PARTIE 14 – Vane avait enlevé ma mère pour récupérer une dernière preuve, mais Loretta avait compris avant nous pourquoi il avait choisi cette maison

Nous trouvâmes la voiture abandonnée moins de trois kilomètres plus loin.

Portières ouvertes.

Moteur encore chaud.

Aucune trace de Loretta.

Vane avait préparé une seconde sortie.

Le téléphone de ma mère gisait sur le siège passager.

Il avait retiré le micro.

Je restai debout au bord de la route pendant que les policiers fouillaient les environs.

Michael faisait les cent pas.

Marcus fixait les bois.

Marianne, libérée quelques minutes plus tôt, refusait de quitter les lieux malgré l’ambulancier qui insistait pour examiner son visage.

Victor, lui, avait reçu une balle dans le bras.

Il était conscient.

« Il ne va pas la tuer immédiatement », dit-il.

Michael se retourna.

« Comment peux-tu en être sûr ? »

« Parce qu’il a besoin d’elle. »

« Pour quoi ? »

Victor regarda la vieille maison au loin.

« Pour trouver ce que j’ai caché. »

Elaine s’approcha.

« La page finale. »

Il acquiesça.

« Où est-elle ? »

Victor eut un faible sourire.

« Pas dans la pierre. »

Marcus fronça les sourcils.

« Alors pourquoi m’avoir donné la clé ? »

« Parce qu’elle ouvre quelque chose. Mais pas ici. »

Je commençais à perdre patience.

« Victor, Vane a ma mère. Ce n’est plus le moment des énigmes. »

Il me regarda.

« Je sais. »

Sa voix se brisa légèrement.

« Et c’est précisément pour ça que je vais enfin tout expliquer. »

La clé confiée à Marcus ouvrait une petite boîte sécurisée.

Cette boîte se trouvait dans un endroit que Loretta connaissait.

« Où ? »

Victor regarda Michael.

« Dans l’ancien hôpital. »

Je sentis mon ventre se contracter.

« Celui où j’étais soignée enfant ? »

« Oui. »

Tout revenait toujours à cette période.

Victor expliqua que, plusieurs années après la disparition de Marcus, Michael avait placé certains documents dans un ancien casier loué au sous-sol de l’hôpital. Il y venait souvent pendant ma maladie et savait qu’aucun lien administratif évident ne reliait ce lieu à Daniel ou Vane.

« Pourquoi Loretta connaîtrait-elle ce casier ? »

Michael devint pâle.

« Parce qu’elle m’y a vu une fois. »

Ma mère l’avait suivi après avoir remarqué qu’il quittait fréquemment ma chambre pendant mes traitements.

Elle lui avait demandé ce qu’il faisait.

Il avait menti.

Encore.

« Je lui ai dit que j’y gardais des papiers d’assurance. »

Victor acquiesça.

« Plus tard, il m’a donné l’emplacement. »

La fausse pierre de la vieille maison ne contenait donc pas le registre.

Elle contenait autrefois une note indiquant le casier.

Victor l’avait récupérée des années plus tôt.

« Et Vane pense que Loretta connaît l’endroit. »

« Oui. »

Michael ferma les yeux.

« Elle le connaît. »

L’ancien hôpital avait depuis été transformé en centre médical privé. Une partie de l’aile ancienne existait encore, notamment les sous-sols utilisés pour les archives.

La police prévint immédiatement la sécurité du bâtiment.

Puis un appel arriva.

Numéro inconnu.

Je répondis.

La voix de Vane.

« Vous avez trente minutes avant que je décide que Loretta ne m’est plus utile. »

Je serrai le téléphone.

« Laissez-la partir. Vous avez déjà le registre. »

« Je n’ai pas la seule page qui compte. »

« Elle ne sait rien. »

Il rit.

« Votre mère sait beaucoup plus qu’elle ne vous le dit. Vous devriez avoir appris ça maintenant. »

La phrase me blessa parce qu’elle était partiellement vraie.

Puis j’entendis Loretta au loin.

« Ne lui donne rien ! »

Un bruit.

Le téléphone bougea.

« Maman ! »

Vane reprit.

« Apportez Victor au centre médical Saint Jude. Entrée de service. Trente minutes. »

La communication coupa.

Michael voulait partir immédiatement.

Les policiers refusèrent que Victor serve d’appât.

Victor insista.

« C’est moi qu’il veut depuis le début. »

« Il veut la page », corrigea Elaine.

Victor la regarda.

« Et il pense que je sais où elle est. »

« Tu le sais. »

« Oui. »

« Alors dis-nous. »

Victor secoua la tête.

« Si je le dis à voix haute ici, je ne sais pas jusqu’où l’information ira. »

L’enquêteur ne cacha pas son irritation.

« Vous êtes dans un dispositif policier sécurisé. »

Victor répondit :

« J’ai cru la même chose quinze ans plus tôt. »

Personne ne trouva de réponse.

Finalement, un plan fut établi.

Victor irait.

Michael également.

Pas Marcus.

Pas moi.

Je refusai.

« C’est ma mère. »

Michael me prit par les épaules.

« Justement. »

Je repoussai ses mains.

« Ne recommence pas. »

Il s’arrêta.

« Ne décide pas pour moi au nom de ma sécurité. Plus jamais. »

Il baissa les yeux.

Puis acquiesça.

« D’accord. »

Nous arrivâmes au centre médical vingt-cinq minutes plus tard.

Le bâtiment principal était presque vide à cette heure. L’ancien sous-sol n’était plus utilisé que pour quelques archives et du matériel.

Victor descendit avec nous.

Chaque pas semblait lui coûter.

Son bras blessé était immobilisé contre son torse.

