PARTIE 13 – La vieille maison a enfin réuni Victor, Vane et tous les mensonges qui avaient détruit notre famille pendant quinze années

Le message de Marianne resta affiché sur le téléphone de ma mère pendant plusieurs secondes, comme si aucun de nous n’osait être le premier à reconnaître ce qu’il signifiait.

Victor était vivant.

Charles Vane se trouvait avec lui.

Et Marianne affirmait avoir le registre.

« Elle travaille avec lui », murmura Michael.

Elaine secoua immédiatement la tête.

« Non. »

Mon père se tourna vers elle.

« Tu n’en sais rien. »

« Je connais Marianne depuis suffisamment longtemps pour savoir une chose : si elle avait voulu donner le registre à Vane, elle n’aurait jamais envoyé cette photo à Loretta. »

Benedict, toujours sous la surveillance de deux policiers, regardait attentivement l’image.

« Elaine a raison. »

Loretta lui lança un regard glacé.

« Votre opinion n’est pas exactement celle qui m’intéresse. »

Il accepta le coup sans répondre.

L’enquêteur prit le téléphone de ma mère et agrandit la photographie. Victor se tenait près de la porte d’entrée, les épaules légèrement voûtées. Charles Vane était derrière lui, une main apparemment posée sur son bras.

« Regardez sa main », dis-je.

Le policier zooma davantage.

La main de Vane n’était pas posée amicalement.

Ses doigts agrippaient la manche de Victor.

« Il le retient », dit Elaine.

Au second plan, derrière une fenêtre, on distinguait une forme floue.

Quelqu’un d’autre se trouvait dans la maison.

« Marianne », souffla ma mère.

Le téléphone vibra de nouveau.

Un autre message apparut.

VENEZ AVEC DANIEL. PERSONNE D’AUTRE.

Benedict eut un sourire sans humour.

« Évidemment. »

« Pourquoi vous ? » demandai-je.

« Parce que Vane sait que je suis le seul ici à connaître suffisamment ses opérations pour vérifier si le registre est authentique. »

Michael se leva.

« Ou parce qu’il veut te tuer avec Victor. »

Benedict regarda mon père.

« Les deux ne sont pas incompatibles. »

L’enquêteur interdit immédiatement que quiconque se rende seul à la maison. Une équipe tactique fut appelée. Les routes voisines seraient surveillées discrètement. Il voulait éviter que Vane comprenne trop tôt que la police se rapprochait.

Mais Vane connaissait notre fonctionnement mieux que nous voulions l’admettre.

Un troisième message arriva presque immédiatement.

PAS DE POLICE. JE VOIS LA ROUTE.

Puis une photographie.

Cette fois, Marianne était assise sur une chaise de la salle à manger.

Ses poignets étaient attachés.

Loretta inspira brutalement.

« Mon Dieu. »

Elaine se pencha vers l’écran.

« Elle est blessée ? »

Je ne voyais pas de sang.

Mais son visage semblait gonflé près de la joue gauche.

Sous la photographie, Vane avait ajouté :

DANIEL ET LORETTA. VINGT MINUTES.

« Pourquoi maman ? » demandai-je.

Benedict ne répondit pas.

Je le regardai.

« Pourquoi ma mère ? »

Il ferma les yeux une seconde.

« Parce que le registre n’est pas ce qu’il veut vraiment. »

Tout le monde se tourna vers lui.

« Alors quoi ? »

« La dernière page. »

Elaine pâlit.

« Tu savais qu’elle existait ? »

« Je savais que Vane la cherchait. »

« Quelle dernière page ? » demanda Michael.

Benedict regarda Loretta.

« Une liste séparée. Pas les opérations. Pas les comptes. Les assurances. »

Je fronçai les sourcils.

« Quelles assurances ? »

« Les garanties qu’il conservait contre ses partenaires. Secrets, menaces, documents compromettants, informations familiales. Ce qu’il appelait ses leviers. »

Marcus, resté silencieux jusque-là, se leva.

« Moi. »

Personne ne répondit.

