noua.

J’entrai.

« Knox. »

Un grattement.

Puis il apparut au bout du couloir.

Il courut vers moi.

Je m’accroupis malgré la douleur et enfouis une main dans sa fourrure.

« Tout va bien. »

Je vérifiai rapidement les pièces.

Rien n’avait été fouillé.

C’était presque étrange.

Daniel entra ensuite.

« Où est la boîte ? »

« À l’étage. »

Nous montâmes.

Le coffre militaire était toujours sous les couvertures.

Je sortis une petite boîte en bois.

À l’intérieur : insignes, photos, médailles non portées, lettres.

Et le couteau.

Daniel le prit avec précaution.

Ses doigts tremblèrent.

« C’est celui de mon père. »

Je l’observai.

« Lewis ne m’avait jamais dit. »

« Il ne disait pas toujours ce qui comptait le plus. »

Daniel examina le manche.

« Il y a une vis qui n’est pas d’origine. »

Mon pouls s’accéléra.

Nous descendîmes.

Mercer trouva un tournevis dans la cuisine.

La petite vis résista d’abord.

Puis céda.

Une plaquette de bois se détacha.

À l’intérieur du manche se trouvait une cavité minuscule.

Vide.

Daniel pâlit.

« Non. »

Je pris le couteau.

Quelque chose était gravé au fond.

Pas un objet.

Une séquence.

Douze caractères.

Mercer murmura :

« Code cryptographique. »

Je regardai la bande métallique trouvée sous la photo.

LG-EC-02.

La bande portait elle aussi une petite rainure.

Daniel l’inséra dans le manche.

Elle s’emboîta parfaitement.

Un déclic.

Une seconde partie du manche se libéra.

Cette fois, un minuscule module noir apparut.

Je le retirai.

Mon père murmura :

« Voilà la clé. »

Daniel secoua la tête.

« Non. Une moitié. »

« Walter disait que l’autre était dans la ferme. »

« Peut-être qu’il mentait volontairement », répondis-je.

Je regardai l’objet.

« La bande métallique pourrait être la seconde moitié. »

Mercer fit signe.

« On doit tester. »

Daniel avait encore l’ordinateur sécurisé.

Nous installâmes le matériel sur ma table de cuisine.

L’archive de Walter n’était pas physiquement avec nous, mais le module contenait une adresse chiffrée.

Une fois les deux éléments connectés, une interface minimale apparut.

AUTHENTIFICATION 1/2 CONFIRMÉE.

Puis :

AUTHENTIFICATION BIOMÉTRIQUE REQUISE.

Je restai immobile.

« Biométrique de qui ? »

Le système affichait un nom.

EVELYN M. CARTER.

Mon père souffla :

« Walter. »

Je posai mon index sur le lecteur externe.

Échec.

Mercer examina l’écran.

« Peut-être pas une empreinte. »

Nouvelle ligne :

PROTOCOLE VOCAL — PHRASE DE VÉRIFICATION.

Je fronçai les sourcils.

« Quelle phrase ? »

Daniel regarda le couteau.

Sous la plaquette de bois, une deuxième inscription apparaissait.

Une phrase courte.

Je la reconnus.

Lewis la répétait avant presque chaque mission difficile.

« On vérifie deux fois ce qu’on peut se permettre de perdre. »

Daniel ferma les yeux.

« Oui. »

Je prononçai la phrase.

Le système resta silencieux.

Puis l’écran changea.

AUTHENTIFICATION 2/2 CONFIRMÉE.

Une barre de progression apparut.

ARCHIVE LANTERN — DÉCHIFFREMENT.

Nous attendîmes.

Dix secondes.

Vingt.

Puis une liste de dossiers s’afficha.

FINANCE.

OPÉRATIONS.

PERSONNEL.

AL-MAZAR.

Je cliquai.

Mercer se rapprocha.

Des centaines de fichiers apparurent.

Photos aériennes.

Ordres de mission.

Messages.

Rapports.

Puis un enregistrement audio.

Date : 14 octobre 2019.

Heure : 13 h 29.

Identifiant : LG.

Lewis.

Je lançai le fichier.

Sa voix emplit la cuisine.

« Si quelqu’un écoute ceci après ma mort, cela signifie que je n’ai pas réussi à sortir Carter du dispositif à temps. »

Je cessai de respirer.

Daniel s’assit.

Lewis poursuivit.

« L’ordre de modification de route ne vient pas directement de Thomas Weller. Son bureau a été utilisé pour le masquer. La source réelle est un compte interne appartenant à une opératrice sous couverture logistique. Nom utilisé actuellement : Rebecca Ward. »

Ward.

Je revis le badge de la femme à l’hôpital.

Rebecca Ward.

« Elle est sur le théâtre d’opérations. Elle veut récupérer un composant de l’archive. Walter croit qu’elle ciblera Evelyn seulement après l’activation de Vesta. Je pense qu’elle le fera avant. »

La voix de Lewis hésita.

« Si j’ai raison, l’attaque viendra de quelqu’un à l’intérieur de notre propre dispositif. »

Un bruit de porte apparut derrière lui.

Puis sa voix baissa.

« Je dois couper. »

Le fichier se termina.

Daniel resta immobile.

Aucun de nous ne parla.

Puis une nouvelle fenêtre surgit sur l’écran.

ACCÈS DISTANT DÉTECTÉ.

Mercer jura.

« Quelqu’un nous voit. »

Je débranchai le réseau.

Trop tard.

Une ligne de texte apparut.

BONSOIR, EVELYN.

Puis :

MERCI D’AVOIR OUVERT L’ARCHIVE POUR MOI.

Mon sang se glaça.

Daniel arracha le module.

L’écran devint noir.

« Rebecca », murmura mon père.

Un téléphone sonna.

Pas le mien.

Pas celui de Mercer.

Celui de la maison.

Je le regardai.

Personne n’utilisait cette ligne sauf quelques anciens voisins.

Je décrochai.

La voix de Rebecca arriva immédiatement.

« Maintenant, nous pouvons enfin parler de ce que Lewis a réellement découvert avant de mourir. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 11 : Rebecca me proposa la vérité sur Lewis en échange de l’archive, mais son propre enregistrement révéla la faille capable de la faire tomber

Story Parts

Deux jours avant l’audience, une enveloppe du tribunal m’apprit que mes propres parents venaient enfin de trouver le moyen de m’attaquer

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