« Quel casier ? » demanda l’enquêteur.

Michael nous guida.

Le couloir sentait la poussière, le désinfectant et le béton humide.

Des numéros peints apparaissaient au-dessus de petites portes métalliques.

« Ici. »

317.

Je m’arrêtai.

Le même numéro que la consigne.

Elaine comprit également.

« Victor… »

Il sourit faiblement.

« J’aime les choses faciles à retenir. »

Marcus avait donné la clé aux policiers avant notre départ.

Elle entra parfaitement dans la serrure.

À l’intérieur, il n’y avait qu’une petite boîte.

Le cadenas s’ouvrit avec une seconde clé fixée sous la tablette.

Victor souleva le couvercle.

Vide.

Michael jura.

« Il est passé avant nous. »

Victor secoua la tête.

« Non. »

Il passa les doigts sous le fond.

Un double panneau se souleva.

Une enveloppe plate apparut.

Il l’ouvrit.

Une seule feuille.

Des noms.

Des dates.

Des montants.

Et une série de notations manuscrites.

Je vis celui de mon père.

Celui de Victor.

Celui de Benedict.

Puis un nom qui me fit cesser de respirer.

MARCUS HALE — TRANSFERT.

À côté :

C. VANE — AUTORISÉ.

La preuve directe que Vane avait organisé l’enlèvement de mon frère.

Plus bas se trouvait autre chose.

L. — ACCIDENT SI M. PARLE.

Loretta.

Une menace planifiée contre ma mère.

Victor retourna la feuille.

Au verso figurait une série de coordonnées et de comptes bancaires.

« C’est ça », dit Elaine.

« Quoi ? »

« Les fonds cachés. »

Vane n’avait donc pas seulement peur d’être accusé.

La page permettait de retrouver l’argent.

Des millions, peut-être davantage.

Nous entendîmes alors un bruit dans le couloir.

Loretta apparut.

Seule.

Je courus vers elle.

« Maman ! »

Elle m’attrapa.

« Il est derrière. »

Les policiers se déployèrent immédiatement.

« Il m’a laissée marcher devant », souffla-t-elle. « Il voulait voir qui viendrait. »

Vane avait compris que la police était présente.

Un coup de feu retentit plus loin.

Les lumières s’éteignirent.

Encore.

Mais cette fois, Loretta ne paniqua pas.

Elle me saisit le poignet.

« Il va vers l’ancien escalier de service. »

Michael se tourna.

« Comment tu sais ? »

« Parce qu’il m’a demandé où il menait. »

Victor blêmit.

« Le parking souterrain. »

Les policiers partirent.

Nous restâmes avec un seul agent.

Puis Victor regarda l’enveloppe.

« Il ne veut pas fuir. »

« Quoi ? »

« Il veut la feuille. »

Au même moment, un homme surgit derrière l’agent.

Tout se produisit trop vite.

Vane.

Il frappa le policier avec une barre métallique.

Michael se jeta sur lui.

Ils tombèrent contre les casiers.

La page glissa au sol.

Je voulus la récupérer.

Vane me vit.

Il sortit une arme.

Loretta se plaça devant moi.

« Non ! »

Vane pointa le pistolet vers elle.

Puis une voix retentit derrière nous.

« Charles. »

Benedict.

Il se tenait au bout du couloir, l’épaule bandée, accompagné d’un second policier.

Vane sourit.

« Tu n’apprends jamais, Daniel. »

« Si. Beaucoup trop lentement. »

« Pose ton arme », ordonna le policier.

Vane ne bougea pas.

Son regard resta sur Benedict.

« Tout ça pour quoi ? Une femme ? »

Benedict regarda Loretta.

Puis Vane.

« Non. »

Il inspira.

« Pour arrêter de prétendre que ce qu’on a fait n’avait pas de victimes. »

Vane rit.

« Tu crois qu’un aveu va t’absoudre ? »

« Non. »

« Alors tu vas aller en prison avec moi. »

« Probablement. »

Cette réponse déstabilisa Vane.

Une seconde seulement.

Mais suffisamment.

Michael lui saisit le poignet.

Le coup partit dans le plafond.

Les policiers se jetèrent sur eux.

Vane fut plaqué au sol.

Son arme glissa jusqu’à mes pieds.

Je restai immobile.

Tout mon corps tremblait.

Loretta s’agenouilla près de moi.

« Regarde-moi. »

Je la regardai.

Elle était vivante.

Vane fut menotté.

Même à terre, il souriait encore.

« Vous pensez que cette feuille suffit ? »

Elaine la ramassa soigneusement.

« Avec le registre, les vidéos, les comptes et les témoins ? »

Elle le regarda.

« Oui, Charles. Cette fois, ça suffit. »

Son sourire disparut.

Mais lorsque les policiers l’emmenèrent, Victor resta silencieux.

Je le vis regarder le couloir vide avec inquiétude.

« Quoi ? »

Il répondit :

« Ce n’est pas terminé. »

Michael soupira.

« Vane est arrêté. »

Victor secoua la tête.

« Il manque encore une chose. »

« Laquelle ? »

Il regarda Marcus, qui venait d’arriver avec Marianne.

Puis Benedict.

« La vérité sur la nuit où Michael est parti. »

Mon père devint blême.

Loretta se tourna lentement vers lui.

« Tu ne m’as toujours pas tout dit. »

Michael ne nia pas.

Et je compris alors que la dernière vérité de notre famille ne concernait plus Vane.

Elle concernait mon père.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 15 : Quand tous les secrets furent enfin exposés, ma mère dut décider quels liens sauver et lesquels laisser définitivement derrière elle

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Le soir où ma mère m’a présenté l’homme qu’elle aimait, un visage oublié a réveillé douze années de questions

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