Il comprit.

« J’étais l’un de ses leviers. »

Benedict baissa les yeux.

« Oui. »

Marcus eut un petit rire sec.

« Un enfant dans une liste. Formidable. »

Loretta se leva.

« Et pourquoi cette page me concerne-t-elle ? »

Benedict hésita.

« Parce que Michael n’était pas le seul nom de votre famille sur cette liste. »

Mon père se raidit.

« Qui d’autre ? »

Benedict regarda ma mère.

« Loretta elle-même. »

Elle resta parfaitement immobile.

« Expliquez. »

Benedict raconta alors ce qu’il n’avait jamais osé lui avouer.

Des années auparavant, Vane avait tenté d’utiliser Loretta comme moyen de pression contre Michael. Il avait rassemblé des informations sur son emploi, son compte bancaire, sa famille, ses habitudes et même l’école de Marcus.

« Mais il n’a jamais eu besoin de vous atteindre directement », dit Benedict. « La disparition de votre fils suffisait. »

« Vous saviez tout ça. »

« Oui. »

Sa voix était devenue presque inaudible.

« Et vous êtes revenu dans ma vie en sachant ce que j’avais vécu. »

Il acquiesça.

« Oui. »

Loretta le regarda longtemps.

Puis elle demanda calmement :

« Est-ce qu’au moins une seule chose entre nous était vraie ? »

Benedict leva les yeux.

Pour la première fois, je le vis réellement chercher ses mots.

« Oui. »

« Laquelle ? »

« Le fait que je sois tombé amoureux de vous. »

Michael eut un rire incrédule.

Loretta ne bougea pas.

Benedict poursuivit.

« Je vous ai approchée parce que je cherchais les archives. Je pensais que Michael avait pu vous laisser quelque chose. Je pensais pouvoir vous faire parler sans que vous sachiez pourquoi. »

Ma mère ferma brièvement les yeux.

« Et après ? »

« Après, je me suis rendu compte que vous ne saviez rien. J’aurais dû partir. »

« Mais vous êtes resté. »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

Il répondit sans détour.

« Parce que je ne voulais plus partir. »

Je vis le visage de ma mère se fermer.

« Ce n’est pas romantique. »

« Je sais. »

« Vous comprenez que le fait d’avoir développé de vrais sentiments après m’avoir approchée sous un faux prétexte ne répare absolument rien ? »

« Oui. »

Il ne chercha pas à se défendre.

Cela ne rendait pas les choses meilleures.

Mais c’était peut-être la première réponse honnête qu’il lui donnait.

Le téléphone vibra encore.

DIX-SEPT MINUTES.

L’enquêteur prit une décision.

Loretta et Benedict iraient jusqu’à la maison, équipés de micros. Les policiers resteraient suffisamment loin pour ne pas être vus, mais assez proches pour intervenir.

Je protestai.

« Il est hors de question que maman entre là-dedans. »

Loretta me prit la main.

« Il a passé quinze ans à utiliser notre peur. Si je me cache encore, il décide toujours de ce que je fais. »

« Ce n’est pas une question de courage. »

« Je sais. »

Elle serra mes doigts.

« C’est une question de Marianne. »

Je voulais dire non.

Je voulais l’obliger à rester.

Puis je compris que ce serait une autre manière de décider pour elle au nom de sa protection.

Exactement ce que tous les hommes de cette histoire avaient fait.

Alors je lâchai sa main.

La vieille maison se trouvait à l’écart de la route principale, derrière une rangée d’arbres devenus immenses depuis l’époque où ma famille y vivait.

Je restai dans un véhicule de police avec Michael, Marcus et Elaine.

Loretta et Benedict descendirent seuls.

Ma mère marchait devant lui.

Même à distance, je reconnus sa façon de redresser les épaules lorsqu’elle avait peur et refusait de le montrer.

La porte s’ouvrit avant qu’ils frappent.

Charles Vane apparut.

Il semblait presque banal.

C’était peut-être cela qui me troubla le plus.

Un homme âgé, cheveux blancs, manteau sombre.

Pas un monstre visible.

Seulement quelqu’un capable de sourire en détruisant des vies.

Il les fit entrer.

Grâce au micro de Loretta, nous entendions les voix.

« Fermez la porte, Daniel. »

Benedict obéit.

Puis Marianne.

« Loretta ? »

La voix était faible.

Ma mère répondit immédiatement.

« Je suis là. »

« Je suis désolée. »

« Plus tard. »

Vane rit.

« Toujours pratique, Loretta. Je comprends ce qui plaisait tant à Michael. »

Mon père serra les poings dans la voiture.

« Sale fils de… »

L’enquêteur lui ordonna de rester calme.

À l’intérieur, Vane demanda à Benedict d’examiner un carnet posé sur la table.

« C’est l’original ? »

Long silence.

Puis Benedict répondit :

« Oui. »

Elaine ferma les yeux.

Le registre existait vraiment.

Vane continua.

« Et la page finale ? »

Benedict tourna plusieurs feuilles.

« Elle n’est pas là. »

Un bruit sec résonna.

Victor gémit.

J’imaginai Vane le frapper.

Loretta cria :

« Arrêtez ! »

Vane répondit presque calmement.

« Victor sait où elle est. Il a toujours su. »

La voix de Victor apparut pour la première fois.

Fragile.

« Va en enfer. »

J’eus un frisson.

Elaine se couvrit la bouche.

Victor était bien vivant.

Vane reprit.

« Daniel, explique-lui ce qui arrivera si je n’obtiens pas cette page. »

Benedict répondit :

« Je pense qu’il le sait déjà. »

« Toujours aussi insolent. »

« Toujours aussi prévisible. »

Un autre bruit.

Puis Loretta cria le prénom de Benedict.

Michael se pencha vers le micro.

« Il le frappe. »

L’enquêteur leva une main.

« Pas encore. »

Je voulais hurler.

À l’intérieur, Vane parla de la page finale.

Il affirma qu’elle n’avait aucune valeur pour la justice sans le registre.

Victor se mit à rire.

« Faux. »

Silence.

« Qu’est-ce qui est faux ? »

« Tu crois encore que tout est sur papier. »

Elaine releva brusquement la tête.

« Victor… »

Vane demanda :

« Qu’as-tu fait ? »

La voix de Victor devint plus claire.

« J’ai appris. »

Puis un téléphone sonna dans la maison.

Pas celui de Loretta.

Pas celui de Benedict.

Celui de Vane.

Nous entendîmes un mouvement brusque.

« Qui a ce numéro ? »

Victor répondit :

« Probablement le procureur. »

Le silence fut total.

Puis Vane hurla.

Un coup de feu retentit.

Dans le véhicule, tout explosa à la fois.

Les policiers sortirent.

Je voulus faire de même.

Michael me retint.

« Non ! »

Un second coup de feu éclata.

Puis Loretta cria.

Je me débattis.

« Maman ! »

Michael ouvrit la portière.

Cette fois, personne ne réussit à nous arrêter assez vite.

Nous courûmes vers la maison tandis que les policiers entraient par l’avant et l’arrière.

À l’intérieur, Marianne était toujours attachée.

Victor était au sol.

Benedict se tenait contre le mur, une main plaquée sur son épaule ensanglantée.

Vane avait disparu.

« Où est maman ? »

Benedict pointa vers le couloir.

« Il l’a prise. »

Mon sang se glaça.

Au fond du couloir, une porte donnait sur l’ancien jardin.

Elle était ouverte.

Des traces de pas traversaient l’herbe humide.

Et au-delà des arbres, un moteur démarra.

Charles Vane venait d’emporter Loretta avec lui.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 14 : Vane avait enlevé ma mère pour récupérer une dernière preuve, mais Loretta avait compris avant nous pourquoi il avait choisi cette maison

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Le soir où ma mère m’a présenté l’homme qu’elle aimait, un visage oublié a réveillé douze années de questions

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